Réunis en Conseil informel les 1 et 2 octobre, les ministres européens de la défense ont modéré les ambitions de la Présidence française de l’UE. Les tâtonnements de l’Europe de la défense ne compromettent pas pour autant la perspective d’une réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN.
Documents officiels
Présidence française de l'UE
Deauville - Réunion informelle défenseAutre
Site officiel de l'OTANAutre
Site officiel du Ministère de la DéfenseAutre
Déclaration Franco-Britannique de Saint-Malo - 1998
Recherches
«Sur des sujets comme les capacités militaires européennes et l’organisation de l’Europe de la défense, nous avons avancé, ce n’est pas négligeable du tout», a indiqué M. Morin, le ministre français de la Défense, à l’issue du Conseil informel de Deauville. L’optimisme mesuré du ministre français cache mal certaines déceptions. Notamment sur le lancement d’un quartier général opérationnel européen à Bruxelles, qui se heurte toujours à l’opposition du Royaume-Uni.
Travailler à l’Europe de la Défense, ménager le compromis
A la mi-septembre, M. Morin avait critiqué le sous-investissement militaire de ses partenaires européens. (EurActiv.fr 18/09/2008). Le 2 octobre, le ministre français s’est voulu nettement plus conciliant, estimant que «tout ce que nous demandions est en route» et que la France «aura abouti sur à peu près tout ce dont elle avait parlé» d’ici fin 2008. En prévision du Conseil défense du 10 novembre 2008, l’UE a bien enregistré à Deauville quelques engagements des Etats membres en matière de renforcement de la Politique européenne de Sécurité et de Défense (PESD). Et ce même si l’unanimité n’est pas de mise parmi les 27 ministres européens.
Développement à la carte des capacités militaires européennes
Parmi les principales avancées du Conseil informel Défense en matière de capacités militaires, on peut noter un accord sur les hélicoptères (mise à niveau du matériel et équipages) entre la France, le Royaume-Uni, le Danemark, le Luxembourg, la Finlande, l’Agence européenne de défense et l’OTAN. Hélicoptère lourd, transports stratégiques, capacités aéronavales, imagerie spatiale, Erasmus militaire ont également fait l’objet de décisions, à confirmer lors du Conseil défense de novembre prochain.
Si ces projets avancent, c’est en partie par le contournement des règles de l’unanimité. En effet, les projets sur les capacités réunissent des groupes variables de pays, ce qui renforce la construction «à la carte» de l’Europe de la Défense, où certains pays s’abstiennent de participer tout en n’apposant pas pour autant leur veto.
Le Conseil informel de Deauville a mis en lumière la persistance de nombreux blocages. Selon Fabio Liberti, chercheur à l’IRIS, «les Etats membres s’opposent toujours au sujet du renforcement de l’Agence européenne de Défense. En toile de fond, c’est toujours le dossier de l’ouverture des marchés européens de la défense – encore fortement cloisonnés aux niveaux nationaux – qui est sur la table.»
Gestion des théâtres militaires et missions en cours
Au final, Fabio Liberti estime qu’à Deauville, «on a passé beaucoup de temps sur les questions opérationnelles de court terme au détriment des capacités militaires structurantes.» Les ministres européens de la Défense ont tout d’abord évoqué le lancement de l’opération civile d’observation en Géorgie. La situation en Bosnie-Herzégovine – où la mission pourrait être réorientée sur un aspect uniquement civil – et les modalités du transfert de la mission de l’EUFOR (Tchad) à l’ONU en mars 2009 ont aussi été à l’ordre du jour. Enfin, cette réunion a été l’occasion pour la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la Lituanie, les Pays-Bas, la Suède et Chypre de lancer une opération navale afin de combattre la piraterie aux larges des côtes de la Somalie.
CONTEXTE:
La Présidence française de l’UE a classé parmi ses objectifs la relance de l’Europe de la défense. Selon la France, principal acteur de la défense sur le Vieux continent avec le Royaume-Uni, l’Europe de la défense doit se bâtir en complément de l’Alliance Atlantique (OTAN).
Début 2009, à l’issue de sa Présidence européenne, la diplomatie française se prononcera d'ailleurs sur la réintégration de son armée dans le commandement intégrée de l’Alliance Atlantique. Les membres de l’OTAN se retrouveront lors du Sommet de Strasbourg-Kehl les 3 et 4 avril 2009.
Poker menteur de la France sur l’OTAN ?
Peut-on tabler sur un report du retour français dans le commandement intégré de l’OTAN, en raison même de progrès mesurés de l’Europe de la Défense ? C’est fort peu probable, même si Paris a exigé de ses partenaires européens des contreparties à sa réintégration complète dans l’Alliance Atlantique.
«Pour l’opinion publique française et les médias, la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN est quasiment acquise», indique Fabio Liberti, chercheur à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques). Le chercheur estime qu’il sera donc très difficile pour la France de faire marche arrière, en dépit d’avancées minimes au Conseil Défense de novembre 2008. «On voit mal la France accueillir le nouveau Président des Etats-Unis par une volte-face sur le commandement militaire de l’Alliance. Cela serait également très mal perçu de la part des nouveaux Etats membres de l’UE, d’autant plus qu’un pays comme la Pologne fait désormais office de bon élève au sein de la PESD.»



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