Le modèle suédois est pris en exemple en France, tant par l’Institut Montaigne que par Terra Nova, pour imaginer la future réforme des retraites. Si les deux think tanks s’en inspirent pour formuler des propositions, leurs conclusions diffèrent.
Recherches
Institut Montaigne
Réforme des retraites: vers un big-bang?Institut Montaigne
Réformer les retraites: pourquoi et commentTerra Nova
Réformer les retraites : Quelles solutions progressistes ?
Positions
Les Echos
Retraite : faux débat et vrais enjeux
Revue de presse
Alternatives Economiques
Retraites : le modèle suédois et ses limites
« Je trouve le système suédois super », s’est exclamé le président de l’Institut Montaigne Claude Bébéar, le 10 juin, lors d’une conférence sur la question des retraites en France et en Suède. Tel était le sentiment unanime parmi les intervenants.
Estimant que le système des retraites français n’est plus soutenable en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, une note de l’Institut Montaigne sur ce sujet prône « une retraite à cotisations définies, à la carte avec neutralité actuarielle », à l’instar de ce qui existe en Suède.
Le passage à un système de retraite de ce type signifie que les cotisations ne pourront être augmentées si les conditions économiques ou démographiques ne sont pas favorables, suggérant ainsi aux actifs de retarder la liquidation de leurs pensions. Les risques liés aux changements futurs du contexte économique sont ainsi déplacés des cotisants aux retraités.
Chacun doit en outre pouvoir « choisir le moment où il liquide sa pension, mais de façon responsable ». En clair, une personne qui arrête de travailler, par exemple, à 60 ans, percevra une retraite moindre que quelqu’un travaillant plus longtemps. Des coefficients dits « actuariels » sont appliqués au montant de la pension en fonction de l’âge au moment de la liquidation, et ce pour préserver l’équilibre financier du système.
Première différence avec le système suédois, l’Institut Montaigne prône une suppression totale de l’âge légal de départ à la retraite. En Suède une limite à 70 ans a été maintenue, a précisé Jacques Bichot. Selon cet économiste de l’Université Jean Moulin de Lyon, intervenant lors de la conférence et auteur d’une note sur le sujet, il est « souhaitable » que la France s’inspire du modèle suédois, sans toutefois le copier.
Autre différence de taille, un compte personnel par points permettrait « d’attribuer les droits à pension en proportion directe des efforts réalisés pour préparer les retraites futures. » Le but étant de « ne pas distribuer plus d’argent qu’il n’en rentre ». L’AGIRC et l’ARCCO, deux associations pour le régime de retraite complémentaire des salariés, fonctionnent déjà sur ce modèle.
Terra Nova privilégie le système de compte notionnel
Dans un rapport sur le modèle suédois de retraite, le think tank Terra Nova critique cependant ce choix. Il pointe les risques des comptes personnels par points dont les valeurs peuvent être « modifiées "au fil de l’eau", de sorte que les droits réels (en euros) pour la retraite peuvent être dépréciés ».
Au contraire, Claude Bébéar considère que le calcul de la valeur du point est une question « technique [qui] l'emporte sur l'idéologie ».
Olivier Ferrand et Fabrice Lenseigne de Terra Nova préfèrent au système à points un compte dit « notionnel », à l’instar de ce qui a été mis en place en Suède. « La cotisation est assimilée à une épargne accumulée (fictivement) durant toute la vie active, dont le montant est représenté par un capital fictif (‘notionnel’). Ces régimes ‘miment’ la capitalisation : il y a bien accumulation de capital individuel, mais ce capital est fictif puisque le régime fonctionne par répartition et que les cotisations perçues sont reversées aux retraités au fil de l’eau. […] Lors de la liquidation, le capital accumulé donne droit à une rente viagère : c’est la pension », explique Terra Nova.
A la différence du système par points dans lequel « les droits peuvent être instantanément dépréciés par manipulation de la valeur du point », les droits notionnels, exprimés en euros, sont « juridiquement acquis », poursuit le think tank.
Un régime qui permettrait de mettre en place une retraite à la carte tout en préservant la neutralité actuarielle, à l’instar de ce qui est pratiqué en Suède. Ainsi, un âge minimum de 60 ans de liquidation et un âge maximum de 70 ans seraient mis en place. Grâce au compte notionnel, le capital accumulé permettrait de savoir à tout moment de quel montant serait la pension.
Pour corriger les inégalités entre les retraités, le rapport propose de prélever, sur les hauts revenus, des recettes qui seraient mobilisées via un fonds pour abonder les petites retraites.
Terra Nova insiste enfin sur l'importance en France d'inclure la notion de pénibilité. Un choix que n'a pas fait la Suède. Les grandes orientations de la réforme française devraient être connues mercredi 16 juin.
La réforme des retraites en Suède
« Le consensus politique sur la réforme était fort en Suède », a déclaré la secrétaire d’Etat suédoise chargée de l’assurance sociale Bettina Kashefi le 10 juin. Un vote de la réforme à près de 90% des voix a été possible en 1998 par la mise en place « d’un long processus politique de réflexion qui a duré 10 ans», a expliqué Ole Settergren directeur de l’office suédois des pensions. Une durée nécessaire selon lui, qui s’est étonné qu’en France, de telles réformes ne prennent « que quelques mois ».
Une position soutenue également par Terra Nova pour qui la réforme doit générer un « pacte social » autour d’elle produit par la négociation. 10 ans n’est pas donc excessif selon le think tank.
Jacques Bichot, auteur d’une note pour l’Institut Montaigne sur le sujet, estime quant à lui que si la Suède avait à l'époque le temps de mener la réforme, « la France est aujourd'hui dans une situation d’urgence », c’est pourquoi il faut agir vite, explique-t-il. L’Institut Montaigne estime par ailleurs que la réforme pourrait être « réalisable à court terme ».



Réagissez