Copie à revoir. Les trois candidats choisis pour prendre la présidence des autorités européennes de supervision financière ont été rejetés par la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, mardi 1er février.

Les choix de l’Italien Andrea Enria pour la présidence de l'Autorité bancaire européenne (ABE), du Néerlandais Steven Maijoor pour l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) et du Portugais Gabriel Bernardino à la présidence de l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP) sont donc remis en cause.

Problèmes de compétences

Pour les eurodéputés, les régulateurs européens ont choisi les mauvaises personnes pour ces nouveaux postes importants. Ils ont souligné que les trois candidats n’ont ni l’expérience, ni l’influence suffisantes pour s’attaquer à la fois aux banques et aux régulateurs dans leurs rôles de policiers financiers.

«Ces personnes doivent être compétentes, elles doivent être indépendantes, et en particulier, avoir leur propre position face aux États membres afin d'exercer leurs fonctions comme prévu dans le règlement voté », a expliqué l’eurodéputé Vert/ ALE allemand, Sven Giegold, après l’audition des trois fonctionnaires.

« Malheureusement, la procédure de sélection a été jusqu'à présent en dessous de la moyenne et la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen (ECON) a sonné l'alarme à ce sujet à plusieurs reprises », a ajouté la présidente de la commission, la Britannique Sharon Bowles (ADLE).

Le député européen Jean-Paul Gauzès, qui a supervisé la création de l’autorité bancaire européenne a même accusé l’exécutif européen de choisir des candidats faibles volontairement. « Nous voyons très bien comment les conseils ont été formés avec ces personnes qui ont le moins d'influence possible», a-t-il précisé. Selon lui, le président de l’Autorité des marchés français aurait été préférable pour le poste de président de l’Autorité européenne des marchés financiers.

Attaques sur la procédure de recrutement

Les parlementaires ont révélé des faiblesses dans la procédure de recrutement. Selon eux, la faible compétitivité des salaires explique, entre autres, le faible nombre de candidatures reçues. Les députés ont également critiqué l'instauration d'une limite d’âge à 60 ans pour postuler. Ils ont enfin pointé du doigt l’absence d'équilibre entre les sexes, les trois candidatures retenues sont des hommes.

Les noms retenus auraient été choisis par le Conseil européen du risque systémique (CERS), qui supervise les trois Autorités. Selon la rumeur, la liste restreinte de candidats a été réalisée par des personnes sans grande responsabilité.

"La commission des affaires économiques et monétaires a décidé de demander aux États membres et à la Commission européenne des engagements fermes pour que les futures procédures de sélection impliquent davantage le Parlement et tiennent compte des préoccupations exprimées", a souligné Mme Bowles.

Les députés ont envoyé une lettre à la présidence hongroise de l'UE et à la Commission européenne pour exiger des salaires plus élevés, des budgets plus importants et davantage de personnel pour les Autorités de supervision.

La Commission a deux jours pour répondre à la demande des députés. Un délai, qui, selon des sources parlementaires, est irréaliste.

POSITION                                                                   

Interrogée par EurActiv, la porte-parole du commissaire au Marché interieur Michel Barnier, a précisé qu’« il est normal que le Parlement européen se préoccupe de l'efficacité et de l'indépendance des nouvelles autorités. Cela a été sa préoccupation tout au long du processus. Il en a été de même pour la Commission ».

« Je n'aurai aucun doute à confirmer au Parlement européen que je ferai le maximum, dans la limite des pouvoirs conférés à la Commission, d'assurer que les présidents pourront travailler de façon autonome, conformément à la réglementation établissant les autorités », a expliqué la porte-parole.  «Comme Mme Bowles, j'attache une grande importance au principe de l'égalité des chances et d'équilibre entre les sexes au sein de ces institutions », a-t-elle ajouté.

CALENDRIER

3 février: Réponse de la Commission à la lettre des eurodéputés