Le groupe suisse Petroplus, raffineur et vendeur de gros de produits pétroliers en Europe, négocie actuellement avec les banques l'octroi de crédits vitaux pour l'avenir de l'entreprise. Dans le même temps, il a décidé fin 2011 de suspendre temporairement la production de trois raffineries en France, en Suisse et en Belgique.

L'activité sur le site français de Petit-Couronne a été stoppée lundi 2 janvier. L'intersyndicale appelle le gouvernement à intervenir. Une première rencontre entre le premier ministre François Fillon et le PDG de Petroplus Jean-Paul Vettier s'est tenue jeudi 5 janvier, afin de trouver une solution pour éviter la fermeture définitive du site français.

Protéger la production en Europe

Celle-ci ne peut pas être tolérée, clame l'eurodéputé socialiste Estelle Grelier, qui déclare vouloir "se battre pour l'emploi européen". Dans une lettre datée du 2 janvier, la députée demande au président de la Commission, José Manuel Barroso, de "se pencher sérieusement sur cette problématique". L'élue déplore le comportement des grandes multinationales de l'énergie qui "raffinent de plus en plus à moindre coût dans les pays émergents, bien moins soucieux des normes sociales ou environnementales que les pays membres de l'UE."

Afin d'éviter les délocalisations "de plus en plus nombreuses", Estelle Grelier propose une taxation plus importante des importations de produits pétroliers finis. Pour les industriels, une telle approche semble irréaliste. Cette forme de protectionnisme provoquerait une réaction immédiate des partenaires commerciaux de l'Europe. Ceux-ci pourraient, à leur tour, protéger leur marché. Et, au bout du compte, certaines importations de produits pétroliers indispensables pour l'économie européenne pourraient devenir plus chères.

Patronat: ajustement inéluctable

Selon l'Union française des industries pétrolières, syndicat professionnel qui regroupe entre autres des grands groupes comme Total, Shell et Esso, les difficultés que rencontre Petroplus s'inscrivent dans une crise plus générale du raffinage en Europe.

En raison de la baisse constante de la consommation de produits pétroliers raffinés, l'Europe se trouve en situation de surcapacité de production. Selon un rapport publié conjointement par les ministères de l'Ecologie et de l'Industrie, seulement 68,8% de la capacité de distillation en France ont été utilisés en 2010.

Et selon les chiffres de la direction générale de l'énergie et du climat, la marge brute de raffinage en Europe s'est effondrée, passant de 39€ la tonne en 2008 à 14€ en 2011. Les fermetures de sites de production en Europe sont ainsi considérées par les industriels comme une adaptation nécessaire, et plus au moins inévitable, du marché européen.  

La France importe

Mais les syndicats refusent l'argument des surcapacités. Selon le porte-parole de l'intersyndicale CGT, CFDT, CFE-CGC Yvon Scornet, rapporté par Le Monde, "la France a importé 27 millions de tonnes de produits en 2011, soit trois fois la production de Petit-Couronne."

Mais ce déficit commercial considérable semble trouver son origine moins dans des délocalisations successives que dans une offre européenne inadaptée à la demande. La Commission européenne, dans un document de travail publié en 2010, insiste sur un dysfonctionnement du marché. Selon les fonctionnaires bruxellois, l'industrie ne fabrique pas assez de diesel, produit qui doit être importé.

En 2008, l'Europe en a importé environ 20 millions de tonnes, c'est-à-dire 6,9% de la consommation totale. Mais, la même année, elle a exporté une partie considérable de sa production d'essence: 43 millions de tonnes équivalents à presque un tiers de la production totale. Une adaptation du parc de raffinage européen est possible, mais trouve ses limites dans les couts élevés d'une telle opération.

Face à l'implacable logique économique, l'enjeu social est évident: les 550 employés du site de Petit-Couronne ne sont pas les seuls à risquer de perdre leurs emplois. Selon la Commission européenne, 18 des 104 raffineries au sein de l'UE sont menacées de fermeture depuis 2008. Les Français risquent ainsi de subir le même destin que les sites de Reichstett (Bas-Rhin) et des Flandres (Nord), fermés ces deux dernières années.