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Accueil - Présidences de l'UE

Hervé Morin: «Les 27 ne peuvent pas avoir la même ambition»

9.11.2008

Erasmus militaire, projet capacitaire, paquet défense: à l'occasion d'une réunion avec ses homologues à Bruxelles, lundi 10 novembre, le ministre français de la Défense, Hervé Morin, revient, pour EurActiv.fr, sur les enjeux de l'Europe de la défense.

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EurActiv.fr: L’élection d’Obama peut-elle, selon vous, avoir un impact sur la construction de l’Europe de la défense ?

Hervé Morin: L’administration Bush avait fait un grand pas dans la compréhension de notre démarche. Nous avons eu énormément de conversations sur ce sujet, notamment avec Robert Gates qui est mon homologue. J’ai d’ailleurs encore en mémoire ce qu’il a dit lors de la réunion des ministres de la Défense à Bucarest à la veille de celle des chefs d’Etat et de gouvernement: «Parmi toutes les responsabilités que j’ai exercées j’ai un seul regret, celui de ne pas avoir compris plus tôt que l’Europe de la défense était utile et nécessaire.» Donc étant donnés les signes donnés par l’administration et le président Bush lors du sommet de Bucarest, l’équipe de Barack Obama devrait être au moins sur la même ligne. Il n’y a plus d’hostilité des Américains à l’Europe de la défense, ils ont bien compris qu’elle constituait un moyen d’améliorer les capacités globales de la défense.

La question des capacités est au cœur des priorités de la Présidence française sur le renforcement l’Europe de la défense. Quels sont les sujets sur lesquels vous pensez obtenir des engagements, sinon des 27, du moins d’un grand nombre d’Etats membres?

Notre idée n’a pas été de toujours porter des projets à 27, parce qu’en matière d’Europe de la défense cela n’a pas de sens. Entre des pays qui ont encore la volonté de compter en matière militaire, ceux qui n’y consacrent plus grand-chose, ceux qui ont une industrie de défense et ceux qui achètent tout sur étagère, il n’est pas possible d’avoir la même ambition.

Notre idée a donc été de mettre sur la table une série de propositions tout en sachant que certaines s’adressent plus à un certain nombre qu’aux 26 autres. C’est d’ailleurs comme ça que l’Europe se construit sur bien des sujets.

Tout ce que nous avons mis sur la table aboutira. Au Parlement européen, le retour sur les propositions françaises est positif. Selon les députés que j’ai rencontrés, soit en plénière, soit en commission, les propositions françaises sont ambitieuses et correspondent à une vraie avancée de l’Europe de la défense. Il ne faut pas oublier que l’Europe s’est construite sur le renoncement à la puissance. Donc l’Europe de la défense n’était pas quelque chose de naturel. Pour les Européens convaincus comme moi, cela ne va pas assez vite. Mais si l’on considère que l’Europe de la défense n’était rien il y a dix ans et même un mot tabou il y a 15 ans, la situation a progressé et les propositions françaises sont significatives.

Sur quels projets concrets pensez-vous avancer ?

Nous ferons à 27 l’Erasmus militaire et probablement le plan d’évacuation des ressortissants européens. Avec tous ceux qui sont concernés, nous mettrons en réseau le système de surveillance maritime des côtes.

Les projets capacitaires se feront à beaucoup moins nombreux. Pourquoi ? Parce que, sans vouloir être désobligeant, les problèmes capacitaires n’intéressent pas tous les pays, comme par exemple la Lituanie ou la Hongrie…

Mais nous allons signer le projet d’imagerie spatiale sur la base du projet Musis. Nous sommes un certain nombre (Belgique, Grèce, Slovaquie, Bulgarie, Italie, Allemagne, Roumanie, Espagne, Portugal) à avoir décidé de faire une flotte commune, notamment autour de l’A400M. D’autres pays sont prêts à nous rejoindre rapidement sur ce projet. Nous allons créer une école de pilotage commune avec les Allemands qui sera ouverte à tout le monde. C’est remarquable si l’on veut bien voir que sur ces sujets là il y souvent a une problématique de retour industriel.

Il y a enfin une initiative franco-britannique sur le fonds dédié à la rénovation d’hélicoptères du pacte de Varsovie et sur laquelle nous sommes une petite dizaine à être d’accord. Ce sont de vrais progrès. 

Avant le début de la Présidence française, Nicolas Sarkozy avait indiqué qu’il voulait changer de méthode sur le financement des capacités de l’Europe de la défense pour que cela ne soit plus simplement quatre pays qui payent pour la sécurité des autres. Allez-vous réussir à convaincre vos partenaires de la nécessité de ce changement d’attitude ?

Nous avons essayé de mettre sur la table un système sur lequel personne ne bloque. Et sur lesquels chacun s’engage comme il l’entend. La Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie ne sont par exemple pas participantes à l’A400M. Mais ces pays y trouvent un moyen de compenser leurs insuffisances en termes de transport.

Pour renforcer le marché intérieur de la défense il faudrait que les deux directives sur les transferts intracommunautaires et les marchés soient adoptées…

Le paquet défense traîne en effet. Mais ces textes vont être adoptés. On pensait pouvoir signer le 10 novembre, mais cela va être un peu compliqué, le Parlement européen ayant proposé des amendements qui imposent les discussions. Mais je ferai tout pour que cela aboutisse avant la fin décembre. Vous ne pouvez pas vouloir créer un marché européen de l’armement si vous n’avez pas, autant que possible, des règles communes.

La révision de la stratégie européenne de sécurité va-t-elle aboutir avant la fin de la Présidence française ?

Oui. Nous sommes en train de la finaliser et elle sera adoptée au mois de décembre.

Selon vous il n’est pas possible de dissocier la construction d’une Europe de la défense de celle d’une politique étrangère commune. Comment faire si le traité de Lisbonne n’est pas ratifié ?

Il n’est pas concevable de ne pas finir par régler la question institutionnelle. Les eurosceptiques peuvent au moins constater une chose: la crise géorgienne et celle sur les marchés financiers ont montré que quand l’Europe était unie elle était capable de faire. C’est la première fois que les Européens sont capables de régler une crise en Europe. De plus, sur les marchés financiers nous avons été capables de mettre trois à quatre fois plus que les Américains et avec des solutions nettement plus pertinentes que le plan Paulson. Nous constatons donc que la réaction européenne aura été nettement plus pertinente que l’action américaine. Cela devrait quand même plutôt porter l’idée européenne.

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