Contexte :

Si l’Europe tente de renforcer l’intégration de son marché intérieur afin de favoriser les échanges entre les Etats membres, les négociations sur le commerce international sont aujourd’hui au point mort.

Le cycle de Doha pour le développement, visant à libéraliser le commerce mondial et à étendre les avantages de la mondialisation aux pays en voie de développement, a été lancé par les ministres des pays membres de l’OMC en novembre 2001 dans la capitale du Qatar, Doha.

Les négociations se sont poursuivies au cours des six dernières années, mais les membres n’ont pas réussi à trouver un compromis concernant la réduction des subventions agricoles et des droits de douanes sur les produits industriels et agricoles.

De nouvelles propositions de négociations couvrant le commerce de produits agricoles et industriels ont été présentées par les médiateurs de l’OMC le 19 mai.

Du côté des entreprises européennes, les critiques sur la stagnation du processus sont nombreuses. Elles dénoncent notamment les ambitions revues à la baisse dans les négociations depuis le début du cycle de Doha. (EurActiv.com 27/05/08)

Inquiets des effets négatifs de la mondialisation sur leurs salaires et leur pouvoir d’achat, les citoyens européens, et particulièrement les Français, ont une mauvaise image de la mondialisation.

Enjeux :

La Chambre de commerce américaine auprès de l’UE (AmCham) a mené une étude sur le thème « 2009-2014 : l’Europe saura-t-elle être compétitive ? ».

L’objectif de cette étude était d’apporter des éléments concrets afin d’analyser l’impact de la mondialisation sur l’économie de l’Europe, mais également de ses Etats membres, notamment la France.

Lors d’une manifestation organisée au Medef le 16 juin, modérée par Christophe Leclercq, fondateur d’EurActiv.com, qui était partenaire média de l’évènement, l’AmCham a présenté les résultats de son étude. La conclusion principale est très claire : il y aura des gagnants et des perdants de la mondialisation mais celle-ci « a beaucoup apporté à l’Europe et en particulier à la France », selon Daniel S. Hamilton, professeur à l’université Johns Hopkins à Washington et auteur de l’étude.

La hausse du coût des matières premières et du prix du pétrole, ainsi que le doublement de la main d’œuvre, ces dix dernières années, inquiètent cependant les Français et les Européens. « Les avantages de la mondialisation sont tangibles économiquement, mais difficiles à voir pour le citoyen, tandis que les souffrances qu’elle engendre sont très localisables pour lui », explique Daniel Hamilton.

3ème économie d’Europe et 6ème économie du monde, la France a pourtant vu les revenus de ses ménages croître de 18% ces 7 dernières années contre 11% pour la zone euro. C’est l’augmentation la plus rapide d’Europe, souligne l’étude.

Afin d’améliorer encore sa compétitivité dans un monde globalisé, la France devra cependant renforcer son soutien aux PME et « rattraper le rythme en matière de recherche et développement », souligne Daniel Hamilton.

Positions :

Un panel de chefs d’entreprises français et européens présents lors de la conférence organisée au Medef ont réagi à l’étude menée par l’AmCham et pris position sur les défis à relever pour rester compétitif face à la mondialisation.  

France, Europe et Mondialisation

Selon le président de la commission Economie du Medef, Pierre Nanterme, « si la France était plus compétitive, elle pourrait être l’une des premières économies au monde. Il faut que nous puissions rattraper les un à deux points de croissance qui nous manquent », explique-t-il. Avant d’ajouter que « l’Europe est un atout pour la France, les 25 premiers sociétés du monde étant européennes ».

Parmi les facteurs d’amélioration de la compétitivité française, Pierre Nanterme évoque les prélèvements sur les entreprises, plus élevés en France (17% du PIB) qu’en Allemagne, au Royaume-Uni, ou en Italie.

Le président d’Honeywell pour l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Inde, Bernard Pellereau, précise que la croissance de son entreprise repose sur sa capacité à innover et à développer de nouvelles technologies. « La question est de savoir si l’Europe est suffisamment capable d’être compétitive dans ces domaines pour attirer des investisseurs », estime-t-il.

