Un document de la Commission, dont EurActiv.fr s'est procuré une version avancée, souligne que le lien entre spéculation et volatilité des produits de base n'est pas prouvé. Cette affirmation a provoqué la colère de Paris.

La Commission recommande une transparence accrue sur les marchés de matières premières. © Ben Cumming / FlickR
Documents officiels
NYSE Euronext
Les cours des dérivés de matières premières agricolesMinistère de l'Agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l'aménagement du territoire
Rapport d'étape "Prévenir et gérer l’instabilité des marchés agricoles" par Jean-Pierre Jouyet, Christian de Boissieu et Serge GuillonMinistère de l'Agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l'aménagement du territoire
La régulation des marchés des dérivés de produits de baseMinistère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi
Lettre à Michel Barnier sur la régulation des marchés de dérivés sur matières premières
Recherches
Ministère de l'Agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l'aménagement du territoire
Rapport Perrin sur la gestion des aléas économiques en agricultureMinistère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi
Rapport Chevalier sur la volatilité des prix du pétrole
Encore en préparation, ce rapport de la Commission a déclenché une polémique entre Paris et Buxelles. Le texte, qui comporte une vingtaine de pages, et dont EurActiv.fr s’est procuré une version avancée, affirme que l'on ne peut relier avec certitude la spéculation et l’augmentation des prix des matières premières, notamment agricoles.
«Il n’y a pas de preuve concluante d’une causalité entre la spéculation et les marchés dérivés [d'une part], et l’augmentation de la volatilité sur les marchés physiques [d'autre part]», affirme la Commission.
C’est d’ailleurs la seule fois que le mot «spéculation» figure dans ce rapport, intitulé : « Relever les défis sur les marchés des produits de base et des matières premières ».
Sécurité alimentaire
Si la Commission reconnaît que «le prix des produits dérivés et celui des produits physiques sont liés», elle estime qu’il n’est «pas simple» de connaître l’influence d’un marché sur l’autre. «A ce stade, il y a peu de preuves que le processus de formation du prix sur les marchés physique a été transformé par l’importante hausse de l'activité des marchés dérivés observée ces dernières années.»
Le rapport fait de la «sécurité alimentaire» un enjeu majeur. Pour Bruxelles, elle est menacée par la volatilité des prix des matières premières. Ce phènomène s’explique, selon la Commission, par une combinaison de facteurs, dont la hausse de la demande. Le rapport évoque par exemple également les restrictions à l’exportation utilisées par la Russie à l’été 2010.
«Des facteurs liés aux marchés financiers peuvent avoir amplifié la volatilité des prix», admet le document. En un an, le prix du blé coté à Paris a plus que doublé, alors que le cours du maïs a connu une envolée de 78%.
Causes multiples
La Commission recommande une transparence accrue sur les marchés, ainsi qu’une étude pour analyser leur fonctionnement. «Les causes de la volatilité des prix étant multiples, il n’existe pas de solution unique», poursuit la Commission.
Le texte mentionne néanmoins la régulation des marchés. Il évoque notamment la possibilité de limiter la marge d’action de certains opérateurs sur les marchés dérivés de matières premières. Il suggère ainsi d’éventuelles «limites de position» imposées aux investisseurs. Concrètement, il s’agit de déterminer un nombre maximum de contrats susceptibles d'être conclus par chaque investisseur sur les marchés secondaires. Depuis quelques semaines, cette mesure est en vigueur aux Etats-Unis.
Interrogé lors d’une conférence de presse, jeudi 27 janvier, le commissaire en charge du Marché intérieur et des services financiers, Michel Barnier, a déploré «les petites polémiques» autour de cette controverse entre Paris et Bruxelles. «J’ai regretté que tel ou tel ministre polémique avec la Commission à partir d’une phrase qui n’a jamais fait l’objet d’une validation politique», a-t-il affirmé.
Volatilité « réelle » et « insupportable »
Interrogé sur cette étude le 24 janvier, le président français Nicolas Sarkozy avait ironisé: «Je recommanderais une date pour la publier: le 1er avril.» Une approche critique reprise par le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire. «Le débat ressemble un peu à celui autour du sexe des anges», avait-il estimé. Selon lui, la volatilité est à la fois « réelle » et « insupportable ». «L’Europe a besoin de régulation des marchés», a-t-il ajouté.
