« Concrétiser et amplifier la stratégie de Lisbonne ». C’est l’un des vœux formulés par le président français, Nicolas Sarkozy, dans la lettre de mission adressé le 28 août à l’ancien ministre de l’Education de Lionel Jospin, le socialiste Claude Allègre. Rien d’étonnant, la Présidence française ayant fait de la relance de la stratégie de Lisbonne l’une des ses priorités.

Claude Allègre aura donc pour mission de “faire en sorte que l’économie de la connaissance devienne (…) un moteur de développement de l’Europe”. A cette fin, il sera entouré de personnalités françaises et européennes et présentera des propositions concrètes à l’automne. Premier objectif : l’organisation des assises européennes de l’innovation cet automne.
Une tâche qui devrait lui rappeler les assises françaises de l’innovation qu’il a organisées en 1998. Ministre de l’éducation jusqu’en mars 2000, Claude Allègre avait également participé à l’élaboration de la stratégie de Lisbonne en 2000.

Une mission qui s’annonce « difficile » selon les termes utilisés par l’ancien ministre dans une interview au Figaro Magazine. Et pour cause, le manque de volonté des Etats membres et la faiblesse des moyens financiers sont les raisons essentielles de l’échec de la stratégie de Lisbonne.

Or face aux progrès rapide de la Chine, de l’Inde et du Brésil, l’Europe a de quoi être « inquiète », a indiqué Claude Allègre au Figaro.

Un point de vue partagé par l’avocat, Laurent Cohen-Tanugi, auteur d’un rapport sur l’Europe dans la mondialisation, qui a servi de base aux premières réflexions des Etats membres en mars 2008. « Si elle ne fait rien, l’UE sera marginalisée d’ici 2020, face au dynamisme des Etats Unis et face à  l’émergence de nouveaux pôles en Asie », explique Cohen-Tanugi, dont le rapport propose d’entamer une réflexion sur la stratégie de Lisbonne après 2010. (Lire l’interview d’EurActiv.fr)

Quel lien entre la mission de Claude Allègre et le rapport Tanugi, qui a peu fait parler de lui depuis le Conseil européen de mars? L’initiative des assises européennes de l’innovation « se situe dans le droit fil de mon rapport qui préconise de recentrer sur la compétitivité par l’innovation, sur ce que j’appelle « Lisbonne Plus », estime l’avocat actuellement.

Dernière initiative de la Présidence française pour renforcer l’innovation en Europe : la mise en place d’un groupe de travail rassemblant le collège des coordinateurs nationaux de la stratégie de Lisbonne pour réfléchir à l’après 2010. C’est la ministre de l’économie, Christine Lagarde, qui représente la France.

Entre 2000 et 2006 les investissements européens dans la recherche et développement ont stagné entre 2 et 2.25 %. Ils sont même en baisse à l’échelle européenne. Alors que la stratégie de Lisbonne prévoyait que l’UE atteigne 3% en 2010.

Malgré ces résultats mitigés, c’est bien la France qui tente aujourd’hui de changer la donne. « Je pense que le pays est bien placée pour faire avancer le dossier. La France est le premier pays à avoir proposé une vision pour l’après 2010 », estime Cohen-Tanugi.

Pour autant, les actions de cet automne ne devraient pas déboucher sur des engagements concrets. « Il s’agit d’initier un mouvement de réflexion ». Car, «de manière réaliste, la Présidence française ne peut que mettre le projecteur sur un sujet. »