«Le protectionnisme n’est pas une réponse à la crise actuelle.» Cette déclaration des 27 Etats membres de l’UE, lors du Conseil européen informel du 1er mars, est le signe que pendant une journée, tout le monde a tenté de se mettre d’accord en ces temps de troubles économiques. Alors que la situation économique de chaque Etat diffère, de nombreux pays d’Europe, à commencer par ceux de l’Est, craignent de subir doublement les conséquences de la crise. En première ligne, le plan de soutien français à l’automobile. Depuis l’annonce, le 9 février par Nicolas Sarkozy, de prêts à taux préférentiels aux constructeurs automobiles Renault et PSA Peugeot-Citröen, en échange du maintien de leur activité en France, les critiques sur le protectionnisme de la France font rage en Europe.  

Cette prise de position française a en effet suscité les plus vives réactions à l’Est de l’Europe et notamment en République tchèque où se situent des usines Peugeot. Depuis lors, la Direction générale de la concurrence trainait les pieds pour valider le plan français. Dans le même temps, le président français demandait à la Commission européenne la mise en place d’un plan de soutien européen commun au secteur automobile. Un projet qui déplaît à bon nombre de pays d’Europe, à commencer par la Présidence tchèque.

Afin de mettre tout le monde d’accord, la France s’est engagée à ne pas faire figurer de condition de localisation dans ses prêts aux constructeurs. En guise de plan de soutien commun, la Commission européenne a simplement présenté une communication sur le sujet le 25 février. «C’est une bonne nouvelle que la Commission fasse une proposition pour un plan de soutien au secteur de l’automobile européen», a souligné Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet. Tout en indiquant que les 4 milliards mis à disposition par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la limite d’aide à 400 millions d’euros par entreprise n’étaient pas suffisants, étant donné les besoins du secteur, déjà estimés à 7 milliards d’euros.

«Il faut aller plus loin. J’obtiendrai cela dans les semaines qui viennent», a ajouté Nicolas Sarkozy. De son côté le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a toutefois indiqué que la définition de quotas pour des aides sectorielles appartenait à «l’Europe du siècle passé».

Réfutant toute accusation de protectionnisme, Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il était «assez difficile, voire un brin limité de reprocher à un pays de sauver des groupes qui ont des usines partout en Europe». «Le président roumain m’a dit: "heureusement que vous avez fait ce que vous avez fait, car ça a permis de sauver les usines chez nous"», a-t-il ajouté tout en indiquant que la France avait servi d’exemple pour ses voisins espagnols, allemands, suédois ou italien qui avaient tous décidé de soutenir leurs constructeurs.

Les limites de la solidarité européenne

Autre décision importante des 27: le refus d’un plan de relance spécifique pour les pays de l’Est de l’Europe. Avant le début du sommet, la Hongrie particulièrement touchée par la crise, avait proposé la mise en place d’un plan de sauvetage de 190 milliards d’euros pour les pays de l’Est de l’Europe dont les monnaies dévissent. Mais la proposition a été rejetée par l’Allemagne et n’a pas non plus reçu le soutien de la Présidence tchèque de l’UE.

«Cette idée de diviser l’Europe entre anciens pays membres et nouveaux pays membres, entre Est et Ouest (…) est une approche que nous avons clairement rejetée», a indiqué Mirek Topolanek. « Il y a la BERD [Banque européenne pour la reconstruction et le développement], la BEI, la Banque mondiale, le FMI. Que toutes les institutions financières mobilisent les moyens nécessaires. Mais je n’ai rien à dire qui viendrait confirmer, infirmer ou renforcer les problèmes que nous avons à gérer», a pour sa part souligné Nicolas Sarkozy.

La solidarité européenne a donc des limites. Le plan d’aide de 5 milliards d’euros pour des projets d’énergie propre et d’internet à large bande proposé par la Commission européenne le 28 janvier (EurActiv.fr 25/2/2009) est pour le moment mis de côté. Les crédits non dépensés du budget de l’UE devaient servir à financer ces projets mais les pays contributeurs nets de l’UE freinent des quatre fers.

Les 27 se sont enfin mis d’accord sur la mise en place d’un cadre commun pour le traitement des actifs toxiques en Europe. Chaque Etat ayant ensuite la possibilité de choisir la solution la plus appropriée à sa situation. A ce titre, le président français a indiqué que l’Hexagone n’aurait pas recours au système de la «bad bank». Le gouvernement préférant agir «pour encourager les banques à prêter aux entreprises et aux particuliers», a-t-il ajouté.

Le rapport de l’ancien directeur du FMI, Jacques de Larosière a enfin été salué (lire EurActiv.fr, 27/02/2009) Une décision commune sur la supervision bancaire devrait être prise lors du Conseil européen des 19 et 20 mars.