« Au Front de Gauche, nous pensons que la France a une place en Europe », a lancé Jean-Luc Mélenchon à la presse européenne et étrangère lors d’une rencontre le 14 février à Paris. En cas d’élection, il a affirmé sa volonté de « rechercher des alliés » pour mettre en place son programme, en rupture avec les orientations actuelles.

« Si on continue avec la politique allemande, toute l’Europe sera asphyxiée. On n’a pas le choix, il faut de la relance », a martelé le député européen qui estime que la situation en Grèce a franchi un seuil : toute l’Europe vit « les derniers jours de fête au bord du Titanic ».

Intervention de la BCE

Son projet présidentiel repose sur l’idée d’une "définanciarisation" de l’économie, c'est-à-dire ôter à la finance l’emprise qu’elle a acquise sur le réel, quitte à aller au clash. Le candidat du Front de Gauche propose par exemple que les droits de vote des actionnaires dans les entreprises soient conditionnés à la nécessité de garantir sur une certaine durée le maintien des investissements.

Rien de révolutionnaire dans tout cela, estime-t-il d'ailleurs, « il s’agit d’une radicalité concrète ». Il «ne faut rien attendre de la droite (…) ou de la gauche sociale démocrate (…). La situation actuelle ne répond à aucune des normes issues des 30 glorieuses ».

Le chef du Front de gauche veut proposer un nouveau modèle à toute l’Europe. Selon lui, si la Banque centrale européenne prêtait directement aux Etats, la crise de la zone euro prendrait fin quasi instantanément car les économies seraient à nouveau sur des rails. « Ce n’est rien d’autre que ce que font la Fed américaine et la Banque d’Angleterre. »

Cette déclaration est à modérer puisque ces dernières utilisent aussi des établissements financiers comme intermédiaires. Mais elle a également peu de chance de voir le jour, l'Allemagne étant vent debout contre ce projet. 

Tacle Hollande

Jean-Luc Mélenchon n’a pas ménagé ses critiques contre ses adversaires à la présidentielle, en particulier au sujet de François Hollande. Il lui a même conseillé de relire ses fiches.

Le candidat socialiste a en effet déclaré au Monde que le Mécanisme européen de stabilité (MES) serait mis en place car « quoi qu'il arrive » il est déconnecté du nouveau traité que le PS voudrait renégocier. Or cette affirmation est erronée, les deux étant bien liés juridiquement.

Jean-Luc Mélenchon a également lancé un appel à ses « camarades du PS qui ont fait campagne pour le non en 2005. Ont-ils changé d’avis ? »

Toujours aussi farouchement opposé au traité de Lisbonne "imposé par les élites libérales" et héritier de la Constitution, le député européen veut aussi le réviser pour permettre l’installation de « filtres à nos frontières », sous entendu d’éventuelles taxes.

Influence des votes

Interrogé par EurActiv.fr sur la capacité d’un pays seul à infléchir la politique d'une Union européenne largement dominée par la droite, Jean-Luc Mélenchon a rappelé « qu’on ne peut pas faire l’Europe sans la France » évoquant indirectement la nécessité d’un rapport de force. « Il ne faut pas voir les autres comme des ennemis. Mais la France a une voix à porter, ce qu’elle ne fait pas quand elle apparaît comme une suiveuse » de la politique d’Angela Merkel.

Juste avant les Français, les Grecs voteront. Et les Allemands seront appelés aux urnes en 2013. Le prétendant à l’Elysée croit en une dynamique des scrutins, persuadé que les résultats des uns pèseront sur ceux des autres.

Fédéralisme brutal

Si sa collègue à Strasbourg, et concurrente dans la course à la présidentielle, Eva Joly a déclaré début février qu’elle était en faveur d’un transfert de pouvoirs vers Bruxelles dans le cadre d’une Europe fédérale, Jean-Luc Mélenchon est plus mesuré.

« Dans la configuration actuelle, il ne faut pas donner plus de compétences à l’UE, pas tant que le pouvoir ne réside pas dans les mains du Parlement européen. Les institutions imposent le fédéralisme brutal de la Commission et la gouvernance franco-allemande en cas de crise. La victime de tout cela, c’est la démocratie ».