Professeur en sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles, Pascal Delwit revient pour EurActiv.fr sur les enjeux de la présidence belge du Conseil de l'UE, qui débute le 1er juillet 2010.

© Droits réservés
Documents officiels
Recherches
La Belgique apparaît aujourd’hui divisée et la présidence du Conseil de l'UE pourrait en pâtir. Le risque est-il réel ?
La difficulté principale pour la présidence belge du Conseil est d’ordre politique. Deux gouvernements vont se succéder au cours de l’exercice de la présidence. Jusqu’à l’aboutissement des négociations d’un accord de gouvernement, le gouvernement Leterme assurera la présidence du Conseil, dans une période estivale généralement plus calme. Fin septembre ou début octobre, un nouveau gouvernement prendra le train en marche, ce qui évidemment n’est jamais optimal.
Sur quels points précis la présidence pourrait-elle pâtir des divisions belges ?
Une présidence d’un Etat se prépare à un double niveau : celui de la haute fonction publique qui élabore les dossiers mais qui n’est pas affecté par le changement de gouvernement. Le deuxième niveau, politique, le sera davantage. Le premier ministre fait généralement le tour des capitales européennes pour écouter les doléances des Etats, et inscrit à l’agenda un certain nombre de dossiers qu’il prépare avec les présidences de la Commission et du Conseil européen. Le premier ministre belge, qui arrivera en cours de présidence, n’aura pas fait tout ce travail en amont. Dans ce contexte, mettre des dossiers sur la table et opérer le suivi des textes sera plus compliqué, mais ce travail sera compensé par une coordination politique entre les deux gouvernements. La difficulté sera également atténuée par la présence d’un belge à la présidence du Conseil européen.
Pensez-vous que la faiblesse du gouvernement belge pourrait être une opportunité pour Herman Van Rompuy de s’imposer dans la mécanique institutionnelle européenne ?
Oui. Le concours de circonstances va faire qu’Herman Van Rompuy bénéficiera d’un espace assez important dans l’exercice de la présidence belge, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, il est Belge lui-même et est donc rodé aux arcanes de la politique du pays. Il est désormais également rôdé aux arcanes européens. Il va certainement faire office de substitut, d’autant plus que personne ne sera là pour lui faire de l’ombre. Les problèmes de partage de rôle qu’on a pu connaître au début de la présidence espagnole n’auront pas lieu d’être. Dans une large mesure, la présidence belge du Conseil sera la présidence d’Herman Van Rompuy.
Quel est le pouvoir réel de la présidence du Conseil sous Lisbonne ?
Il consiste surtout à répondre à des situations de crise et à être l’initiateur de solutions comme cela a été le cas lors de la crise financière de septembre 2008. La présidence a également pour rôle de faire avancer un certain nombre de dossiers ou de mener des initiatives communes.
Quelle différence concrète pourrait-il y avoir avec la présidence espagnole ?
Les différences demeureront assez classiques. Tout d’abord, l’exercice d’une présidence d’un petit Etat n’est en général pas de la même essence qu’une présidence d’un grand Etat comme la France ou l’Allemagne. En outre, la Belgique a une forme de singularité politique qui a trait à sa forte europhilie et de surcroit, il s’agit d’un Etat qui ne valorise pas nécessairement les intérêts nationaux. Enfin, les Belges ont une capacité à parvenir à des synthèses de points de vue antinomiques, même si l’actualité ne le prouve pas vraiment.
La négociation sur un gouvernement prendra plusieurs mois. Quel impact la présidence du Conseil aura-t-elle sur le rythme de sa formation ?
Il y aura deux gouvernements belges pendant la présidence, c’est un fait. L’impact de la présidence du Conseil sera quant à lui relativement limité.
En revanche, deux contraintes d’ordre socio-économique et budgétaire vont certainement accélérer la formation d’un gouvernement. Face à un déficit budgétaire élevé, la Belgique doit adopter au plus tôt le budget ajusté de 2010 et les prévisions de 2011 de manière à entrer rapidement dans une logique de réduction des déficits budgétaires. Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a d’ailleurs invité Bart de Wever [le chef du parti indépendantiste flamand] à ne pas tarder dans sa mission.




Réagissez