La consultation sur la stratégie de Lisbonne post-2010 a été lancée par la Commission européenne le 24 novembre. L’Institut Bruegel, think tank européen spécialisé dans les politiques économiques, adresse une série de mémos au nouvel exécutif européen.
Documents officiels
Commission européenne
Document de consultation pour la stratégie UE 2020 (en anglais)
La crise place l’Europe de demain devant un double défi en apparence contradictoire : placer au cœur de sa future stratégie la préservation des acquis tout en faisant preuve de l’audace nécessaire à la mise en place d’un nouveau leadership. Les experts de l’Institut Bruegel sont unanimes: il faudra aller plus loin que l’actuel statu quo de la Commission pour sortir de la crise.
Quel ordre de priorité faut-il établir concernant la mise en œuvre des politiques macro-économiques ? Quel doit être le rythme des réformes ? Selon le directeur de Bruegel, Jean Pisani-Ferry, c’est l’achèvement de la restructuration du système bancaire qui prime. L’Union devra ensuite se concentrer sur la consolidation budgétaire avant d’engager le processus de normalisation monétaire.
Les situations bancaires sont très variables selon les pays, rappelle l’expert. Les banques françaises remboursent déjà alors que les banques anglaises empruntent à nouveau.
Face à l’accroissement exponentiel des déficits budgétaires, y compris dans la zone euro, les instruments normatifs traditionnels sont désormais jugés inadaptés. Une certitude : on ne pourra pas s’en tenir au pacte de stabilité et de croissance tel qu’il est. Il faudra « rallonger » l’horizon en tenant compte des situations de chacun.
Entre le besoin de souplesse et la situations d’urgence, les avis divergent sur la mise en place d’un calendrier. Le Directeur du Département analyse et prévision de l’Observatoire Français des Conjonctures économiques (OFCE), Xavier Timbeau, insiste sur l’incertitude concernant les scénarios de croissance à moyen terme et sur l’importance de ne pas compromettre l’embryon de reprise : « Wait and see ».
Il s’agit d’abord d’établir un diagnostic, quitte à accepter l’augmentation généralisée de la dette publique, afin de ne pas brouiller l’état de la conjoncture et pouvoir ensuite adapter les politiques. L’enjeu majeur identifié par l’OFCE pour l’Union est la lutte contre la déflation.
Selon Jean Pisani, il faut également diriger les Etats vers des investissements sans effets négatifs sur la croissance, en fonction de leurs capacités propres.
Mutualiser les moyens de lutte
A l’issue des débats, plusieurs grandes propositions ont émergé, censées guider la future stratégie anti-crise :
- L’idée d’un grand emprunt européen a été reprise. Il appartient à l’Union plus qu’à la France de lancer une telle initiative, rappellent les experts présents. Les Etats n’y sont pas favorables, contrairement au Parlement européen et au commissaire européen aux Affaires économiques Joaquin Almunia. « Pourquoi ne pas imaginer un emprunt à deux tranches, l’une nationale et l’autre européenne ? », propose Jakob von Weizsäcker de l’Institut Bruegel. Le concept pourrait être accepté, moyennant un certain niveau d’ingénierie financière.
- Le renforcement du rôle des grandes orientations des politiques économiques (GOPE), maillon central de la coordination des politiques économiques des États membres, pourrait être utile dans le cadre de la mise en œuvre de la future stratégie de Lisbonne.
- La création d’une agence européenne de la dette est considérée comme une « réponse souple et cohérente » par l’OFCE. Globaliser les dettes et les garanties permettrait à l’UE d’obtenir des taux d’intérêt plus avantageux pour ses prêts.
- Le bilan de la Banque Européenne d’Investissement à l’issue de la crise est bon. La BEI emprunte déjà sur les marchés pour le compte de l’Union afin de prêter ensuite aux entreprises européennes. Elle s’est dit en mesure de gérer ces emprunts communautaires, voire le stock de dettes existantes sans qu’il soit besoin de créer une agence ad hoc. Son rôle est à consolider.
Quels acteurs pour la gouvernance économique européenne ?
Trois acteurs ont joué un rôle inégal dans la gestion de la crise selon les observateurs. Dans l’ordre d’importance :
- La Banque Centrale Européenne, organe fédéral sorti renforcé de la crise grâce à une action efficace.
- Les sommets intergouvernementaux, initiatives menées hors cadre institutionnel communautaire.
- La Commission, handicapée par les procédures et une trop grande fragmentation des portefeuilles.
Le modèle de gouvernance européen est le grand perdant de la lutte anti-crise, au profit notamment du modèle promu dans le cadre du G20, acteur majeur de la mondialisation.
La Commission, représentante des intérêts communs de l’Union, doit devenir un organe de coordination et jouer un rôle de leader au milieu du débat entre Etats membres.
Ce leadership passe par :
- Le renforcement de la collégialité des débats,
- La redéfinition du poids politique des recommandations adressées par la Commission aux Etats,
- La création de nouveaux portefeuilles (changement climatique, économie de la connaissance, affaires économiques et financières…)
Gardienne des Traités, elle doit garantir le respect de la discipline, mais surtout favoriser l’échange permanent de bonnes pratiques selon Anne-Laure de Coincy, Secrétaire générale adjointe des affaires européennes pour la France.



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