Mardi 24 mars, les députés tchèques ont voté une motion de défiance contre le premier ministre et chef de gouvernement Mirek Topolánek. « Je prends acte de ce vote et j'agirai conformément à la Constitution », a déclaré par la suite l'intéressé.
M. Topolanek devrait présenter la démission de son gouvernement dans les prochains jours au président Václav Klaus, obligé de l’accepter. Si le premier ministre tchèque a signifié son intention de démissionner jeudi 26 mars, la date en demeure incertaine.
« Il peut se passer des mois avant qu’un autre premier ministre soit nommé », note le directeur du Centre d'études et de recherches internationales Christian Lequesne. « L’actuel gouvernement pourrait décider d’expédier les affaires courantes tout en ayant présenté sa démission ». Une éventualité renforcée par la volonté de Topolánek de conserver son poste.
L’ancien ministre des affaires Etrangères et actuel vice-premier ministre Alexander Vandr pourrait quant à lui« garder les choses en main » dans un gouvernement de transition, selon Christian Lesquene.
La ratification du Traité de Lisbonne, encore reportée ?
L’inquiétude majeure des Européens sur la crise politique tchèque porte sur la ratification du Traité de Lisbonne, déjà adopté par la chambre des députés le 18 février (EurActiv 19/02/2009).
La chambre haute du Parlement, qui a déjà renvoyé par deux fois ses débats sur le texte, doit l'examiner en avril. Le vote des sénateurs s'annonce incertain, du fait de la forte opposition de nombreux élus ODS (libéraux) au transfert des compétences nationales vers Bruxelles.
« Les sénateurs ODS sont moins prévisibles que les députés », observe Christian Lequesne. Cependant, le directeur du cycle est-européen de Sciences-po Dijon, et candidat aux élections européennes pour les démocrates européens (SNKDE) Lukáš Macek table sur un opportunisme des sénateurs. Selon lui, un scénario devient probable. Les sénateurs pourrait attendre les ratifications irlandaise et allemande du Traité. Mais si à l’automne la République tchèque est la dernière à n’avoir pas ratifié, même les sénateurs ODS accepteront, estime-t-il. « Je vois mal les Tchèques couler le projet ». Reste que le président Klaus devra lui aussi approuver le Traité, dont il est un farouche opposant.
Une présidence "très bien préparée"
A Bruxelles, on s’inquiète, tout en se voulant rassurant. Mercredi 25 mars dans une déclaration apaisante, le président de la Commission Barroso a voulu dédramatiser le changement politique. Dans l'Union européenne "nous avons des responsabilités à l'égard des autres", a-t-il dit, "les gouvernements changent, c'est très habituel car nous sommes heureusement en démocratie. Mais il est important qu'il y ait une responsabilité de l'Etat" pour tenir les engagements qui ont été pris.
Mais pour Christian Lesquen, José Manuel Barroso « aurait mieux fait de s’abstenir. Cela risque d’être pris comme une nouvelle pression extérieure sur un jeune Etat membre. »
Quand à la gestion des dossiers de la présidence, Lukáš Macek, se réjouit de les voir confiés à des fonctionnaires et à des diplomates connaissant bien leur sujet. « Sur le plan technique, ils sont très bien préparés ».
« Cette crise politique pousse jusqu’au bout les contradictions qui menacent la cohérence de cette présidence », souligne-t-il, entre une administration consciente des enjeux européens et une classe politique « pas à la hauteur ».
"L'opposition a saboté la présidence"
La crise politique a porté un coup très dur à la crédibilité de la République tchèque, jeune Etat membre, dont la présidence européenne représentait un test politique et un outil de crédibilité. « En votant la chute du gouvernement, l’opposition a saboté la présidence », explique Lukáš Macek. « Qu’un pays ne se montre pas capable de mettre entre parenthèses pendant six mois ses discordances internes n’est pas un signal positif pour sa fiabilité », ajoute-t-il.
« Plus grave, l’opposition a donné les clés du jeu politique au président Klaus », eurosceptique convaincu. Dans la constitution tchèque, le président de la République dispose de prérogatives très limitées. Son seul pouvoir réel repose sur la nomination du premier ministre et donc du gouvernement, « un pouvoir inespérée ».
Lukáš Macek se dit pessimiste sur l’issue de la crise et sur sa gestion par le président Klaus. En se comportant « en ennemi juré de la construction européenne et du Traité de Lisbonne, il pourrait faire passer des moments difficiles à l’UE. »
Prochaine échéance, les 5 et 6 juin, date à laquelle les Tchèques éliront leurs 24 députés européens. "Ils pourraient être dégoûtés de la politique et risquent de ne pas aller dans les bureaux de vote", a indiqué Christian Lesquene. A moins qu’ils ne saisissent l’occasion des européennes pour confirmer ou infirmer le vote de défiance du 24 mars. C’est en tout cas l’hypothèse que formule Lukáš Macek, qui prévoit un fort taux de participation. « Les élections européennes pourraient être vues comme une répétition générale de l’élection des députés. A cela s’ajoute l’éventualité que les Tchèques donnent une couleur politique intérieure » à ce scrutin, poursuit-il. « Beaucoup d’électeurs n’en perçoivent pas encore les enjeux à long terme. »



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