PNUE: L’UE gaspille 99% de ses métaux de haute technicité

  

Etant donné que l'Europe recycle moins de 1 % des métaux de haute technicité, elle n'a pas vraiment le droit de critiquer la Chine pour ses restrictions à l’exportation de terres rares, a expliqué Ernst Ulrich von Weizsäcker du Programme des Nations unies pour l'environnement lors d'un entretien accordé à EurActiv.com.

Selon un rapport publié par les experts du PNUE au printemps dernier, le taux de recyclage des métaux est souvent « bien plus bas que leur taux potentiel de récupération ».

D'après les experts du PNUE, moins d'un tiers des 60 métaux passés au crible par ce rapport ont un taux de récupération en fin de vie de plus de 50 %, alors que, pour 34 d'entre eux, le taux de recyclage est inférieur à 1 %.

Le problème est que ce faible taux de recyclage concerne également les métaux de haute technicité qui sont très précieux et très demandés actuellement, a déclaré M. von Weizsäcker, le coprésident du groupe d'experts internationaux du PNUE.

Il s'agit des « terres rares, mais également du lithium utilisé dans les batteries de voitures, du gallium présent dans les ordinateurs et les appareils photo numériques, et de l'indium qu'on trouve dans les écrans d'ordinateur », a-t-il précisé à EurActiv.

Ces chiffres médiocres font rager les experts du PNUE dans la mesure où, contrairement à d'autres ressources, les métaux sont « intrinsèquement recyclables ».

En outre, bien que plus de la moitié des produits sidérurgiques ou fabriqués à base de platine, d'or, d'argent et d'autres métaux précieux soient recyclés dans leurs applications industrielles, seule une petite partie d'entre eux le sont dans les produits électroniques.

Interrogé sur la querelle des terres rares entre la Chine et l'Europe, M. von Weizsäcker a été catégorique : « En partant du principe que nous, Européens, gaspillons 99 % des terres rares que nous utilisons, nous ne pouvons pas justifier moralement le fait de reprocher à la Chine d'appliquer certaines restrictions sur les exportations ».

Au lieu de s'attarder sur ce « gaspillage », l'EU devrait sans aucun doute tenter de négocier avec la Chine pour échanger nos technologies de recyclage contre un peu plus de ces métaux rares, a suggéré le scientifique allemand.

La Commission exhortée à soumettre une réforme de la taxe verte

Après plusieurs rapports d'enquête sur l'intensité ou la productivité des ressources, qui ont démontré la difficulté de séparer l'utilisation des ressources naturelles et l'impact environnemental, d'une part, et la croissance économique d'autre part, le groupe d’experts internationaux du PNUE est sur le point de finaliser un rapport sur les technologies et les politiques nécessaires pour appliquer cette dissociation.

Ce rapport devrait être prêt à temps pour le sommet de Rio +20, qui devrait voir se dessiner un plan d'action pour une « économie mondiale verte », qui permettra de développer une action internationale sur les politiques de développement durable pour les années à venir.

Toutefois, ce rapport ne formulera aucune recommandation politiques, car « les pays acceptent mal les conseils émanant de groupes d'experts comme le nôtre », a noté Ernst Ulrich von Weizsäcker.

« En fait, la Commission européenne est bien plus à même de faire ce genre de choses. Après tout, c'est la Commission européenne qui initie généralement des recommandations pour la mise en place de nouveaux instruments législatifs », a-t-il déclaré, ajoutant que la population serait déçue que la feuille de route ne mène à aucune proposition législative.

M. von Weizsäcker souhaiterait particulièrement voir l'exécutif de l'UE proposer des instruments fiscaux pour encourager la productivité des ressources, à savoir un transfert de la fiscalité du travail vers les ressources. Cependant, « il y a peu de chances de cela aboutisse, car les Britanniques s'y opposeront », a-t-il ajouté en faisant référence à la subsidiarité nationale des affaires fiscales.

