Hakkı Suha Okay, vice-président et porte-parole du principal parti d'opposition de centre gauche, le CHP (Parti républicain du peuple), a proposé un projet de loi au Parlement le 8 juillet. Il s'agit d'une ultime tentative pour abaisser le seuil minimum pour qu'un parti puisse-t-être représenté au Parlement. Aujourd'hui à 10%, c'est-à-dire le seuil le plus haut d'Europe, le CHP souhaite le ramener à 7%. M. Okay a plaidé sa cause lors d'une réunion le 15 juillet avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan.

Il n'est cependant pas garantie que cette tentative réussisse. Les élections législatives en Turquie sont prévues le 22 Juillet 2011. Or, les modifications de la loi électorale ne peuvent être effectuées dans l'année précédant le scrutin. Les parlementaires ont donc seulement quelques jours pour décider d’abaisser le seuil en vue de la prochaine élection. 

Le Parlement turc représentatif?

Quoiqu'il en soit, les dirigeants du CHP considèrent injuste le système électoral actuel. En 2002, le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a obtenu 34,2% des voix pour finalement comptabiliser 363 sièges sur un total de 550. 

L'objectif du projet de loi est d'introduire les principes de "cohérence dans l'administration" et de "représentation juste" dans la Constitution turque. 

Parmi les 23 pays européens ayant des seuils électoraux, 19 ont un seuil égal ou inférieur à 5%. La moyenne de ces 23 Etats étant de 4,6%. 

Selon un rapport de l'OSCE, le seuil des 10% dans le système électoral turc élimine pratiquement la possibilité pour les partis régionaux ou minoritaires d’entrer à l’Assemblée nationale et fausse la proportionnalité du système.

Pour quel impact?

Cependant, il est difficile de dire si abaisser le seuil à 7% aurait un réel impact sur la vie politique turque. Lors des élections de 2007, l'AKP a obtenu 46,66% des voix, suivi par le CHP avec 20,85% et par le Parti du mouvement nationaliste (MHP) avec 14,28%. Aucun autre parti n’est entré au Parlement. Le plus proche du seuil des 10%, le Parti démocratique (DP), suivant à 5,41%. 

La Turquie tient un référendum sur le projet de réformes constitutionnelles en septembre, ce qui pourrait accélérer les évolutions politiques. Les commentateurs n’excluent pas non plus des élections anticipées. 

Le CHP, créé par le fondateur de la Turquie moderne Kemal Atatürk, est maintenant le principal parti d'opposition. Il a obtenu 21% des voix lors des dernières élections nationales. 

Depuis la récente élection de Kemal Kılıçdaroğlu comme dirigeant du CHP, la cote de popularité du parti a fait un bond de plus de 30% dans les sondages.