Dans quelques pays de l’UE, les entreprises commencent à entrevoir le bout du tunnel, mais beaucoup d’autres ont été contraintes de licencier leurs salariés, vendre leurs actifs et diminuer considérablement leurs investissements. Le réseau de publications d'EurActiv en Europe a participé à la rédaction de ce dossier.

Positions
Plusieurs Etats membres de l’UE s’accordent à dire que la crise du crédit s’estompe grâce à l’augmentation du volume de prêts accordés aux PME. Mais le tableau reste cependant sombre pour la plupart des entreprises.
BusinessEurope, le syndicat européen des patrons, a souligné que les grandes entreprises profitaient de plus en plus des prêts bancaires, ce qui rend les institutions financières encore moins enclines à accorder des prêts aux PME (EurActiv.com, 15/7/09).
Les gouvernements européens ciblent leurs actions vers les banques qui se sont montrées lentes à accorder des prêts aux entreprises ou aux consommateurs. Les institutions financières ont bénéficié de l’injection de capital depuis le début de la crise financière, ce qui a permis aux gouvernements d’avoir une plus grande emprise sur les conditions d’octroi des prêts. De plus, plusieurs Etats ont de plus décidé de déployer des plans de garantie pour vaincre l’aversion des banques pour le risque.
De son côté, la Banque centrale européenne a procédé à un abaissement sans précédent de son taux directeur, qui atteint désormais le seuil inédit de 1% (EurActiv.fr, 07/05/2009). La BEI va quant à elle dégager un montant de 30 milliards d’euros dédié aux PME, et prendra en charge une partie des risques liés aux prêts accordés par les banques commerciales.
POSITIONS :
France :
L’étude publiée en juin 2009 par l’assureur Euler Hermers prévoit une augmentation de 25% des faillites en 2009 par rapport à 2008. Leur nombre pourrait atteindre le record historique de 73000, dépassant de loin le seuil de 64800 enregistré pendant la récession de 1993.
Eu égard aux retards de paiement des PME, la France s’en sort mieux que ses partenaires européens, selon une étude conduite par Altares Institute. Les retards sont de 11,7 jours alors que la moyenne européenne est de 15. L’immobilier, les transports et le commerce sont les secteurs les plus touchés, et font face à des retards de paiements supérieurs à deux semaines.
Le rapport d’Altares souligne que les PME sont celles qui pâtissent le plus des retards de paiement. 60% des entreprises ayant moins de 250 employés en ont fait les frais, contre 21,5% des entreprises de plus de 5000 personnes.
La loi de modernisation de l’économie adoptée en 2008 s’attache à réformer les délais de paiement. 22 milliards d’euros seront mis à la disposition d’Oséo pour éliminer les déséquilibres trop importants dont souffre la trésorerie des PME.
Grande-Bretagne
Des signes précurseurs de reprise du secteur du crédit ont été signalés en Grande-Bretagne. La Fédération des PME (FSB) a noté une amélioration de l’activité commerciale à l’occasion de sa dernière étude mensuelle. Les chiffres sont meilleurs qu’à l’automne 2008 (EurActiv.com, 09/07/09).
L’année dernière, 40% des PME ont déclaré que le coût du crédit était leur problème majeur. Mais ce chiffre est tombé à 25% lorsque la circulation du crédit a commencé à se fluidifier.
La confiance progresse également en Grande-Bretagne : 57% des PME se disent raisonnablement optimistes et un nombre croissant d’entre elles cherchent à recruter plus de personnel et à investir dans de nouveaux produits. Toutefois, la FSB a émis des réserves concernant les commerces et les pubs situés en zone rurale, qui continuent d’être menacés par la contraction du crédit.
Le 14 juillet, le ministre des Finances britannique, Alistair Darling, a souligné l’urgence de la situation pour les PME qui doivent pouvoir satisfaire leurs besoins financiers, affirmant que l’accès au crédit était un élément-clé de la relance économique. Il a prévu de rencontrer prochainement des responsables d’établissements bancaires, rappelant notamment que le gouvernement avait passé des accords avec des banques dans lesquelles l’Etat détient des parts substantielles de leur capital.
République tchèque
Une étude menée par la Chambre de commerce tchèque a fait état des difficultés rencontrées par les entreprises qui, n’ayant pas aisément accès au crédit, sont contraintes de réduire leurs dépenses. Trois quarts des entreprises ont ralenti leur activité à cause du manque de fonds, et plus de la moitié ont différé ou annulé les investissements qu’elles avaient initialement prévus.
Les problèmes de liquidité ont contraint 25% des entreprises à licencier leurs employés ou à céder certains de leurs biens immobiliers. La moitié des entreprises sondées s’accordaient à dire que sur les trois derniers mois, les banques étaient moins disposées à leur octroyer des fonds.
La Confédération de l’industrie de la République tchèque a signalé dans un rapport périodique publié en juin que les retards de paiement constituaient une préoccupation majeure pour 92% des industries tchèques. Une nouvelle législation tente d’endiguer le problème.
