« J’ai l’impression que nous ne parlons pas tous de la même chose ». Les mots du président d’Arte, Jérôme Clément, dernier intervenant de la table ronde sur l’Europe organisée par le syndicat patronal, mercredi 27 août, pourraient résumer la discussion.
Après une heure et demie de débats, toute une série de sujets tels que le traité de Lisbonne, les préoccupations des citoyens européens, la gouvernance de l’UE, le leadership de l’Europe, ou encore celle du renforcement de son marché intérieur ont été abordées.

Une multiplicité de thématiques pour tenter de répondre à la vaste question : « L’Europe peut-elle être une superpuissance ? ». Si les conclusions ont parfois été floues, les clivages habituels sont ressortis.
La présidente du patronat européen polonais (Polish confederation of private Employers Lewiatan), Henryka Bochniarz, a porté le point de vue des Etats membres d’Europe centrale et orientale entrés dans l’UE en 2004. “Si la question est : l’Europe doit-elle devenir un super pouvoir? La réponse est non. Nous souhaitons que l’UE soit un leader en matière d’innovation, d’ouverture, de solidarité”. Une manière de dire qu’il n’est pas question pour la Pologne de se voir privée d’un pouvoir retrouvé depuis la chute du mur de Berlin, il y a 20 ans.

Au mot puissance, « équivoque », selon le président de Confrontations Europe, Philippe Herzog, il faudrait préférer « la force ». « L’Europe est une force qui doit s’unir pour traiter de questions d’intérêt mondial ». Une situation aujourd’hui impossible tellement le problème de gouvernance de l’UE est flagrant. L’une des solutions ? “Faire en sorte que la Commission et le Conseil désignent des domaines d’intérêt stratégiques”.

Pas de position commune

Selon le président d’Arte « s’il s’agit de dire que l’Europe a progressé, la réponse est oui. (…) Mais la question qui nous est posée est celle de sa superpuissance. C’est-à-dire de la capacité autonome de l’Europe à s’exprimer collectivement pour peser sur les affaires du monde ».
« De ce point de vue là, j’ai l’impression que nous n’avons pas beaucoup progressé et même parfois régressé », estime Jérôme Clément, arguant par exemple de l’absence de position européenne commune sur la question tibétaine, les élections américaines ou encore la crise géorgienne.

Côté institutions bruxelloises, le discours était attendu. Le président du Parlement européen, Hans Gert Pöttering, s’est dit « optimiste » sur l’avenir de l’Europe. Rappelant le chemin qu’elle avait parcouru depuis sa création (« si on m’avait dit en 1979 que la Pologne ferait un jour partie de l’Europe j’aurais dit que c’était un rêve »), M. Pöttering a insisté sur la nécessité d’être fier d’être européen. 

Développer le marché intérieur

Sans surprise, pour les Japonais et les Américains, la puissance de l’Europe se mesurera avant tout à sa capacité à développer son marché intérieur de 11 000 milliards d’euros de PIB pour la zone euro et près de 500 millions d’habitants. Mais le directeur général de Jetro Paris (une organisation japonaise du commerce extérieur), Tsutomu Higuchi, tout comme le président de la chambre de commerce américaine auprès de l’UE, John Vassalo, doutent de la capacité de l’Europe à avoir un projet commun visible. « Ce qui est important, c’est de définir une région capable de tirer son épingle du jeu pour investir. Parler de superpuissance n’a aucun sens », a estimé John Vassalo.

De la question de la superpuissance au manque de leadership en Europe, il n’y a qu’un pas. L’existence d’un chef pour incarner l’Europe devait être en partie résolue par le traité de Lisbonne aujourd’hui au point mort (lire le dossier d’EurActiv.fr).
Cette question ne fait cependant pas l’unanimité. Si le président du Parlement européen en a souligné l’importance, les patrons polonais n’y semblent pas favorables. “Nous n’avons pas besoin d’un chef, nous ne sommes pas une entreprise, Dieu merci”, a indiqué Henryka Bochniarz. « L’Europe est complexe, nous devons être patients », a rappelé Hans-Gert Pöttering. Au moins un point sur lequel tout le monde pouvait être d’accord.