En bref :

Le cycle de Doha n’en finit pas de faire parler de lui. S’il existe depuis 2001, date du début des négociations, des difficultés à faire émerger des consensus, les risques d’échec semblent désormais sérieux. 

C’est en tout cas ce qu’a indiqué le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, devant les ministres du commerce des pays les moins avancés (PMA), au Lesotho vendredi 29 février.

Le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, se montre lui plus optimiste. « Il y a davantage de choses sur la table que l’année dernière », a-t-il affirmé dans un entretien accordé à l’AFP le 1er mars. « Nous sommes à un tournant (…), il est normal que les positions des négociateurs se raidissent », a-t-il ajouté.

En vertu de l’engagement unique, les 151 pays membres doivent trouver un consensus général et accepter de perdre d’un côté pour gagner de l’autre. Les pays en voie de développement souhaiteraient une plus grande ouverture des marchés agricoles, domaine dans lequel les Européens réclament une plus grande réciprocité, notamment de la part des Etats-Unis. Les pays développés souhaitent aussi une plus grande ouverture des marchés des biens industriels et des services de la part de pays comme le Brésil ou l’Inde.

En plus de ces désaccords entre grands groupes de pays, les divisons intra-européennes compliquent la situation.   

Les Européens divisés sur le fond et sur la forme

Sur le fond, 19 Etats membres, dont la France, ne souhaitent pas faire de concessions supplémentaires dans le domaine agricole et ont rejeté, lors d’une réunion le 18 février, les nouveaux textes de négociations présentés par les médiateurs de l’OMC début février. Ils s’opposent à sept autres Etats membres, dont le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark, dont la position est plus libérale.

Sur la forme, « le sentiment général (…), c’est qu’il vaut mieux pas d’accord qu’un mauvais accord sur l’économie agricole », a soutenu le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, en parlant au nom de ses 18 homologues. À l’opposé, Peter Mandelson défend qu’un accord imparfait sera toujours mieux que rien.  

La conclusion du cycle de Doha est « un impératif politique », avait affirmé Pascal Lamy, le 9 octobre 2007, lors de son rapport sur le cycle de Doha au Conseil Général de l’OMC.

Bien que les cycles de négociations aient toujours duré plus longtemps que prévu, ils ont toujours été conclus. Un échec de Doha serait « le premier échec de l’histoire dans un cycle de négociations commerciales multilatérales », a ainsi rappelé le commissaire européen au Commerce.

« Les plus pauvres ont le plus à perdre » en cas d’échec du cycle, a prévenu Peter Mandelson, lors de son discours au Lesotho. Il a ajouté que ce serait un très mauvais signal dans un contexte où la communauté internationale cherche à s’entendre globalement sur la crise financière et le réchauffement climatique.

Quelles perspectives pour la suite des négociations?

Le commissaire européen au Commerce a conclu son discours en appelant à une clôture du round. Le calendrier électoral américain pousse d’ailleurs à une décision rapide. La hausse des prix agricoles offre également une opportunité de réduire les subventions agricoles, au cœur des débats à l’OMC.  

Pourtant, l’agriculture ne constitue pas le point de blocage le plus important. Pascal Lamy a ainsi assuré qu’on savait « sur quelle voie atterrir pour l’agriculture » mais que c’est « un peu plus risqué pour sur l’industrie (…) et beaucoup plus complexe pour les services ».  

Le cycle de Doha, aussi appelé « programme de Doha pour le développement », devait initialement être conclu en 2004. A la suite des échecs successifs des conférences ministérielles de Cancun en 2003 et de Hong Kong en 2005, l’échéance a été sans cesse repoussée. Elle est désormais fixée à fin 2008.