Quelques heures avant le début du sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée, Dorothée Schmid, en charge des relations euro-méditerranéennes à l’Institut français des relations internationales (IFRI) pose, pour Euractiv.fr, un regard très critique sur le projet, aussi bien sur le fond que sur la forme.

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La Méditerranée, au-delà du cynisme
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Le Sommet de Paris va être l’occasion de “tester une forme d’intérêt [sur l’Union pour la Méditerranée] mais il est probable que ce soit un intérêt politique et qu’il ne se passe pas grand-chose au Sommet en lui-même”, déclare d’emblée Dorothée Schmid. En cause, l’absence de décision au Sommet sur la structuration institutionnelle de l’Union pour la Méditerranée (UPM).
Ni institutions, ni financement
La chercheuse souligne les nombreux doutes qui subsistent à ce sujet. Le fait de créer des institutions « est une idée largement partagée sur le fond, mais dont on sait qu’en pratique elle est difficile à faire vivre », affirme-t-elle. Le « comité permanent euro-méditerranéen » aura-t-il un vrai rôle politique? Pourra-t-il fonctionner correctement, malgré les conflits internes?
Quant à la question du plan de financement des projets évoqués, tels que la dépollution de la Méditerranée ou le plan solaire, par exemple, elle ne sera pas résolue lors du Sommet.
“Les Turcs ne s’intéressent pas vraiment à la question méditerranéenne”
Au cours de l’entretien, Dorothée Schmid revient également sur la position d’Ankara, qui a attendu longtemps avant de confirmer à la France que le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, assisterait au sommet au Grand Palais. « Les Turcs ne s’intéressent pas vraiment à la question méditerranéenne », explique Dorothée Schmid à EurActiv.fr. « Ils ont bien conscience que les Français essayent d’effacer le mot “adhésion” de pratiquement tous les documents officiels et de rendre la perspective de l’adhésion de plus en plus floue. »
Et pas question, pour la chercheuse, d’assimiler la venue à Paris de tous les dirigeants de la région à une adhésion au projet. La Syrie est réconciliée avec Paris depuis que la situation au Liban s’est débloquée et Israël voit en l’UPM un moyen de rentrer dans une communauté dont le pays est exclu habituellement.
Selon Dorothée Schmid, “la présence de tous ces chefs d’Etat repose sur un bricolage diplomatique à court terme – certes brillant - et (…) ne signifie pas grand-chose en termes de projet collectif”.
Les plus mauvaises circonstances politiques depuis 15 ans
Alors que la région connaît une crise généralisée, « le grand défaut de l’ensemble du projet depuis le départ a été de croire que nous pourrions parvenir à lancer la dynamique de coopération en Méditerranée, alors que nous connaissons probablement les plus mauvaises circonstances politiques de ces 15 dernières années », estime Dorothée Schmid. Un projet lancé au mauvais moment, donc, par une « diplomatie française qui a ramé à contre-courant pendant des mois sur le sujet ».
Aujourd’hui, « l’administration française continue d’envoyer des messages contradictoires », poursuit la chercheuse. Elle va même jusqu’à émettre des « doutes sur l’utilité de cette “union”, qui a déjà changé plusieurs fois d’appellation et de contenu. »
Un problème de méthode
Mais le problème, explique-t-elle, est lié aussi bien au fond qu’à la méthode adoptée pour mettre sur pied le projet de l’UPM. Et la chercheuse de revenir sur les difficultés auxquelles le Quai d’Orsay et l’Elysée ont été confrontés ces derniers mois : bras de fer entre institutions européennes et administration française, « recadrage » des Allemands début 2008…
Du coup, une question reste entière: l’articulation juridique entre l’Union pour la Méditerranée et l’Union européenne. « Comment l’UPM va-t-elle s’insérer dans les structures de l’UE si ce projet devient véritablement européen? », demande la chercheuse, avant d’ajouter : « Personne ne le sait. »




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