Le lancement, début février, par le Parti de la Liberté néerlandais (PVV) piloté par Geert Wilders, d'un site destiné à recenser les « nuisances » causées par les populations des pays d'Europe centrale établies aux Pays-Bas continue de susciter la polémique.

Et le gouvernement néerlandais pourrait en faire les frais. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, s’est pour l'instant refusé à faire tout commentaire. Selon les médias néerlandais, il estime ne pas avoir à juger des positions adoptées par les autres partis politiques. Mais ce mutisme recèlerait surtout la crainte d’un renversement de son gouvernement.

Soutien extérieur

Bien que le parti de Geert Wilders, le troisième plus important aux Pays-Bas, ne fasse pas partie de la coalition au pouvoir, il reste un appui décisif de l’actuel gouvernement. Dans le cadre d’un « accord de soutien », le PVV s’est engagé à appuyer la formation conservatrice du premier ministre. En contrepartie, il a obtenu notamment la mise en place de règles plus strictes sur l'immigration. 

M. Rutte préfère donc fermer les yeux sur l’initiative raciste et discriminatoire du parti de M. Wilders. "Honte sur les Pays-Bas et sur notre premier ministre qui est un lâche et n’ose pas se prononcer contre cette incitation à la haine par peur que le gouvernement ne tombe", peut-on lire parmi les commentaires postés en réaction à l’article d’EurActiv.

Rôle de l’UE

Depuis quelques jours, les réactions fusent sur les réseaux sociaux et les blogs, où de nombreux citoyens européens s’interrogent sur l’état de la démocratie en Europe et posent la question du rôle des gouvernements et des institutions européennes dans la préservation des valeurs de l’UE et la lutte contre les populismes.

La plupart montrent leur scepticisme sur la possibilité pour l’UE d’intervenir dans cette affaire et amener l’actuel gouvernement à prendre les mesures nécessaires. La vice-présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, a pour l'instant seulement invité, samedi 11 février, les citoyens néerlandais à ne pas céder à l'intolérance, qui "n'a pas sa place [dans l'UE]".

La commissaire en charge du numérique, la Néerlandaise Neelie Kroes, proche politiquement du Premier ministre Mark Rutte a quant à elle pris ses distances par rapport à cette initiative de Geert Wilders en déclarant sur son blog, mardi 14 février, que s'il est "toujours facile de blâmer les autres, [cela] ne résout que rarement les problèmes".

"C'est ridicule de penser que dénoncer les autres sur un site internet va permettre aux Pays-Bas d'avoir une meilleure place au sein de l'UE. Quelle est la prochaine étape? Votre femme vous embête? Oubliez la saint valentin, connectez-vous et dénoncez la en ligne", a-t-elle ajouté.

Nouveaux bouc-émissaires

D’autres commentateurs, sur les sites de plusieurs rédactions d’EurActiv, ont accusé le leader du PVV de chercher de nouveaux boucs-émissaires sous prétexte que son discours anti-islam ne lui attirait plus suffisamment de publicité. Quelques lecteurs occidentaux estiment, pour leur part, que cette affaire doit amener à s’interroger sur des problèmes sous-jacents, liés principalement à l’immigration et aux inégalités sur le marché du travail.    

Du côté des principaux accusés –la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie– l’indignation est évidemment très vive. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères bulgare, Vessela Cherneva, a notamment déclaré que son pays ne pouvait pas accepter que l'un des membres fondateurs de l'UE tolère des incitations à la haine et à la xénophobie.

Plus timide

Certains lecteurs originaires de ces trois pays ont été nombreux à comparer l’extrême droite néerlandaise à leurs propres partis populistes et xénophobes. Ils regrettent que la presse nationale ait vivement dénoncé le site du PVV tandis qu’elle se montre beaucoup plus timide lorsqu’il s’agit de rapporter des cas de discriminations envers les minorités en Pologne, en Roumanie ou en Bulgarie.