Le transfert de la fiscalité du travail vers les ressources « serait une approche très judicieuse, car elle augmenterait la compétitivité de l'UE dans des domaines très pertinents sur les marchés mondiaux », a-t-il avancé en donnant les exemples de l'efficacité énergétique et de l'économie des métaux.

La raréfaction des métaux et de la biomasse, entre autres, rend « parfaitement pertinente la mise en place de signaux de prix pour valoriser le facteur de rareté et dévaloriser le facteur d'abondance », a-t-il continué.

Une philosophie de vie

Alors que la feuille de route de l'UE sur l'utilisation efficace des ressources définit l'alimentation, le logement et les transports comme les principaux secteurs qui soulèvent la question de l'utilisation des ressources et de l'augmentation des taxes, M. von Weizsäcker a insisté sur le fait que cela n'impliquait pas d'augmenter les prix du transport ou des produits alimentaires.

« Cela entraînerait une augmentation des coûts de la consommation d'énergie pour le transport, ou pour les produits alimentaires », et donnerait l'occasion aux gens de consommer moins d'énergie pour les transports, a-t-il affirmé.

Cependant, la taxation des ressources primaires telles que l'énergie, l'eau et les minéraux, y compris ceux utilisés dans les engrais, pourrait indirectement rendre l'utilisation de voitures ou des produits alimentaires si coûteux que cela entraînerait des conséquences sociales, en particulier pour les plus défavorisés, mais également pour la large classe moyenne qui souffre déjà de la crise actuelle.

M. von Weizsäcker a déclaré qu'il avait abordé ce sujet avec le commissaire européen à l'environnement, Janez Potočnik, lors du forum des ressources mondiales qui s'est tenu à Davos fin septembre. « Je lui ai proposé un instrument stratégique - que je n'ai pas inventé - qui analyse simplement la fameuse philosophie de vie instaurée en Afrique du Sud », a-t-il affirmé.

« Ce système est fondé sur l'idée que ce dont nous avons besoin pour vivre en termes d'énergie et d'eau ne coûte pas cher, et les prix - les signaux de prix- débutent juste au dessus de ce minimum vital. Cela implique que les populations défavorisées ne sont pratiquement pas touchées par la hausse des prix », a-t-il expliqué.  

Il a cependant reconnu que « si vous devez parcourir 100 kilomètres aller-retour tous les jours et que les transports publics ne vous le permettent pas », vous pourrez alors difficilement vous passer d'une voiture.

Quant à l'avenir de l'industrie automobile - dans le cas où l'utilisation de la voiture particulière diminue -, le professeur von Weizsäcker assure qu'elle sera incitée à innover et produire des voitures qui utilisent moins de carburants fossiles, par exemple. Il souligne l'importance d'apporter une réponse technologique plutôt que de pencher pour l'austérité.

« Un facteur de cinq »

Le professeur von Weizsäcker est absolument convaincu que « nous pouvons faire cinq fois mieux ».

Dans son dernier livre, Factor five - Transforming the Global Economy through 80% Improvements in Resource Productivity, il explique qu'il est possible de produire des véhicules qui ne consomment qu'un litre et demi au cent, que les aliments peuvent être produits avec beaucoup moins d'énergie et d'eau, et que nos logements peuvent être construits à énergie neutre.

« Cela prendra peut-être une génération ou deux, mais si nous commençons dès maintenant à montrer que la bonne utilisation de l'énergie et des ressources peut apporter un avantage économique encore plus important, alors notre utilisation des ressources sera cinq fois meilleure après 30, 40 ou 50 ans », a-t-il affirmé.

L'UE ferait bien de suivre cette piste, qui pourrait l'aider à mettre un terme à sa dépendance aux importations de pétrole et de gaz, a-t-il ajouté.

Réactions: 

Prochaines étapes: 

Liens externes: 
Publicité