Nicolas Sarkozy compare la spéculation sur les produits de base à la mafia

  

Hier (14 juin), le président français, Nicolas Sarkozy, a demandé que les spéculateurs subissent davantage de contrôles. Il leur reproche en effet la montée en flèche des prix des denrées alimentaires et de l'énergie et souhaite que des réformes soient mises en place pour que les régulateurs puissent mieux les surveiller.

Nicolas Sarkozy, à la tête du Groupe des 20 plus grandes économies mondiales (G20), a affirmé vouloir étendre l’utilisation de dépôts en espèces à toutes les transactions dérivées, et non plus seulement à celles des échanges formels comme c’est le cas actuellement.

Les propositions du président français visent à rallier des soutiens à travers toute l’Union européenne en faveur d’une mesure stricte de régulation concernant la spéculation sur les produits de base, du pétrole aux céréales.

(voir vidéo sur EUX.TV)

« Je souhaite qu'en ce domaine l'Europe montre le chemin et s'inspire en même temps de ce qui a déjà été fait aux Etats-Unis. La détermination de la Présidence française pour que l'ensemble des pays du G20 s'engagent dans cette voie est totale », a affirmé Nicolas Sarkozy, établissant un parallèle entre la réglementation de la spéculation financière et la lutte contre la mafia.

Selon les spécialistes, si les propositions de Nicolas Sarkozy aboutissent, elles  élargiront le champ des réglementations internationales sur les produits de base pour inclure à la fois le commerce des matières premières, mais aussi de transactions hors séance informelles, qui ne sont pas enregistrées de manière centralisée.

« C’est un cadre de réglementation beaucoup plus large » a déclaré Edmund Parker, spécialiste des marchés dérivés au sein du cabinet d’avocats Mayer Brown, avant d’ajouter que des dépôts d’espèces obligatoires rendraient les transactions plus coûteuses.

Plus de poids

Nicolas Sarkozy a également proposé de donner la possibilité aux régulateurs de mettre un terme aux malversations des marchés, en leur permettant d’imposer des plafonds aux volumes des transactions individuelles.

Il a ajouté que les produits dérivés très complexes devraient être standardisés, et a listé les marchés ou plates-formes où ceux-ci pourraient être examinés de près par les régulateurs.

Michel Barnier, allié politique de Nicolas Sarkozy chargé de la réforme de la réglementation financière dans l’UE à la Commission européenne, a annoncé mardi qu’il autoriserait les régulateurs à imposer des limites de position pour restreindre le volume des transactions individuelles.

Cela rapprocherait Bruxelles de Washington, mais ne va pas aussi loin que l'approche plus radicale des Etats-Unis qui impose des limites permanentes aux traders.

« Nous devons étendre la régulation à l'ensemble des produits échangés sur les marchés de dérivés de matières premières, à l'ensemble des acteurs qui y interviennent, et à l'ensemble des instruments utilisés », a affirmé le président français.

Lors de sa prise de parole à la même réunion, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a apporté son soutien.

« Nous traitons d’un sujet qui pourrait bel et bien devenir crucial », a-t-il déclaré.

La Commission européenne préparera cette année un premier projet de lois visant à contrôler les marchés de dérivés.

L’apparition de Nicolas Sarkozy à Bruxelles pour discuter de la question de la réglementation financière est peu banale, et il espère que cela donnera de l’élan au projet de réforme, dont de nombreux représentants de l’UE pensent qu’il va s’essouffler.

Même s’il bénéficie du soutien de l’Allemagne, il aura des difficultés à obtenir celui de la Grande-Bretagne, qui possède le premier centre financier européen.

« C’est un signe très fort de la France à la Commission » a déclaré Karel Lannoo, du Centre for European Policy Studies, un groupe de réflexion bruxellois. Il a toutefois ajouté que les chances d’obtenir un plan à l’échelle mondiale étaient minces.

Bien que Nicolas Sarkozy ait plaidé en faveur de la protection, selon ses termes, des paysans produisant du cacao en Côte d’Ivoire, nombreux sont ceux à Londres qui voient cette campagne comme une tentative de protéger les agriculteurs français et mettre en difficulté la capitale britannique, premier centre de marchés de dérivés.

La France utilise sa présidence du G20 cette année pour tenter de s’attaquer à la montée des prix des produits de base tels que les céréales, dont on dit qu'elle a déclenché les troubles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et nourri l’inflation dans le reste du monde.

Cependant, avec des pays tels que la Grande-Bretagne opposés à des plans autorisant les régulateurs à imposer des limites sur les transactions, Nicolas Sarkozy pourrait peiner à mettre en place un accord international.

Les États-Unis pour leur part, qui ont vivement encouragé l’UE et d’autres pays à leur emboîter le pas dans le durcissement des règles sur les marchés des dérivés, seront satisfaits de cette ligne de conduite plus sévère.

Les remarques du président français ont reçu l’approbation des régulateurs de la US Commodity Futures Trading Commission (organisme indépendant chargé de réglementer les marchés à terme et les options sur les produits de base aux États-Unis), qui ont affirmé que Nicolas Sarkozy avait « tout compris ».

EurActiv avec Reuters

Article traduit de l'anglais par EurActiv

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