Les parlementaires européens soulignent que les objectifs de l'accord intergouvernemental figurent déjà dans les règlementations européennes adoptées ou en discussion.

© Union européenne
Le Parlement européen a adopté, mercredi 18 janvier, une résolution très critique à l'égard de l'accord intergouvernemental. Ce traité, dont l'élaboration a été décidée lors du dernier Sommet européen des 8 et 9 décembre 2011, devrait être signé par les chefs d'Etat et de gouvernement à la fin du mois.
Des parlementaires de la délégation UMP à Strasbourg ont également voté le texte.
La majorité des députés européens estiment qu'il n'est pas nécessaire. La législation européenne existante en la matière, notamment le fameux "six pack" entré en vigueur en décembre 2011, et les règlements proposés par la Commission européenne le 23 novembre, contiennent déjà la plupart des règles inscrites dans l'accord entre les gouvernements. Y compris la règle d'or qui oblige les Etats à inscrire à un niveau constitutionnel une trajectoire budgétaire.
Roberto Gualtieri (S&D), qui participait aux négociations du traité au nom du Parlement aurait voulu "éviter un système intergouvernemental", a-t-il déclaré lors du débat parlementaire. Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE) a évoqué quant à lui un texte "totalement inutile". Pour l'eurodéputé français Alain Lamassoure (PPE), l'accord intergouvernemental est "juridiquement vide et politiquement inopportun mais apparemment nécessaire".
Axé sur la discipline budgétaire, il vise simplement à aider Angela Merkel à faire avaler à son électorat la mise en place du traité sur le Mécanisme européen de stabilité, estime-t-il. Cette solidarité entre Etats européens sera notamment fondée sur la contribution financière de l'Allemagne aux mécanismes de sauvetage européens.
L'eurodéputé Jean-Paul Gauzès (PPE) qualifie l'accord de "pacte d'actionnaires". Les règles plus rigoureuses que se donnent les Etats n'étant pas plus qu'une promesse politique sans aucune sanction.
Sommets de la zone euro pour tous
La plupart des revendications inscrites dans la résolution du Parlement ont déjà été exprimées par la délégation parlementaire participant à l'élaboration du traité. Seule nouveauté du texte : les élus ont adopté le principe selon lequel tous les pays de l'Union qui devront adopter l'euro pourront participer aux Sommets de la zone euro. Le traité institutionnalise ces rencontres qui se tiendront au moins deux fois par ans.
Cette prise de position satisfait les Polonais, par exemple, mais va à l'encontre des souhaits de la France selon laquelle seuls les membres de la zone euro doivent assister à ces rencontres.
Traité seul ne suffira pas
Par ailleurs, les eurodéputés réaffirment leur conviction que le traité seul ne résoudra pas la crise. Ils appellent les gouvernements à prendre des mesures au-delà de celles visant l'austérité budgétaire. Le Parlement européen propose de créer des emprunts communs pour financer des projets générateurs de croissance.
La gestion de la crise actuelle se passe hors du cadre institutionnel de l'Union, ce qui prive le Parlement de son rôle habituel de co-législateur. Les eurodéputés ont tiré la sonnette d'alarme. Rien n'oblige les gouvernements à les écouter …
Référendum en République tchèque
Le gouvernement tchèque a décidé de ratifier l'accord intergouvernemental par le biais d'un référendum qui portera, plus généralement, sur l'entrée du pays dans la zone euro. Pour le premier ministre Petr Nečas, l'accord comprend un transfert de compétence important vers Bruxelles et nécessite pour cela d'être approuvé par le peuple directement.
Pourtant, la constitution tchèque permettrait au gouvernement de ratifier le texte par un simple vote parlementaire (à une majorité de trois cinquième).
L'idée d'un référendum ne fait pas l'unanimité. Le partenaire de coalition pro-européen TOP 09 s'y oppose. Par ailleurs, le président tchèque eurosceptique Václav Klaus a déclaré qu'il ne signerait en aucun cas ce nouveau traité.




Réactions
Gwen (non vérifié), le 20/01/2012
"Rien n'oblige les gouvernements à les écouter". Non, c'est évident, mais nos dirigeants sont-ils à ce point stupides qu'ils ne voient pas combien leurs "sommets de la dernière chance" sont inefficaces et coûteux en termes de crédibilité, de démocratie et de confiance des citoyens ?
Alors que la double crise, financière et démocratique, qui frappe aujourd'hui l'UE devrait amener plus d'intégration, de fédéralisme... notre tandem Merkel-Sarkozy, notre fameux couple franco-allemand, est en train de détruire l'Europe, d'aggraver par ses valses hésitations la crise financière, mais aussi de faire un immense saut en arrière et d'encourager les égoïsmes nationaux, et même les nationalismes les plus étriqués et dangereux !
H Schneider (non vérifié), le 20/01/2012
Bonjour,
Je crains que la réponse à votre question soit malheureusement: non - mais gardons un espoir (mesuré) pour les successeurs du couple Merkozy.
Magali (non vérifié), le 20/01/2012
18 janvier 2011 : le Parlement européen tacle le projet de traité intergouvernemental issu du Sommet du 9 décembre 2011
http://contrelacour.over-blog.fr/article-18-janvier-2011-le-parlement-eu...
peter (non vérifié), le 21/01/2012
L'Europe. à deux vitesses est incontournable : L'euro reste le critère de séparation entre les deux catégories d’États membres.
La panoplie d'instruments institutionnels, dont l'U.E. dispose, permet d'atteindre les objectifs recherchés, sans défaire le Traité de Lisbonne et sans procéder à un nouveau traité.
Une coopération renforcée « structurelle » intéresse les membres de l'Eurogroupe : Les décisions normales sont prises par le Conseil, présidé par M. ROMPAY, assisté de M. BARROSO, statuant à la majorité qualifiée.
Les membres non adhérents à l'euro, participent aux délibérations du Conseil, sans intervenir dans la votation, sauf par une abstention pérenne.
Le Parlement, dans le cadre de la codécision, procède aux mêmes dispositions et procédures que le Conseil vis à vis de l’Eurogroupe
Lire : WWW.europefederale.fr
Anonyme (non vérifié), le 22/01/2012
Le PE a raison de souligner l'incohérence institutionnelle et juridique de ce Traité et, en général, de l'approche intergouvernementale voulue par la France et acceptée (provisoirement ?) par l' Allemagne.
Faute de mieux, on doit néammoins souhaiter que cet attelage baroque parvienne à rétablir, pour quelque temps, la "confiance des marchés".
Le temps de mettre enfin sérieusement en chantier la nécessaire réforme de fond de l'Union économique et monétaire par voie d'une révision d'ensemble des dispositions concernées du Traité de Lisbonne.
Il est clair que l'initiative de cette révision ne peut venir que du PE, vu la faiblesse politique actuelle de la Commission et les divisions internes du Conseil. Il se trouve que l'article 48 du Traité de Lisbonne permet précisément au PE de préparer un tel projet de révision et de le soumettre, ouvertement et publiquement, à une Convention de type parlementaire.
Edulphie (non vérifié), le 23/01/2012
Mais qui sont ces "parlementaires de la délégation UMP à Strasbourg" ?
J'ignorais qu'il y avait une délégation de l'UMP au Parlement Européen.
Alain Lamassoure, lui, est un député européen (de nationalité française) et il fait partie du PPE.
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