La publication de ce rapport, qui devait intervenir mercredi 26 janvier, a finalement été reportée sine die. Le porte-parole de la Commission a néanmoins promis qu’il serait rendu public «avant le 1er avril».



Réactions
Richard de Cergy (non vérifié), le 29/01/2011
Une fois de plus, on constate que les hauts fonctionnaires européens ne veulent surtout pas reconnaitre l'évidence.
On peut y voir l'effet :
- de leur statut bardé de nombreux avantages (matériels, financiers,fiscaux,...)
- de leur sensibilité extrême à l'action des lobies (financiers en particulier), et
- aussi de leur absolue insensibilité à la misère des zones déshéritées et des dernières petites exploitations agricoles.
Recommander encore une autre étude c'est gagner encore quelques mois pour les bénéfices de leurs amis spéculateurs.
Mais c'est aussi reconnaître qu'ils ne sont pas capables de mener cette étude eux mêmes : qui évalue leur travail ? Cette caste nous recommande de travailler plus, d'être plus productifs, alors on peut se demander comment eux m^mes travaillent.
Devant quelles instances sont ils responsables ?
Comment pourra t'on un jour :
- rendre le poste ou ces fonctions temporaires (des contrats uniques ou renouvelables une seule fois)
- en réguler les salaires et autres dérogations au droit commun des pays européens
- faire reculer la morgue de cette caste coupée des populations ordinaires, au comportement aristocratique
- établir un esprit de service et de dévouement à la chose publique, à une "république européenne" par exemple ?.
Furfari (non vérifié), le 31/01/2011
Ce qui est excessif n'est pas crédible !
Pourriez vous svp me donner un exemple d' "avantage matériel" pour voir si vous êtes vraiment crédible?
Merci. Samuel Furfari
richard de cergy (non vérifié), le 31/01/2011
Cher interlocuteur,
Ma crédibilité n'est pas celle de ceux qui vivent et travaillent dans les complexes instances européennes.
Je réponds donc par des questions, Elles reposent effectivement sur des oui-dire. Votre réponse m'aidera à ne pas être excessif, et m^me à vous pérsenter des excuses si je me suis laissé aller à une colère citoyenne de base excessive.
Est il vrai que le salaire moyen (toutes primes incluses) des fonctionnaires européens dépasse les 12000 € par mois ?
Que les mêmes personnes ne sont pas imposables ?
Ma colère vient d'un sentiment - populaire peut-être - que l'appareil Bruxellois a perdu l'esprit qui a mobilisé les peuples au départ, pour penser désoramis belles carrières personnelles et prestige.
La question est : comment redonner envie aux peuples européens de faire une communauté et pas seulement un marché, dans lequel en outre nous avons l'impression que les lobbies sont rois.
Il serait effectivement dramatique que l'idée europenne échoue sous une bureaucratie qui n'ose pas appeler un chat un chat, et sous les complicités avec les groupes de pression les plus forts. Le tout dominé par une forme d'esprit anglo-saxon qui pense Business as usual.
Ce n'est pour cela que les peuples peuvent avoir un enthousiasme, un élan qui les pousserait vers un dépassement de leurs petites frontières.
Cordialement.
DRet (non vérifié), le 01/02/2011
cher Monsieur,
les salaires de 12.000 euros sont rares et réservés aux plus hauts échelons ; un impôt uniforme de 20 % est prélevé sur les salaires des fonctionnaires ; il est vrai qu'en général les salaires sont élevés par rapport aux salaires de Belgique pour des compétences analogues, mais il faut tenir compte du fait de l'expatriation et de la nécessité de recruter les meilleurs éléments possibles. Je n'en sais pas beaucoup plus, car j'ai travaillé comme membre du Comité économique et social européen, comme conseiller, une fonction qui n'est pas rémunérée ; mais tous les fonctionnaires ne sont pas traités aussi généreusement que vous le pensez.
un des problèmes est le rôle souvent excessif des lobbies, en particulier des lobbies de l'industrie, qui ont des moyens matériels importants et peuvent alimenter les fonctionnaires en informations pas toujours faciles à recouper, souvent tendancieuses.
