Graham Watson, président de l’ALDE au Parlement européen: « Parvenir à se concentrer sur l’Europe »
« Un bon président est un président qui travaille sans trop de bruit, sans déployer d’usine à gaz médiatique. Ce qui compte, c’est d’avoir conclu des accords politiques à la fin du semestre. Il ne faut pas forcément arriver à des accords législatifs. Si Paris parvient à mettre tout le monde d’accord sur la manière dont sortir de la crise, par exemple, ce sera un triomphe.
Je suis convaincu que Nicolas Sarkozy est assisté par un premier ministre et des ministres qui feront un très bon travail diplomatique pour la France, durant cette période. Quand vous êtes un grand pays, la difficulté est de parvenir à se concentrer sur l’Europe pendant six mois, alors que vous avez beaucoup d’autres intérêts ailleurs. »
Jean-Paul Jacqué, directeur au service juridique du Conseil des ministres des Communauté européennes et professeur au Collège d’Europe à Bruges: «Plus écouter les autres que s’écouter soi-même»
« Il faut être capable de réaliser des compromis. Une présidence doit parfois pouvoir sacrifier ses intérêts à la réussite de l’intérêt général. Et pour cela, il faut plus écouter les autres que s’écouter soi-même, tout en étant apte à négocier avec le Parlement européen.
Une présidence, qui serait soupçonnée par les autres de défendre ses intérêts particuliers, se mettrait dans une situation très délicate. Chaque décision qu’elle prendrait serait passée au crible par ses partenaires, qui vérifieraient s’il n’y a pas là un moyen de résoudre un problème strictement national.
Mais les présidences apprennent très vite. Car le temps pour élaborer une législation est très long, et dépasse largement un semestre. Alors il y a des dossiers qui sont déjà sur la table et que l’on peut terminer; et d’autres qu’on peut seulement initier. Il faut savoir identifier les dossiers prioritaires. »
Alain Lamassoure, député européen PPE: « Le piège serait de servir ses propres intérêts »
« Il faut savoir identifier les sujets sur lesquels on récolte des fruits, et ceux pour lesquels on sème. La bonne présidence est celle qui parvient à faire accepter son agenda par les autres.
De ce point de vue, la présidence allemande a été exemplaire. Lors de son premier Conseil européen, la chancelière Angela Merkel a lancé la réflexion sur le changement climatique, et au deuxième Conseil, elle a récolté les fruits des négociations sur le traité de Lisbonne.
Le piège, pour une présidence, ce serait de servir ses propres intérêts. C’est une tentation à laquelle il faut renoncer d’emblée. Pour cela, il faut que le pays qui prend la présidence essaye de faire traiter les sujets sur lesquels il est en désaccord avec les autres avant d'arriver à la tête de l’Union. C’est d’ailleurs ce que la France a fait pendant la présidence slovène. »
Monica Frassoni, co-présidente du groupe Verts/ALE au Parlement européen: « Ne pas laisser les petits pays à la marge »
«Une bonne présidence, c’est une présidence qui arrive à sortir du train-train du fonctionnement du Conseil. Mais c’est aussi savoir faire travailler tout le monde en même temps, sans constituer un directoire de grands pays pour prendre des décisions, en laissant les petits pays à la marge.
Evidemment, pendant ces six mois, il y a des dossiers inévitables: le paquet énergie-climat, sur lequel il faut trouver un bon accord politique avant la conférence de Poznan [en décembre], l’immigration, la manière de continuer la ratification du traité de Lisbonne, ...
Je sens une énorme motivation du côté des Français, mais je ne suis pas sûre qu’il y ait une vraie culture européenne en France. Je ne suis pas sûre non plus que Nicolas Sarkozy soit prêt à s’effacer, même si je l’espère vraiment. Il doit mettre au centre l’intérêt commun, qui n’est pas toujours facile à définir.»
Jan Zahradi, chef de la délégation tchèque PPE-DE au Parlement européen: « Eviter d’exercer trop de pression sur les autres pays »
« Une bonne présidence doit non seulement être capable de choisir quelques dossiers à faire avancer, mais aussi de gérer tout l’aspect logistique et technique.
Le président Nicolas Sarkozy est aussi énergique qu’ambitieux, mais la France doit éviter de mettre la pression sur les autres pays pour les obliger à ratifier le traité de Lisbonne. Mon seul conseil serait de recommander à la Présidence française d’aller un peu moins vite sur certains sujets et de ne forcer personne. »
Bernard Lehideux, député européen ALDE: « Faire avancer les dossiers :
un pays qui accepte de présider l’Union doit mettre de côté ses intérêts particuliers. »
Les premières déclarations [NDLR: sur les quotas de pêche par exemple] de Nicolas Sarkozy pouvaient laisser penser qu’il pensait profiter de cette présidence pour régler les problèmes de la France. Depuis, un certain nombre de réalités semblent être apparues aux yeux du gouvernement, et la préparation de la Présidence française s’est très bien passée. Les ministres ont été très présents à Bruxelles. La question, est de savoir si l’on peut faire avancer les dossiers, ou non. L’Europe continuera de marcher malgré les à-coups, comme le «non» au traité de Lisbonne.
Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman et auteur de Un Européen très pressé (1): «Tout le monde a pris conscience de l’ampleur de la tâche»
« Il y a deux aspects, dans une présidence: assurer un bon fonctionnement de l’Union européenne, d’une part; et donner un ton général et un aspect plus politique à cette période.
L’aspect plus technique est très bien préparé, et du point de vue politique, la France s’est mise à l’écoute de ses partenaires européens. Mais la politisation n’est pas sans risque. Côté préparation, le virage pris ces dernières semaines par Paris est très clair, et tout le monde semble avoir pris conscience de l’ampleur de la tâche. »
(1): Un Européen très pressé, Jean-Dominique Giuliani, Editions du Moment, mai 2008, 19,95 euros, 278 pages



"La mobilisation du Feder est un exercice hautement technique"
"Nos partenaires chinois réagissent beaucoup à la pression"
Newsletter
Ecrire un commentaire