Le 1er septembre, les chefs d‘Etat et de gouvernement des 27 seront à Bruxelles pour un sommet exceptionnel sur les relations UE-Russie à l’aune de la crise géorgienne. Une réunion qui s’annonce tendue après la reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.
Des sanctions contre la Russie sont « envisagées », entre « autres moyens », a indiqué Bernard Kouchner le 27 août lors d’un point de presse. Avant de rectifier avec précaution : « les sanctions seront évoquées mais je ne sais pas si elles seront envisagées ». La présidence française de l’UE veillera plutôt à dégager un compromis indispensable face à une « crise grave », a-t-il précisé.
Ces propos ne semblent pas du goût des Russes. Le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, a aussitôt répliqué, via une agence de presse russe : « Mon ami Kouchner a aussi déclaré que nous allions attaquer la Moldavie, l’Ukraine et la Crimée mais cela relève d’une imagination maladive et s’applique probablement aussi aux sanctions. »
Cet échange tendu s’est achevé, jeudi 28 août, sur Europe 1 lorsque Bernard Kouchner a estimé : « La France n’a pas l’esprit malade, les Russes sont un peu nerveux ces temps-ci, je le comprends »
Gérer la crise
Pour Didier Chaudet, chercheur à l’Ifri (Institut français des relations internationales), les Européens ne s’attendaient pas à ce que les Russes déclarent l’indépendance des deux provinces”aussi rapidement”.
Bernard Kouchner s’est lui interrogé, mardi 27, sur le plateau du 20h de France 2, sur la rapidité de la crise: « comment s’est-on laissé entraîner ? Il y avait des tas de provocations ». Hier, tirant les leçons de la crise, le ministre a donc insisté sur le fait que la politique européenne de défense devait mettre en place des mécanismes de prévention.
Alors que les Russes affirment qu’ils n’ont « peur de rien, y compris d’une guerre froide », le ministre français a répété qu’« il n’y a pas que des notions de guerre. Essayons de faire en sorte que la diplomatie fonctionne ».
Ce qu’on peut attendre du sommet
Lundi 1er septembre, le point de départ des discussions sera les six points du cessez-le-feu. Seuls les deux premiers sont aujourd’hui respectés. Puis « on verra bien s’il faut en ajouter d’autres », a indiqué Bernard Kouchner devant la presse, ajoutant qu’il était possible « qu’une délégation européenne prenne la route de Moscou à l’issue du sommet. »
Les Européens discuteront également d’un possible déploiement d’observateurs européens en complément de ceux de l’OSCE. 20 sont sur place mais il faudrait en ajouter 100, selon Kouchner qui espère l’accélération du processus.
L’Allemagne a aussi proposé une conférence internationale sur la reconstruction géorgienne. « Ce n’est pas comme tel à l’ordre du jour mais j’imagine que les Allemands le remettront sur la table, » indique la porte-parole adjointe chargée des questions européennes au Quai d’Orsay, Anne Boillon.
Pas de rupture avec la Russie
La France ne souhaite pas « couper les relations avec la Russie », a indiqué Bernard Kouchner. Un choix sage selon le chercheur Didier Chaudet qui estime que si l’UE stoppait les négociations pour un partenariat UE-Russie, débutées en juin, les conséquences économiques en Russie seraient importantes. En outre, l’UE diminuerait fortement sa capacité de dialogue avec Moscou.
Selon lui, la mise en place par l’UE d’une diplomatie préventive Ukraine- Russie- UE serait intéressante, afin de prendre en compte l’avis politique de la Russie. Une façon de répondre aux accusations du ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, selon lequel l’Occident a humilié la Russie pendant 10 ans en lui demandant uniquement de fournir de l’énergie et d’accueillir ses investissements.
CONTEXTE:
La Géorgie est en guerre avec la Russie depuis le 9 août, à la suite de tensions en Ossétie du Sud. Dès le lendemain, la Présidence française de l’UE a envoyé sur place son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.
Le 12, les deux belligérants ont accepté le cessez-le-feu proposé par l’UE, qui prévoit la cessation immédiate des combats et le retrait des forces militaires russes et géorgiennes sur les lignes antérieures au conflit. Or, la Russie tarde à retirer ses troupes, maintenues en Ossétie du Sud et à Poti, au bord de la Mer Noire.
Le plan prévoit également l’ouverture de discussions internationales sur le statut des deux régions frontalières mais le président russe, Dmitri Mevedev, semble avoir clôs les discussions en reconnaissant l'indépendance des deux régions le 26 août.




Réagissez