Le Comité des Régions a lancé une vaste consultation auprès des collectivités territoriales sur la stratégie UE 2020. Comment peuvent-elles concrètement, selon vous, être prises en compte par cette stratégie?

Nous avions un réseau de suivi de la réalisation de la stratégie de Lisbonne. Nous allons l’utiliser dans la mise en œuvre de la stratégie UE 2020. Dans cette phase de mise au point, nous avons lancé une consultation pour recueillir les propositions des membres de ce réseau. Les réponses seront utilisées pour nourrir notre débat des 14 et 15 avril en Plénière, puis pour le courrier que j'enverrai au Conseil européen. Car comme la décision finale des gouvernements nationaux est prévue en juin, nous n’aurons pas le temps de formuler un avis d’initiative.

Quels sont les grands principes sur lesquels doit, selon vous, reposer cette stratégie UE 2020, notamment par rapport aux Régions?

La stratégie de Lisbonne n’impliquait pas directement les régions et les collectivités locales. Pour réussir, nous pensons que le nouveau projet de l’UE doit s’enraciner dans les régions et les communes, qui sont les artisans de sa réalisation.

Par exemple, face au changement climatique, nous avons déjà un Pacte signé par plus de 1200 maires. Il sera étendu aux régions qui s’engagent dans une stratégie de développement durable et d’économie verte.

Nous pensons que des ressources doivent y être dédiées et que la stratégie commune européenne doit s’appuyer sur les collectivités locales et les régions, qui gèrent tous les fonds européens. C’est inévitable.

Pour le moment, le problème des ressources financières se pose. Le débat doit aussi clarifier ce délicat sujet. En effet, aucun fonds spécifique n’avait été prévu pour la stratégie de Lisbonne et on a ensuite dû ajuster la programmation des fonds structurels. Aujourd'hui, il est évident qu'on ne peut pas confondre la stratégie UE 2020, qui est un projet de long terme, avec la politique de cohésion. Celle-ci a d’autres objectifs. Les deux peuvent converger, avoir des ambitions communes, mais ce n’est pas la même chose. Des fonds supplémentaires doivent être disponibles pour UE 2020.

De quelle façon, selon vous, le contrôle de la mise en œuvre de la future stratégie de l'UE 2020 pourrait s’exercer pour être efficace?

Nous avons à peine commencé à y réfléchir. Je pense cependant que l’expérience acquise avec les fonds structurels et la PAC montre que nous disposons d'une certaine capacité de suivi. Si nous évitons d’avoir une stratégie “littéraire” et que des fonds sont attribués à des grands axes de financement et d'objectif, ce ne sera pas difficile de contrôler. Il faut des indicateurs, surtout dans le domaine de la lutte contre le changement climatique. À côté des indicateurs environnementaux, des indicateurs sociaux pourraient être associés au PIB. Ceci permettrait de mieux évaluer l'impact et les progrès dans l’utilisation des fonds.

Je vous le dis sur la base de mon expérience personnelle, ayant longtemps travaillé sur le sujet, alors que le Comité des Régions n’a pas encore pris officiellement position. Si les administrations publiques savent très bien contrôler si l’argent a été effectivement dépensé, elles n’ont pas d’instruments pour vérifier la réalisation de la stratégie. Il faut donc ajouter des indicateurs à côté du PIB, afin de savoir si l’ensemble des actions menées permettent progressivement d’atteindre les objectifs.

Cela peut se traduire par un nombre limité d’indicateurs de performance globale. Dans la mesure où les régions sont les unités de base pour la programmation et la mise en œuvre des politiques, c’est à partir du PIB régional que la planification est faite. C'est donc une occasion à ne pas manquer pour mettre en œuvre  les indicateurs de qualité de la vie et de qualité de l’environnement si souvent évoqués mais jamais encore vraiment utilisés.

Si l’objectif est de mesurer l’évolution progressive vers une société plus juste et plus attentive à l’environnement, alors cela devient possible.

Où en êtes-vous des discussions sur la politique de cohésion?

Nous avons déjà préparé un rapport sur son avenir et allons en discuter avec le commissaire Johannes Hahn au mois d’avril. Dans le contexte des débats sur la stratégie UE 2020, nous allons aborder la question de son articulation avec la politique de cohésion. Certains Etats sont plutôt favorables à la renationalisation des fonds affectés à l'objectif de compétitivité. Le Comité s’est toujours prononcé de façon unanime contre cette hypothèse, car nous pensons que la politique de cohésion est un instrument fondamental qui permet aux citoyens de percevoir concrètement ce que leur apporte l’Europe.

N’avez-vous pas peur que l’arbitrage entre la PAC et la politique de cohésion soit plutôt à l’avantage de la PAC, dans les discussions sur les perspectives financières de l’UE?

Bien sûr il y a des risques. Mais, il n'est pas question d'éliminer la politique agricole commune, d'autant que la situation de l’agriculture est vraiment très mauvaise dans plusieurs secteurs. Il faut cependant vraiment essayer de l’orienter vers une plus forte contribution aux objectifs de Copenhague et à la stratégie UE 2020. L’agriculture peut beaucoup participer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le ciblage des fonds structurels sur les objectifs de la stratégie de Lisbonne est plutôt un échec. Comment aider les PME à utiliser ces fonds?

Oui, le Comité a d'ailleurs demandé à la Commission de faire un bilan de ce fléchage. Toutefois, certaines méthodes permettent de mieux impliquer les PME. Dans ma région, au Piémont, nous avons par exemple essayé une stratégie de mise en réseau des PME avec des instituts de recherche. Cela n’oblige pas à créer des structures, mais permet de donner aux PME suffisamment d’instruments, non seulement financiers mais aussi d'accès à l’innovation et à la recherche, pour les aider à améliorer leurs techniques de production. Si on veut avoir une économie verte, il faut qu'elle soit très décentralisée et donc impliquer les PME pour avoir une chance de réussir.