La Table ronde des industriels européens (ERT) a publié un document détaillé intitulé "Vision pour une Europe compétitive en 2025", qui encourage les gouvernements à réduire leurs dépenses publiques dans un certain nombre de domaines. Frustrées par l'échec de l'Agenda de Lisbonne, les grosses entreprises sont intervenues pour forcer Bruxelles et les gouvernements européens en Europe à respecter leurs promesses politiques destinées à améliorer la compétitivité de l'Europe.

"De nombreux dirigeants politiques s'engagent au niveau européen mais dès le moment où ils retournent dans leurs pays, ils les oublient. Si l'Europe veut être compétitive en 2020 ou 2025, alors cela ne devrait plus se produire", a déclaré le secrétaire général de l'ERT, Wim Philippa, à EurActiv.com.  

Selon lui, l'échec de la communication avec les Etats membres sur leurs responsabilités dans le cadre de l'Agenda de Lisbonne a entraîné des défauts dans sa mise en œuvre.

Le groupe représentatif des entreprises a également souligné le besoin urgent d'encourager les jeunes gens à étudier les mathématiques, la technologie et les sciences. Il a même offert la possibilité de mettre son poids financier dans la balance pour promouvoir les initiatives en matière d'éducation dans les Etats membres.

"Nous soutenons pleinement la création d'un organisme de coordination européen pour l'éducation afin de promouvoir les MST (maths, science, technologie) dès l'école primaire. Nous sommes prêts à jouer le jeu – financièrement – en espèces et en nature", a affirmé M. Philippa.

Des réformes urgentes sont nécessaires

L'industrie a averti les dirigeants européens qu'une réforme fondamentale des systèmes sociaux et de santé devait être mise en place rapidement, afin de mettre l'Union sur le chemin de la croissance durable.

Pour ce faire, les budgets nationaux doivent être équilibrés et les réformes nécessaires depuis longtemps poursuivies avec vigueur estime l'ERT. 

Le groupe est constitué d'entreprises connues dans des secteurs tels que l'alimentation (Nestlé), le tabac (Brtish American Tobacco), l'automobile (Renault)...

L'ERT met en avant la nécessité d'une série de mesures politiques radicales si l'Europe souhaite devenir un lieu attrayant pour vivre et travailler dans les deux prochaines décennies.

La Commission européenne devra assurer le respect du Pacte de stabilité et de croissance par tous les Etats membres et encourager le surplus des budgets publics sur une période temporelle durable, selon les dirigeants des grandes entreprises.

Ces réformes devront être financées via des réductions de dépenses publiques pour les politiques qui ne sont pas durables, explique le document. Le texte mentionne notamment la nécessité d'une évaluation indépendante à l'échelle de l'UE des systèmes de retraite publics en vue d'une restructuration.

Objectifs pour 2010

Les industriels ont également publié une liste d'objectifs à court terme susceptibles d'être accomplis dans les 12 prochains mois afin d'envoyer des signaux clairs à la communauté des entreprises.

La conclusion d'un accord climatique international juridiquement contraignant, la publication d'une stratégie pour 2020 ambitieuse et réaliste, et des liens renforcés entre les entreprises et l'éducation, sont quelques unes des propositions. 

Le document se fonde aussi de manière prévisible sur des arguments de libre échange, appelant à l'achèvement du marché intérieur, à la réduction des droits de douane pour stimuler le commerce international, et à une résistance acharnée contre le protectionnisme et la démondialisation.

Dès 2025, la prolifération des accords commerciaux préférentiels devrait être convertie en un régime mondial d'absence de droit de douane, selon le groupe.

POSITIONS:

"Notre approche n'est peut-être pas totalement visionnaire mais elle doit être réaliste. Ce serait inutile de prévoir un monde inaccessible pour 2025. Peut-être que c'est répétitif, peut-être que c'est du déjà vu ou que ça semble familier, mais nous estimons que si ces objectifs ne sont pas remplis, alors nous n'atteindrons jamais la cible", a déclaré Wim Philippa, secrétaire général de la Table ronde des industriels européens.

Leif Johansson, président d'AB Volvo et directeur de l'ERT, a déclaré que le réel enjeu pour faire fonctionner la stratégie de l’UE pour 2020 reposait sur les questions de mise en œuvre. "La stratégie de Lisbonne n'avait rien de mauvais. Le problème était la façon dont les Etats membres et l'UE l'ont exécuté", a-t-il indiqué.

M. Johansson a affirmé qu'il y avait peu d'intérêt à annoncer une nouvelle stratégie si les progrès n'étaient pas réellement surveillés. A cette fin, l’ERT a lancé un site Internet pour suivre la mise en œuvre de sa vision d'une Europe compétitive.  

Gerard Kleisterlee, président et PDG de Royal Philips Electronics et vice-président de l'ERT, a affirmé que l'Europe avait besoin de penser la politique de manière audacieuse si elle voulait faire face aux « méga tendances » telles que la démographie, l'urbanisation, la mondialisation et le changement climatique.

"A moins que nous agissions, notre capacité à fournir des emplois de qualité va diminuer. Nous voulons que l'Europe reste un endroit attrayant pour vivre et travailler en 2025, mais nous devons de toute urgence procéder à des changements en profondeur', a-t-il déclaré.

Il a ajouté que l'Europe avait besoin de parler d'une seule voix dans les relations extérieures et que l'UE devrait n'avoir qu'un siège dans les organisations économiques internationales.

L'ancien commissaire européen Mario Monti, qui travaille actuellement sur un rapport officiel visant à revigorer le marché intérieur, a déclaré que si l'Europe devait avoir une position unie dans les affaires extérieures, elle devait cependant éviter les « cacophonies d'opinions » en interne.

"Les dirigeants européens, a-t-il affirmé, ont la mauvaise habitude de blamer l'UE plutôt que d'accepter leurs responsabilité dans les décisions communes qu'ils ont prises à Bruxelles."

Toutefois, M. Monti a soutenu que l'Europe était sortie de la crise avec un certain prestige car son modèle économique de marché du travail était désormais pris plus au sérieux et ses entreprises et ses citoyens pas aussi endettés que leurs homologues américains.

Miguel Sebastianministre espagnol de l'industrie, du tourisme et du commerce, a affirmé que l'Europe avait besoin de réformes structurelles étant donné le défi que présentent les économies émergentes d’Inde et de Chine.

Il a ajouté que l'Espagne mettrait la pression pour faire progresser le cycle de négociations commercial de Doha et qu’elle ferait du marché numérique et de la libéralisation du marché énergétique des priorités.

M. Sebastian a également fait remarquer que la stratégie de Lisbonne n'était pas considérée comme un échec total par les Etats membres et qu'elle avait déclenché certaines actions dans le bon sens.

Cependant, il a reconnu que des mesures de contrôle plus fermes faciliteraient la mise en œuvre d'UE 2020 – le successeur de la stratégie de Lisbonne. "Les entreprises s'efforcent de mesurer quantitativement leurs progrès tandis que les gouvernements n'optent pas toujours pour cette approche. Je pense qu'ils ont tort. Nous devrions avoir des objectifs de à long terme", a-t-il dit.

Par ailleurs, il a souligné que l'Europe devait garder l'industrie en vue plutôt que de se reposer totalement sur le secteur des services comme source de croissance.