Nouvelles accusations contre l'effet des pesticides sur les abeilles

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Les abeilles exposées aux pesticides néonicotinoïdes récoltent moins de pollen que la normale, selon une nouvelle étude. Des résultats qui renforcent l'inquiétude sur la réintroduction de ces pesticides en UE.

La communauté scientifique a salué les résultats d’une nouvelle étude, qui montre à quel point les pesticides néonicotinoïdes - des insecticides largement utilisés dans l'agriculture -  peuvent nuire aux abeilles.

Frappés par Bruxelles d'une interdiction de deux ans, jusqu'à mi-2015, les néonicotinoïdes sont accusés d'endomager  le miel et perturber les abeilles. 

« Le pollen est la seule source de protéine des abeilles et il est vital pour nourrir leur progéniture, » a indiqué le professeur responsable de l'étude, Dave Goulson, à l'université de Sussex. « La collecte de [pollen] est une tâche minutieuse et lente pour les abeilles et celles qui sont intoxiquées [par les pesticides] deviennent bien moins habiles dans cette activité. En manque de pollen, les nids sont inévitablement confrontés à des difficultés. »

Pesticides systémiques

Les néonicotinoïdes sont des pesticides « systémiques » appliqués sur les graines afin qu'ils puissent se répandre à l'intérieur même de la plante. Plus de trois quarts des cultures vivrières dans le monde nécessitent la pollinisation par l’intermédiaire des insectes. Mais les abeilles sont sur le déclin ces dernières décennies en raison de la réduction de zones riches en fleurs, de l'expansion des maladies et de l'utilisation de pesticides.

L'équipe de Dave Goulson a mené une étude sur l'un des trois néonicotinoïdes, l’imidaclopride, à de faibles doses afin de reproduire les conditions dans les champs. Pour ce faire, ils ont attaché de minuscules marqueurs électroniques aux abeilles afin de pouvoir suivre leurs déplacements. De plus, chaque abeille était pesée grâce à ce dispositif à la sortie et à l'entrée du nid.

Les abeilles exposées aux néonicotinoïdes ont rapporté du pollen lors de seulement 40 % des voyages, alors que celles non-exposées en ramenaient dans 63 % des cas en moyenne. De plus, les abeilles exposées à ce produit qui ont retrouvé le chemin du nid, ont rapporté 31 % de pollen en moins que celles non-exposées.  En tout et pour tout, les nids exposés aux pesticides récupéraient 57 % de pollen en moins. Par contre, l'aptitude des abeilles à récolter le nectar ne variaient pas de manière significative entre les abeilles exposées et celles qui ne l’étaient pas. L'étude a été publiée dans la revue spécialisée Ecotoxicology.

Collectes de pollen perturbées et reines en danger

Hannah Feltham de l'université de Stirling et d'autres membres de l'équipe de recherche ont déclaré : « Ce travail ajoute une pierre à l’édifice. Même des doses infinitésimales de ces neurotoxines semblent suffire pour bouleverser l'aptitude des abeilles à récolter de la nourriture. Étant donné l'importance vitale des bourdons en tant que pollinisateurs, [ ce  résultat] constitue sans aucun doute une source d'inquiétude. »

Dans des travaux antérieurs, l'équipe de Dave Goulson avait montré que l'exposition aux néonicotinoïdes provoquait une baisse de 85 % du nombre de reines produites. Cette nouvelle étude permet d’expliquer ce dernier phénomène : il y a moins de nourriture disponible au sein même du nid. D'autres études ont prouvé que les néonicotinoïdes altéraient grandement leur capacité à retrouver le chemin du nid.

M. Goulson a ajouté : « Rien ne laisse présager ce qui arrivera une fois que [l'interdiction européenne] sera venue à expiration, sachant que les sociétés agrochimiques qui fabriquent ces produits sont en conflit juridique avec l'UE par rapport à la [décision européenne]. Notre dernière étude apporte un nouvel élément de preuve en vue de rendre l'interdiction permanente. »

Lynn Dicks, spécialiste de l'environnement à l'université de Cambridge, a, de son côté, a déclaré : « C'est une étude très importante, car elle fournit des détails supplémentaires sur la façon dont l’exposition aux imidacloprides à [de faibles] niveaux entrave la recherche de nourriture des abeilles. »

Elle a toutefois ajouté : « Les questions importantes relatives aux doses « réalistes » [d'exposition sur le terrain] ne sont pour autant pas réglées et restent ouvertes. Les [niveaux dans cette étude], surtout le niveau de pollen, représentent la limite supérieure de ce qui peut être trouvé sur le terrain, et sont certainement plus élevés que ceux rencontrés par les colonies de bourdons en milieu naturel, car ils ne se nourrissent pas exclusivement de colza. »

Des abeilles gavées de pesticides, selon Bayer

Les fabricants de pesticides soutiennent que les études contrôlées ne reproduisent pas les conditions réelles sur le terrain. Julian Little, porte-parole pour Bayer, fabricant de l'imidaclopride, a ainsi soutenu l’argument suivant : « Il semblerait que les abeilles aient été gavées avec des solutions sucrées contenant des quantités de pesticide relativement élevées, au lieu de les laisser s'approvisionner sur des plantes qui ont fait l'objet d'un traitement de semences. Des études sur le terrain, telles que celles qui ont débuté cet automne au Royaume-Uni, donneront des résultats plus réalistes sur ce sujet. »

Des chercheurs ont cependant affirmé que mener des études contrôlées sur le terrain est difficile, car les néonicotinoïdes sont largement répandues et que les abeilles occupent de vastes territoires pour collecter de la nourriture.

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Commentaires

Portrait de Jacques Fabry

Vivent les abeilles et vivent les fleurs sous un soleil qui a retrouvé tout son éclat, sinon c'est foutu !!! Bougez-vous les hommes, le beau ciel bleu si nécessaire à la vie terrestre ne reviendra pas tout seul... Levez les yeux vers les nuages qui ont envahi quotidiennement le ciel et acceptez de comprendre d'où ils viennent, alors il sera facile d'agir.

Portrait de Beeapi

Les néonicotinoïdes ne sont pas systématiquement utilisés comme systémiques, ils existent aussi en pulvérisation aérienne, révisez votre sujet!!!!