Frédéric Sanchez, président de la commission internationale du MEDEF, considère lui que « la France a bénéficié de la mondialisation » et précise que son entreprise, Fives-lille, a tiré profit de la croissance mondiale au-delà de l’UE. « 70% de notre chiffre d’affaire vient des pays en développement. Nous avons crée des ateliers à l’étranger ce qui nous a permis de recentrer nos compétences et notre valeur ajoutée ».

Le président et PDG de General Electric, Ferdinando Becalli-Falco, indique que la mondialisation « fait peur aux gens car ils pensent qu’elle peut leur faire perdre leur emploi ». « Il faut améliorer notre communication sur ce sujet mais pas uniquement par des mots, il faut agir », explique-t-il en précisant que, selon lui, « l’un des problèmes majeurs de la France et de l’Europe est que le coût de la main d’œuvre est très élevé par rapport à d’autres pays ».

« Notre entreprise est présente dans les 27 Etats membres de l’UE, mais moins de 30% de nos effectifs sont en France parce que nos profits sont bien meilleurs à l’étranger», indique quant à lui Pierre Brousse, président de Bonna Sabla. Quant à la mauvaise perception des Français sur la mondialisation, il estime qu’il « est difficile pour un gouvernement de représenter les intérêts des citoyens et des entreprises ».

Améliorer l’éducation et stabiliser le système social

L’une des réponses au renforcement de la compétitivité de l’Europe dans la mondialisation est d’améliorer l’éducation, selon les participants à la conférence.

« Il faut développer l’éducation à l’enseignement technologique pour pouvoir créer ce pool technologique dont nous avons besoin », explique le président de General Electric. Une solution : « améliorer la coopération entre le gouvernement et les entreprises privées en Europe. Aux USA, ce sont surtout les entreprises privées qui agissent dans le domaine de l’éducation ».

« Ne sous estimons pas nos atouts », pense au contraire Frédéric Sanchez. Dans le domaine de l’innovation, par exemple en ce qui concerne le développement durable, nos ingénieurs sont mieux formés en Europe et aux Etats-Unis qu’en Chine, estime le président de la commission internationale du Medef.

« Pour que les citoyens soutiennent la mondialisation, il faut développer dans le même temps un système de  protection sociale, sans quoi les citoyens ne la soutiendront pas », explique Daniel Hamilton. Il poursuit: « Le défi essentiel est de faire de la production de richesses d’un côté, et de la production de ressources de l’autre. Sans cela le modèle ne peut pas être stable. Les modèles comme la flexicurité, mis en place par certains pays d’Europe vont notamment nous obliger à revoir notre vision des choses. »

Cycle de Doha et protectionnisme

La stagnation du cycle de Doha a été critiquée par les participants au colloque du Medef.

« La mondialisation est une opportunité et pas un risque. C’est pourquoi il faudrait parvenir à un accord sur le cycle de Doha pour lequel les négociations sont aujourd’hui suspendues », explique Frédéric Sanchez.

Réagissant à une question d’EurActiv.fr sur la volonté de Nicolas Sarkozy de renforcer l’Europe protection, le président de Fives-Lille a ajouté qu’il ne fallait surtout pas revenir au protectionnisme. « C’est destructeur de valeurs. Il faut se mettre d’accord sur des secteurs stratégiques au niveau international vis-à-vis desquels on devrait fixer des règles du jeu comme le font les Etats-Unis qui en ont 130 », explique-t-il.

Concernant la taxe carbone, il considère que celle-ci devrait être incluse dans les négociations OMC afin d’amener les différents pays à accepter cette contrainte.

« Il ne faut pas être naïf, tous les marchés se protègent », estime quant à lui Pierre Brousse, qui considère que la taxe carbone est l’une des seules solutions pour que les bonnes pratiques de défense de l’environnement soient respectées.