Ainsi que l’indiquait le porte-parole du ministère de l’Industrie et du Commerce, Tomáš Bartovský, le gouvernement a lancé un programme destiné à fournir des dépôts de garantie aux industriels tchèques. Le projet, doté d’un budget de 38,6 millions d’euros, a rencontré un vif succès. Les entreprises souhaitent que le gouvernement élargisse l’accès au programme aux secteurs des services et du commerce. Mais M. Bartovský a affirmé à EurActiv.cz que le gouvernement n’en avait pas l’intention.
Slovaquie
Selon la banque nationale de Slovaquie, le nombre de prêts accordés aux entreprises a légèrement progressé en mai 2009, notammen en raison d’une augmentation des emprunts immobiliers. Toutefois, en mai, les investissements et les crédits d’exploitation ont diminué par rapport aux mois précédents.
Afin de soutenir les PME, la Banque de garantie et de développement (SZRB) a signé un contrat avec les banques locales afin de fournir rapidement des garanties bancaires. Entre janvier et avril 2009, 17 millions d’euros ont été attribués à 292 banques au titre des garanties, et 46.5 millions d’euros au titre des prêts, soit une augmentation de 24 millions par rapport à l’an dernier.
Une analyse conduite sous la houlette de l’Agence nationale pour le développement des petites et moyennes entreprises (NADSME) montre que seules 2% des PME estiment que l’accès au crédit est un problème sérieux.
Les retards de paiement demeurent toutefois une préoccupation majeure pour les PME slovaques : 65% d’entre elles en font les frais. Du fait du manque de liquidités qui en résulte, ces entreprises retardent les paiements qu’elles doivent à leurs propres fournisseurs, au lieu de vendre leurs actifs ou de solliciter les banques pour obtenir des prêts.
Le ministère de l’Economie estime que le gouvernement n’était pas enclin à intervenir dans les conflits entre les consommateurs et les fournisseurs, ajoutant que le problème des retards de paiement pouvait être résolu par un système d’emprunt. Le gouvernement agit en ce sens en augmentant l’accès au crédit et en simplifiant le système d’imposition et de TVA.
En avril, la Banque européenne d’investissement (BEI) a accordé une ligne de crédit de 50 millions d’euros à la SZRB. Cette somme est censée favoriser l’investissement des PME, en mettant l’accent sur l’industrie et les services.
Italie
Un tiers des entreprises italiennes a rencontré des difficultés dans la première moitié de l’année 2009. La contraction du crédit coûte 13,7 milliards d’euros par an aux PME, entraînant la fermeture quotidienne de 30 entreprises depuis janvier 2009.
De façon à épauler les entreprises en difficulté et à sécuriser les lignes de crédit, des associations, à l’instar de Confimpresa, ont lancé une stratégie en coopération avec les petites structures bancaires visant à garantir les prêts contractés par les PME.
Les retards de paiement demeurent un handicap majeur pour le gouvernement italien. Selon l’Association bancaire italienne (ABI), les arriérés des autorités publiques à l’égard des PME s’échelonnent de 50 à 60 milliards d’euros.
Le 26 juin, le gouvernement a introduit de nouvelles mesures pour accélérer les paiements dûs par le secteur public. Le ministre des Finances italien, Giulio Tremonti, a annoncé la création d’un fonds de 23 milliards pour s’acquitter des impayés. Cette nouvelle a attiré les faveurs de Confindustria, l’organisation italienne de l’industrie, qui s’est toutefois interrogée sur le moment et le mode de remboursement des dettes.
L’Italie a reçu la troisième dotation de la part de la BEI, après l’Espagne et l’Allemagne. En mai, la BEI, l’ABI et Confindustria ont signé un accord-cadre pour élargir la portée de l’utilisation des instruments créés par la BEI, rappelant également l’importance de simplifier les conditions d’octroi des prêts de la banque européenne à destination des PME.
Le document ouvre la voie à une coopération optimale entre les trois institutions en encourageant le déploiement rapide de lignes de crédit réservées aux PME et provenant de la BEI.
Hongrie
Partie intégrante des réformes majeures destinées à rééquilibrer l’économie hongroise, une réforme fiscale a été entérinée à la fin du mois de juin. Elle est accompagnée d’une nouvelle loi sur l’impôt foncier. Le dispositif devrait avoir un impact significatif sur les petites entreprises.
Le système d’imposition des PME sera simplifié et dès le début de l’année prochaine, toute entreprise sera autorisée à tenir sa comptabilité en euro.
A l’instar de leurs homologues européennes, les PME hongroises n’échappent pas à la difficulté d’accès au crédit. Mais de nouvelles formes de prêts bancaires, visant à protéger les banques des défauts de paiement, vont voir le jour. En guise de garantie, les créanciers se verront ainsi attribuer la propriété des locaux loués par le débiteur.
