La politique de cohésion est considérée par beaucoup – et en particulier par les autorités régionales – comme l'une des stratégies les plus importantes de l'UE.

L'avenir de cette politique a fait l'objet de débats animés à Bruxelles. Plusieurs questions se posent :

  • quel avenir pour le budget alloué à la politique régionale (qui représente aujourd'hui un tiers du budget européen)?
  • les régions seront-elles impliquées dans la stratégie de l'UE pour 2020 pour la croissance et l'emploi et comment?
  • comment cette politique doit-elle être réformée pour être plus efficace et moins chère?

De nombreux acteurs régionaux ont placé de grands espoirs dans la capacité de la présidence espagnole de l'UE (1er janvier - juin 2010) pour dynamiser le débat. L'Espagne, pays fortement régionalisé, est sensible à l'importance d'un processus de prise de décision "bottom-up", et fera d'une politique de cohésion améliorée un élément central de sa présidence, selon toute logique.

Colonne vertébrale

Les Espagnols ont en effet commencé à souligner leur stratégie régionale le 16 février. S'exprimant lors d'une rencontre de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) à Gijón, le ministre du territoire espagnol Manuel Chaves a déclaré qu'il serait une erreur pour l'UE de renoncer à faire de la politique de cohésion une priorité.

Elle devrait plutôt, selon lui, faire partie de la colonne vertébrale de la stratégie de l'UE pour 2020, qui va soutenir les efforts de croissance européens pour la décennie à venir.

Cependant, il s'est élevé contre l'attitude de certains Etats membres, en particulier ceux d'Europe de l'Est, qui pensent que seules les régions les plus pauvres devraient bénéficier des fonds de cohésion. "L'argent ne devrait pas être considérée comme un simple outil de redistribution ou d'aumône", a-t-il expliqué.

Au lieu de cela, le gouvernement espagnol de centre gauche aimerait que la politique de cohésion réformée profite à toutes les régions et devienne une force en faveur du développement durable et de l'inclusion sociale.

Améliorer la politique de cohésion

M. Chaves s'en est également pris aux Etats membres qui veulent limiter ou renationaliser la future politique de cohésion. Il a averti que la présidence espagnole s'opposerait fortement aux initiatives de certains gouvernements – qu'il a refusé de mentionner – qui cherchent à doubler les régions en tant que principales interlocutrices pour les fonds de cohésion.

Le commentateur régional influent Fabrizio Barca, directeur général du ministère des finances italien et auteur d'un important rapport publié par la Commission en avril 2009, semble d'accord.

"La politique de cohésion, conçue comme une politique de développement localisée, est le seul moyen moderne pour l'UE de remplir sa tâche en faveur du développement, a affirmé M. Barca, ajoutant qu'une politique de développement pour toutes les régions de l'UE était indispensable pour l'existence même de l'UE. "Ceux qui limitent l'intervention de l'UE aux Etats membres pauvres estiment à tort que la politique de cohésion est un mécanisme de redistribution financière", a-t-il ajouté. 

Cependant, M. Barca a spécifié que la politique régionale nécessitait un changement de direction au regard de l'évaluation des résultats obtenus par des indicateurs spécifiques. Il a appelé à un renforcement du rôle de la Commission européenne.

POSITIONS:

Claudio Martini, président de Toscane et de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) s'est dit d'accord avec Fabrizio Barca sur le fait que la politique de cohésion est la seule politique européenne partagée par tous les territoires européens. Celle-ci aidant chaque Européen à donner un visage à l'Europe via des projets qui les concernent directement.

"La disparition, même partielle, de cette politique, remettrait en question le projet européen en lui-même", a-t-il affirmé.

Le ministère du territoire espagnol Manuel Chaves a expliqué que la cohésion sociale et territoriale était un atout en soi et que l'argument de la compétitivité ne pouvait pas être utilisé pour la détruire. "La cohésion doit être un facteur-clé de la stratégie de l'UE pour 2020 et doit s'adresser à l'ensemble du territoire européen et pas seulement aux régions répondant à l'objectif convergence", a-t-il ajouté. 

Le vice-président du gouvernement espagnol a aussi rappelé que l'établissement d'un marché commun pour l'énergie et un marché numérique unique, l'introduction d'une stratégie européenne en soutien aux véhicules électriques, et le renforcement des politiques de recherche et d'éducation devaient être inclus dans la stratégie pour 2020.

Cependant, il a noté que pour développer une telle stratégie, l'Europe avait besoin d'un pacte social entre les entreprises et les travailleurs, d'un nouveau modèle de gouvernance ainsi que d'une réflexion sur le futur de la PAC.