Diagnostic:

Les citoyens européens veulent savoir ce que leur apporte l’Union européenne dans le contexte de la mondialisation : les Européens sont-ils capables de mettre en place une stratégie commune qui renforce la compétitivité de chaque économie nationale ? Or, quinze ans après la réalisation d’un grand marché intérieur et près d’une décennie après la création de l’Union monétaire, l’Union manque encore désespérément d’une politique de compétitivité globale.

Certes, l’Union dispose du marché intérieur le plus étendu et le plus riche au monde. Elle est l’une des premières puissances commerciales mondiales, étant notamment leader dans le secteur des services.

Mais des défis externes et internes à l’Europe risquent d’infléchir ce développement dans les années à venir : vieillissement de la population européenne, gestion de la charge économique liée au renversement de la pyramide des âges, baisse de la compétitivité des industries européennes dans un contexte de mondialisation accrue, décrochage croissant avec les Etats-Unis en termes d’innovation technologique, de création d’emplois, etc.

Ces constats ont fondé l’adoption en mars 2000 de la stratégie de Lisbonne. Son objectif : faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus dynamique au monde » à l’horizon 2010. Pour y parvenir, l’Europe doit accroître les efforts en matière de recherche et développement, d’innovation, de technologies de l’information et de la communication, ainsi que moderniser son modèle social. Son taux de croissance potentielle doit être accru grâce à la réforme des marchés nationaux du travail et à l’achèvement du marché intérieur des services.

A trois ans de son terme, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que cette stratégie a échoué. L’erreur centrale a consisté à croire que les externalités positives à attendre d’une action coordonnée entre les Etats membres inciteraient ceux-ci à engager les réformes recommandées à Lisbonne. Dans ses Mémoires, Jean Monnet observait déjà que la coordination n’est que « l’expression du pouvoir national, tel qu’il est ; elle ne peut pas le changer, elle ne créera jamais l’unité ». Avec Lisbonne, l’Union en fait l’amère expérience. Mais pouvait-elle s’offrir le luxe d’une décennie de quasi-inaction ? Depuis 2000, la part des exportations européennes stagne, tandis que celles de nos concurrents progresse.

Solutions envisagées:

Si les Européens veulent maintenir leur niveau de prospérité, ils doivent sortir du statu quo actuel et repenser la méthode de coordination au sein d’une politique de compétitivité globale.

Pour ne pas connaître les mêmes mésaventures de la stratégie de Lisbonne, cette nouvelle politique doit être guidée par les quatre principes-clefs suivants :

  • La réalisation d’objectifs clairs à un horizon temporel déterminé doit s’appuyer sur une incitation formelle des Etats membres à agir. La solidarité européenne ne peut s’exercer indéfiniment au profit des pays qui refusent de mettre en œuvre les principes de compétitivité globale. A l’inverse, ceux qui réalisent les objectifs doivent être soutenus dans leurs efforts, par exemple au travers de prêts bonifiés accordés par la BEI ou en sortant du Pacte de stabilité et de croissance les dépenses publiques dans le domaine de l’innovation, de la R&D.

Pour être effectives, ces incitations ne doivent plus relever de la coordination des Etats membres mais de la Commission européenne. Cette dernière doit pouvoir établir annuellement un classement des pays en fonction de la réalisation des objectifs de compétitivité fixés.

  • La compétitivité globale comprend l’ensemble des mesures garantissant sur le plan interne comme externe la compétitivité de l’Union. La politique commerciale commune doit être définie en fonction des impératifs internes de développement industriel, technologique et de R&D. L’UE sera d’autant plus crédible sur le plan extérieur qu’elle parviendra à achever son marché intérieur : elle doit lever les derniers obstacles à la réalisation du marché intérieur des services aux entreprises et des services financiers, et parvenir à créer un marché européen du travail.

  • Les pays qui souhaitent avancer plus rapidement ensemble sur la politique de compétitivité doivent pouvoir le faire sans entrave. Le groupe constitué par les Etats membres ayant adopté l’euro constitue une base pertinente sur laquelle construire de nouvelles coopérations dans les domaines industriel, de l’innovation, de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle, etc. Sur le modèle de l’Eurogroupe, les ministres de l’Industrie, de l’Education, etc. des Etats de la zone euro pourraient se réunir de façon informelle et régulière pour évoquer les problèmes d’intérêt commun.

En outre, la coopération franco-allemande doit assumer ses responsablités et initier une nouvelle relance ouverte aux autres Etats membres.

  • Aucune politique européenne ne peut réussir sans le soutien actif des citoyens, des acteurs socio-économiques, des élus nationaux et régionaux, etc. Mais, encore faut-il qu’ils soient informés de l’existence d’une telle politique et de ses résultats pour se l’approprier.

Une vaste campagne de communication (conduite par la Commission et le Parlement européen mais aussi par les gouvernements nationaux) doit être lancée à l’attention de ce public sur les principes de compétitivité globale.

Cette campagne serait relayée par un débat annuel au sein de chaque Parlement national à l’occasion de l’adoption des budgets nationaux. Tous les trois ans, les orientations de la politique de compétitivité globale de l’Union devraient être rediscutées lors d’un débat mené à l’échelle européenne avec l’ensemble des parties prenantes (représentants des États membres, partenaires socio-économiques, parlementaires nationaux et européens, BCE).