Feu vert de la Commission aux pommes de terre génétiquement modifiées

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La Commission a donné hier (2 mars) le feu vert pour la culture de pommes de terre génétiquement modifiées dans l'Union européenne, une décision hautement polémique.

L'exécutif de l'UE a autorisé la culture d'Amflora dans l'UE, une pomme de terre génétiquement modifiée développée par l'entreprise chimique allemande BASF.

Cette décision constitue la première approbation de culture génétiquement modifiée (GM) en 12 ans.

BASF prévoit de commencer à cultiver Amflora cette année sur 250 hectares en République tchèque, en Suède et en Allemagne. L'entreprise a dit qu'elle s'attendait à ce que les frais d’autorisation atteignent environ 20à 30 millions d'euros (27-40,6 millions de dollars) par an.

L'innovation responsable sera mon principe directeur lorsqu’il s’agit des technologies innovantes, a déclaré John Dalli, commissaire chargé de la politique en matière de santé et de protection des consommateurs.

Suite à la vaste révision en profondeur de cinq dossiers en attente sur les modifications génétiques, il est apparu qu'aucune nouvelle question scientifique ne nécessitait d'évaluation plus poussée, car cellesconcernant la sécurité ont été entièrement traitées, a ajouté le commissaire.

La décision est fondée sur une série d’évaluations sanitaires favorables menées depuis des années par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

L'exécutif de l'UE a également lancé un groupe de réflexion sur la façon de combiner un système d'autorisation européen tout en donnant aux Etats membres la liberté de décider sur la culture des OGM.

La décision d'hier comprend des conditions de culture strictes pour empêcher les pommes de terre génétiquement modifiées de rester dans les champs après avoir été cueillies et afin de s'assurer que les graines d'Amflora ne soient pas disséminées par inadvertance dans un environnement plus large, a expliqué la Commission, essayant d'apaiser les craintes de contamination transversale.

L'exécutif de l'UE a également approuvé trois types de maïs génétiquement modifié créés par l'entreprise américaine de biotechnologies Monsanto pour l’alimentation, l'importation et le traitement dans l'Union européenne.

La Commission a dit qu'elle prévoyait d'annoncer des propositions cet été qui, si elles sont approuvées, autoriseront les gouvernements à décider si les récoltes génétiquement modifiées pouvaient pousser sur leurs territoires.

Réactions: 

L'eurodéputé vert allemand Martin Häusling, membre de la commission « Agriculture » du Parlement européen a commenté : je suis choqué que le commissaire à la santé et à la protection des consommateurs John Dalli ait eu besoin de seulement quelques semaines dans ses nouvelles fonctions pour montrer un soutien si flagrant aux intérêts de l'industrie, qui passe avant son propre portefeuille. Sa décision d'autoriser la variété de pomme de terre Amflora va à l'encontre de 70 % de consommateurs qui sont contre la nourriture génétiquement modifiée, tout comme les position anti-OGM du Parlement européen.

Ils ont de sérieuses inquiétudes quant à l’existence d’un gène Amflora résistant aux antibiotiques, notamment un qui est reconnu par l'OMS et d'autres qui sont indispensables à la médecine, par exemple pour le traitement de la tuberculose. Des doutes sérieux demeneurent sur les conséquences possibles sur la santé humaine et l'environnement. Puisqu'on a déjà prouvé que certaines variétés non GM ont les mêmes caractéristiques qu'Amflora, je peux en conclure que cette autorisation est au mieux inutile, et au pire dangereuse, a-t-il dit.

Le président du groupe du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen, l'eurodéputé Joseph Daul, a qualifié cette décision de pas positif qui aura du avoir lieu depuis longtemps.

La Commission a pris sa décision sur la base de conseils scientifiques et cela envoie un signal important pour l'innovation et l'utilisation de nouvelles technologies dans l'agriculture européenne.

Cela renforcera la compétitivité de l'agriculture européenne ainsi que la position de l'Europe comme centre de connaissance et d'innovation, a-t-il soutenu.

Il est important, cependant, d'appliquer le principe de subsidiarité, a-t-il souligné.

Les agriculteurs européens ont besoin du même accès aux technologies modernes que les agriculteurs des autres régions du monde, a-t-il poursuivi.

La biotechnologie doit être la technologie clé pour un secteur agricole compétitif et durable en Europe, créant des emplois dans l'agriculture ainsi que dans la recherche et le développement. L'Europe doit conserver son rôle de leader dans la biotechnologie, a conclu M. Daul.

Cettedécision innovante n'a pas été saluée par les groupes environnementaux, qui ont dit qu'elle ignorait les risques créés par ces graines sur la santé des humains et des animaux, et sur l'environnement.

Je trouve choquant que l'un des premiers agissements officiels de la Commission consiste à autoriser une culture GM qui met l'environnement et les hommes en danger, a déclaré Marco Contiero, directeur de la politique agricole de l'UE à Greenpeace UE.

Si ces nouvelles pommes de terre sont cultivées largement dans l'UE, les agriculteurs bio et conventionnels et les industriels de l'alimentation seront confrontés à de coûts plus élevés pour conserver une chaîne de production alimentaire sans OGM, a prévenu Bavo van den Idser, président de l'IFOAM, qui représente les agriculteurs bio en Europe.

L'approbation de récoltes GM dans l'Union européenne est un sujet de controverse depuis longtemps, divisant les Etats membres, certains étant ouvertement hostiles à la "nourriture Frankenstein".

Heike Moldenhauer, porte-parole sur les OGM pour Friends of the Earth Europe, a déclaré : c'est un triste jour pour les citoyens européens et l'environnement. Le nouveau commissaire, dont la tâche est de protéger les consommateurs, a dans l'une de ses premières décisions ignoré l'opinion publique et les questions de santé pour plaire aux plus grandes entreprises chimiques du monde. Cette décision place le profit avant les citoyens ou l'environnement, et ne va pas aider le public à avoir confiance dans la bureaucratie bruxelloise.

Il existe des craintes avérées sur la santé autour de cette pomme de terre GM. Les antibiotiques affectés par Amflora sont des outils vitaux contre les maladies et malgré la résistance croissante à ces médicaments qui sauvent la vie, l'industrie les a ajoutés à des pommes de terre sans garantie qu'ils ne rentreront pas dans la chaîne alimentaire. Il s'agit d'une décision grossière qui met le public en danger, a ajouté M. Moldenhauer.

Nous nous sentons encouragés par cette approche règlementaire décisive, a dit Willy De Greef, secrétaire général d'EuropaBio. Elle offre la prévisibilité nécessaire à l'industrie, et également au grand public, concernant le développement d'une technologie qui a beaucoup à offrir aux Européens en général. Parmi les décisions annoncées aujourd'hui se trouve la première approbation pour une culture GM en Europe depuis 1998. Il y a 17 autres produits en cours d'approbation pour la culture et 44 qui attendent une autorisation pour l'alimentation ainsi que pour l'importation et le traitement dans l'UE, explique M. De Greef.

Cependant, la décision d'aujourd'hui représente un pas dans la bonne direction et un retour à la prise de décision basée sur la science. C'est essentiel si l'on veut donner aux agriculteurs européens la liberté de choisir s'ils veulent ou non cultiver des récoles innovantes génétiquement modifiées, et si l'on donne aux consommateurs la possibilité de choisir les produits GM sains et bénéfiques, a-t-il conclu.

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