Pari tenu. Actuellement à la tête du Conseil européen, la France a réussi à obtenir un consensus des 27 sur l’attitude à adopter face à la Russie dans la crise géorgienne. «Le consensus a été relativement facile », a souligné Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet. Une formule diplomatique qui laisse entendre la difficulté de parvenir à un compromis, tant les divergences entre Européens sur la mise en place de sanctions ou non contre la Russie sont importantes. (EurActiv.fr 01/09/08)

Deux conceptions s’opposent en effet en Europe. Les anciens pays du bloc soviétique, le Royaume-Uni et la Suède sont partisans de sanctions fermes contre la Russie, alors que les pays de la «Vieille Europe» sont plus modérés.

Pas de sanctions contre Moscou

Comme cela avait été annoncé par la Présidence française, aucune sanction n’a été prévue contre Moscou. «Cette réunion n’était pas dirigée contre la Russie», a tenu à rappeler Nicolas Sarkozy. «La solution de la crise entre l’Europe et la Russie n’est pas militaire. On n’a pas vu la fin de la dictature communiste pour réembrayer sur une nouvelle guerre froide », a ajouté Nicolas Sarkozy. Les 27 ont toutefois condamné la riposte «disproportionnée» des Russes au conflit qui a éclaté en Géorgie le 7 août.

Le report de toutes les réunions de négociation de l’accord de partenariat renforcé avec la Russie a cependant été décidé par les Etats membres, tant que le retrait des troupes sur les positions antérieures au 7 août n’est pas effectif. «Il faut être deux pour un partenariat», n’a pas manqué de rappeler Nicolas Sarkozy.

Afin de faire respecter l’accord de cessez-le-feu du 12 août dernier, le chef de l’Etat français, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le Haut représentant pour la politique étrangère de l’UE, Javier Solana, se rendront à Moscou le 8 septembre prochain. (EurActiv.fr 27/08/09) La rencontre a été confirmée dans la soirée par le président russe, Dimitri Medvedev.

Signé en 1994, le renouvellement de l’accord de partenariat UE/Russie a été bloqué pendant près de dix ans avant qu’Européens et Russes ne reprennent les négociations au début de l’été. A noter que les échanges commerciaux entre l’Europe et la Russie ont triplé depuis 2000 pour s’élever actuellement à près de 233 milliards d’euros.

Aide financière à la Géorgie

Le Conseil européen fera le point sur la situation le 15 septembre prochain. En attendant, l’UE a annoncé son intention d’accorder une aide financière à la Géorgie: création d’une zone de libre-échange, facilitation des visas de courte durée, accord de réadmission. Une conférence internationale des donateurs sera également convoquée afin d’aider à la reconstruction du pays. Deux souhaits conformes aux vœux de Tbillissi. (EurActiv.fr 01/09/08)

Et si la Russie ne retirait pas ses troupes? «Si ce moment vient, je prendrai mes responsabilités, mais ce moment là n’est pas venu», a affirmé le chef de l’Etat français.

Avant d’ajouter: «Il faut donner sa chance à la diplomatie le 8 septembre. Si ça marche, l’UE aura prouvé son efficacité; si cela ne marche pas, on se réunira et on prendra d’autres décisions, mais il faut graduer les choses.»

Analyse:

«L’Europe montre à la Russie des limites sans pour autant l’exclure du dialogue», analyse Laure Delcour, directrice de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de la Russie.

Mais la chercheuse estime que la suspension des négociations de l’accord de partenariat UE-Russie n’a pas un poids fondamental dans la négociation. «Ce qui pèserait vraiment, estime-t-elle, c’est de revenir sur le contenu de cet accord. Mais si elle était adoptée, cette mesure ne pourrait être que temporaire», estime-t-elle.

La Russie, qui a annoncé en début de semaine qu’elle respecterait en totalité l’accord en six points, devrait retirer ses troupes de Géorgie, sans que cela soit directement lié aux mesures prises par les chefs d’Etat et de gouvernement à l’issue du sommet de Bruxelles.

Mais alors, ce sommet aura-t-il été utile? «Cette réunion sert à donner un signal fort à la Russie, répond Laure Delcour. C’est sans doute ce que souhaitait la présidence française. Ce qui importe le plus, c’est le consensus auquel sont parvenus les Européens malgré leurs désaccords au départ. Ce qui a permis ce consensus, c’est l’accord sur l’aspect “disproportionné” de la réaction de la Russie.»

Autre point frappant, pour la chercheuse: la latitude laissée à chaque Etat pour «déterminer librement sa politique étrangère et ses alliances», dans l’article 3 des conclusions. «On peut non seulement y voir un signal vers la Géorgie, mais aussi un rappel que chaque Etat européen gère librement ses relations avec les autres pays.»

«Depuis l’élargissement de 2004, c’est la première fois que l’UE parvient à s’imposer comme médiateur dans une crise qui se déroule dans la région», conclut la chercheuse.