Bien des pouvoirs à l'œuvre sur notre planète sont aujourd'hui malades. Mais qu'en est-il des contre-pouvoirs ? Le 19 mai prochain c'est à une femme, française, que devraient échoir les rênes d'une grande organisation européenne. La probable élection de Bernadette Ségol - qui vient d'accorder une interview exclusive à Metis - à la tête de la Confédération Européenne des Syndicats (CES) est loin d'être anodine. Non seulement parce que son point de vue sur l'Europe, ses enjeux économiques et sociaux, ses régulations, va peser dans les années à venir. Mais aussi parce qu'à travers l'état de santé de la CES, c'est celui de tout le syndicalisme européen, entendu ici comme la construction d'un mouvement transnational de défense des intérêts des travailleurs qui est en jeu.

Il serait à vrai dire extraordinaire que la CES échappe à la crise que traversent les syndicats dont elle est l'émanation communautaire. Le panorama que vient de publier la Commission européenne sur l'état des relations sociales dans l'Union Européenne en temps de crise est édifiant : car si le dialogue social continue cahin-caha son chemin, avec de grosses difficultés à l'Est comme le rappelle Liviu Apostoiu, syndicaliste roumain, il le fait sur fond de désaffiliation syndicale aggravée. Y compris dans des pays comme la Suède renommés pour leurs taux d'adhésion très élevés. Et lorsque Liviu Apostoiu indique que sa confédération ne pourra faire l'économie d'une réforme si elle veut demain attirer les jeunes, il est bien évident que sa réflexion a une portée générale: les « vieux » pays y sont pour la plupart confrontés - à l'exception des Belges ? - et la France est, en la matière, à l'aube d'une crise démographique majeure.

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