Les ressources de la BEI n’ont pas profité rapidement aux PME hongroises. En mai, grâce à l’action de la Erste Bank Hungary, 40 millions d’euros ont été attribués aux PME hongroises dont les projets financés portaient sur la protection environnementale, l’efficacité énergétique et le développement d’infrastructures. Pour les responsables de la banque, le montant disponible était cependant si dérisoire que quelques jours ont suffi à son absorption.
Les résultats des efforts accomplis par le gouvernement ont porté leurs fruits : les investisseurs commencent à s’orienter vers la Hongrie, délaissant donc leur point d’ancrage favori qu’est la Pologne. Un analyste de la Deutsche Bank, Angus Halkett, a par ailleurs signalé que cette situation résultait du fait que la Hongrie avait été le premier pays à demander de l’aide au FMI, à la Banque mondiale et à l’UE.
"Le gouvernement hongrois fait clairement tout ce qu’il peut pour empêcher toute nouvelle crise et mettre en oeuvre les réformes qui sont exigées par l’UE comme par le FMI", a affirmé M. Halkett. "Par de nombreux aspects, la Pologne a pris la direction opposée à la Hongrie" a-t-il ajouté.
Bulgarie
Les estimations pessimistes vont bon train en Bulgarie, pays largement touché par la crise. Au-delà de l’augmentation du chômage, un nombre croissant d’entreprises fait faillite : on en comptait 118 de janvier à mars, contre 67 sur la même période l’an dernier. Selon l’association industrielle bulgare, il est plus facile pour les entreprises dotées de capitaux étrangers de remplir leurs engagements financiers et de soutenir leurs secteurs les plus vulnérables.
Beaucoup d’entreprises bulgares sont incapables de répondre à ces impératifs, car les banques font obstacle à leur capacité d’emprunter. Les secteurs de la construction, de la métallurgie et du tourisme apparaissent particulièrement exposés au risque de faillite.
La difficulté à accéder au crédit est exacerbée par le problème des retards de paiement. Ces derniers atteignent 70% pour l’Etat chaque année, ce qui affaiblit le profit réel réalisé par les entreprises bulgares. La mise en œuvre de la directive sur les retards de paiement étant limitée, la plupart des entreprises sont touchées par ce problème.
Pour stimuler les investissements des PME, la Banque de développement bulgare a débloqué l’équivalent de 250 millions d’euros. Mais le rythme d’octroi de crédit est lent. Moins de la moitié de la somme a été utilisée jusqu’alors.
Le fonds d’investissement européen a garanti jusqu’à 205 millions d’euros pour les PME. Mais l’argent est transmis via les banques locales, ce qui ne facilite pas le processus : les établissements rechignent à accorder des prêts aux entreprises en difficulté ou leur proposent des taux d’intérêts excessivement élevés.
Irlande
La situation économique en Irlande continue d’empirer malgré une série de mesures introduites aux niveaux national et européen. Le gouvernement irlandais a notamment établi en 2009 un nouveau code régissant les prêts destinés aux PME. Mais une étude menée par des groupes d’entrepreneurs suggère que la plupart des banques n’ont pas pris connaissance de la nouvelle régulation.
En outre, les milliards d’euros mis à la disposition du développement des PME n’ont pas profité à ses bénéficiaires. L’Association irlandaise des PME a affirmé que les banques locales laissaient de côté les fonds de la BEI en bloquant les mécanismes d’octroi des prêts (EurActiv.com, 08/07/09). Les banques irlandaises ont toutefois rétorqué que ces accusations étaient exagérées.
Depuis le début de l’année, 733 sociétés irlandaises ont mis la clef sous la porte. Ce chiffre pourrait atteindre 1600 d’ici à la fin 2010.
Tout au long du mois de juillet, le ministre du commerce, Billy Kelleher, a sillonné le pays, allant à la rencontre des responsables de banques, d’entreprises et d’agences d’Etat. Il souhaite endiguer la frilosité des banques à assumer leur rôle de prêteur (EurActiv.com, 01/07/09).
CONTEXTE :
Les petites entreprises ont été les plus touchées par la crise du crédit. Perçues comme un pari risqué par les banques, elles sont confrontées à la frilosité de ces dernières qui rechignent à leur accorder des prêts. L’accès au crédit est pourtant indispensable à la survie des PME, particulièrement dans leurs premières années d’existence.
L’approche trop prudente adoptée par les banques est un facteur majeur d’augmentation du chômage en Europe. La Banque européenne d’investissement a mis à la disposition des PME 350 millions d’euros, qui devaient être distribués aux entreprises par les banques locales sous forme de prêts à taux réduit. Mais les groupes de défense des PME ont constaté que les fonds ne sont pas accordés aux entreprises qui en ont le plus besoin.
Le tarissement du crédit a été aggravé par le fléau des retards de paiement, qui sont le fait des acteurs publics comme privés.



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