La composition de la Commission et son idéologie résultent du choix des pays membres ; ils auraient pu choisir autrement et mieux ; le Parlement, lui, est élu, et démocratiquement composé d'une majorité de droite genre UMP. Le Conseil, l'institution qui décide en dernière analyse, la plupart du temps, est composée des représentants (permanents, et des ministres et hauts fonctionnaires pour les conseils spécialisés) et donc les choix fondamentaux sont pris là, de manière en générale quasi unanime ou à très forte majorité.
Il faut donc d'abord changer les choses chez soi, si l'on veut les voire changer à Bruxelles.
DRet (non vérifié), le 31/01/2011
C'est un vieux truc : mettre en doute une erreur, mais non fondamentale, pour jeter le doute sur l'ensemble et l'essentiel : l'idéologie néo-libérale de la Commission et de nombreux haut-fonctionnaires, que la crise n'a pas même ébréchée, l'influence des lobbies qui "alimentent" certaines études et communications, et l'insensibilité des technocrates aux problèmes dramatiques des pauvres, des petits agriculteurs pris à la gorge, etc. Répondez sur le fond, Monsieur, car s'il est vrai que vous payez des impôts, cela ne vous autorise pas à esquiver les questions de fond !
richard de cergy (non vérifié), le 01/02/2011
Cher monsieur,
Je ne suis pas un usager des "trucs" des politiciens - comme vous dites-.
Je suis un directeur d'IUT de banlieue qui se bat pour que des jeunes de tous milieux soient bien formés, qu'ils soient opérationnels dans des entreprises, afin qu'ils puissent décrocher un bon métier en sortant s'ils le souhaitent. pas un féro, un honnête citoyen qui ne vit pas mal.
Cher monsieur,
Mon truc (comme vous dites) est de l'indignation d'un citoyen de base. L'europe s'étiole sous nos yeux.
La complexité des problèmes vous place - vous les experts - au premier rang pour fournir des pistes à l'éxécutif.
On attend de vous de la clarté qui déterminera des actions courageuses, et pas du renoncement.
Ce que fait d'ailleurs, je crois, le rapport signé de Christian de Boissieu (ils sont 3, je n'ai leurs noms sous la main) que je n'ai pu lire qu'en diagonale, Les citoyens européens ne sont pas experts agricoles, et leur job exige le plus souvent une implication de toute la semaine, de tout leur être, même le dimanche parfois.
Une commssion européenne anonyme nous sort de l'eau de vaisselle : c'est inadmissible. Pourquoi direz vous ?
Parce qu'au fond elle conclue à l'impuissance. A quoi alors sert il de faire une élite experte, hyper bien traitée, afin qu'elle analyse finement et qu'elle montre des voies aux politiques ?
Pourquoi sommes nous amenés à suspecter vos commissions et rapport d'être sous l'influence de l'action de lobbies, à votre avis ? Le manque de transparence (on ne vous voit jamais, on sait pas qui vous êtes...) et votre mollesse devant des problèmes sont choquantes pour un esprit démocrate et républicain.
Les questions que vous traitez affectent des milliers parfois des millions d'hommes et de femmes qui vivent de leur travail - de la terre en l'occurence - inquiets de leur lendemain (je ne parle pas du lobby des gros agriculteurs beaucerons, bien sur). En êtes vous conscients ? Méritez vous les avantages qui vous sont octroyés, au delà de vos magnifiques diplômes ?
Vous devez vous croire intouchables pour oser publier des rapports sans utilité.
Soyez plus incisifs, montrer les responsabilités, dégager des pistes ...c'est votre job. montrez de la conviction, demandez la presse, expliquez vos analyses.
Assumez un peu de courage dans vos propositions aux politiques, s'il en faut. Que risquez vous ?
Voilà, monsieur, comment je vous réponds : "au fond", comme vous le souhaitez. Le "fond" que la base appréhende.
L'écart entre votre situation dorée, et les efforts de ceux qui se défoncent dans les entreprises, dans les services de base (enseignement, hopital, police, justice, action sociale) pour maintenir du tissu social vivable, vous ne le sentez pas.
Sincèrement.
Richard de Cergy
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