Pour rassurer les marchés il faut plus de convergence politique en Europe et pas plus d'argent. C'est en substance le message délivré, mercredi 25 janvier, par la chancelière allemande, lors d'un discours prononcé en ouverture du Forum économique mondial de Davos.

"Oser plus d'Europe"

A cette occasion, Angela Merkel a donc rejeté l'idée d'augmenter le fonds de secours de la zone euro. Selon elle, la clé pour rassurer les marchés est plutôt de mettre en place des politiques gouvernementales qui inspirent confiance. Une plus grande intégration européenne finira par apporter une solution à la crise de la dette de la zone euro, a-t-elle ajouté. 

"Nous devons être prêts à oser plus d'Europe", a estimé la chancelière qui s'est interrogé sur les arguments des responsables politiques ou du FMI qui pressent Berlin de mettre d'avantage d'argent sur la table. 

Au cours de la semaine, Christine Lagarde, directrice générale du FMI a suggéré que les fonds d'urgence à disposition de la zone euro puissent être doublés pour atteindre mille milliards d'euros. Il s'agirait de combiner les ressources du Fonds européen de stabilité financière (FESF), temporaire, et celles du Mécanisme européen de stabilité (MES), appelé à le remplacer de manière permanente cet été.

Crédible?

"Maintenant ils disent (…) : 'Il faut doubler la capacité. S'il était deux fois plus gros, nous vous ferions confiance'", a dit Angela Merkel.

"Certains disent: 'Il faudrait même qu'il soit trois fois plus gros, et là nous vous ferions vraiment confiance'. Et je me demande à chaque fois pour combien de temps ceci est crédible et quand cela cesse de l'être."

"Ce que nous ne voulons pas (en Allemagne) c'est une situation dans laquelle nous promettons quelque chose que nous ne pouvons pas tenir au final, parce que si l'Allemagne (…) promet quelque chose qu'elle ne peut pas tenir si les marchés l'attaquent fortement, alors l'Europe sera vraiment vulnérable", a-t-elle ajouté.

Certains responsables européens estiment que Berlin devrait accepter en mars de laisser l'actuel FESF, qui a encore 250 milliards de fonds disponibles, et le futur MES, doté de 500 milliards d'euros, fonctionner en parallèle.

Regagner la confiance

Angela Merkel n'a pas commenté cette possibilité, soulignant que l'Europe devait regagner la confiance des marchés en mettant en oeuvre de manière plus rigoureuse les règles budgétaires et en appliquant des réformes susceptibles de rendre son économie plus compétitive.

Selon elle, l'Europe a déjà perdu une bonne partie de la confiance des investisseurs. "La confiance a été perdue parce que quelqu'un a dit: 'Ils ont promis quelque chose qu'ils n'ont pas fait par la suite'", a souligné la chancelière allemande. "La confiance est la monnaie la plus importante qu'on puisse avoir dans le monde en ce moment."

Angela Merkel s'est dit convaincue que la zone euro allait surmonter la crise de la dette qui la plombe depuis deux ans et que la région allait à nouveau attirer des investissements.

La Commission, un gouvernement

Elle a exposé sa vision à long terme d'une Union européenne plus fédérale, dans laquelle elle voit la plupart des Etats membres adopter l'euro.

"Nous devrons nous habituer au fait que la Commission européenne, qui a déjà beaucoup de compétences, s'apparentera de plus en plus à un gouvernement", a encore dit Angela Merkel.

Le même jour, dans un entretien accordé à six journaux européens, dont Le Monde, Angela Merkel a précisé sa vision de l'Europe institutionnelle à long terme.

"Au fil d'un long processus, nous transférerons davantage de compétences à la Commission, qui fonctionnera alors comme un gouvernement européen pour les compé­tences européennes. Cela implique un parlement fort. Le Conseil qui réunit les chefs de gou­vernement formera pour ainsi dire la deuxième chambre. Pour finir, nous avons la Cour euro­péenne de justice comme cour suprême."