Après l’annonce de Nicolas Sarkozy de conditionner sa participation à la cérémonie d’ouverture des JO à la reprise du dialogue entre la Chine et le Tibet, les réactions recueillies par Euractiv.fr envers les propos du futur président de l’UE sont plutôt réservées.

En bref:
Au cours d’une visite à Cahors, le président Nicolas Sarkozy a précisé qu’il déterminerait les conditions de sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le 8 août à Pékin, « en fonction de la reprise du dialogue entre la Chine et le dalaï-lama ».
En fonction de la reprise du dialogue, mais pas seulement, rappellent quelques responsables européens. En août, Nicolas Sarkozy présidera en effet le Conseil de l’Union européenne. Il devra donc prendre en compte l’avis de ses 26 partenaires.
Le Parlement européen, réuni mercredi 9 et jeudi 10 avril à Bruxelles en session plénière, devrait adopter une résolution commune condamnant fermement « la répression brutale exercée par les forces de sécurité chinoises contre les manifestants tibétains » ainsi que tous les actes de violence « quelle qu’en soit l’origine ». Dans sa version provisoire, les eurodéputés demandent notamment à la Chine d’ouvrir le Tibet aux médias étrangers, d’enquêter sur les émeutes et les répressions survenues au Tibet et de mener un « dialogue constructif » avec le dalaï-lama.
Ce texte, déposé par 44 eurodéputés, est en fait le résultat de la fusion de six propositions de résolution sur le Tibet déposées par autant de groupes politiques (Verts/ALE, HUE/NGL, PSE, PPE-DE, ALDE, UEN).
Positions:
L’Anglais Graham Watson, président de l’ALDE, estime que la position de Nicolas Sarkozy « reflète bien ce qui se passe au Parlement européen », faisant référence à la résolution proposée aux eurodéputés lors de la prochaine plénière. « De ce point de vue, sa présidence s’annonce bien », poursuit-il, avant d’ajouter: « Je suis sûr que Nicolas Sarkozy ne fera pas l’erreur de ne pas consulter ses partenaires européens avant d’annoncer sa décision. Je suppose que lorsqu’on est élu président de la République, on sait que la consultation est la base de la vie politique. Quoiqu’il en soit, en agissant, M. Sarkozy devra avoir l’appui des autres dirigeants européens. »
Membre du groupe ALDE, Marielle de Sarnez estime pour sa part que « le président de la République oublie qu’il va présider l’Union européenne a partir de juillet. Depuis le premier jour, il devrait travailler à une position commune entre les différents partenaires. » Pour Mme de Sarnez, « le Conseil européen a failli », rendant ainsi la voix de l’Europe incompréhensible. « Vous pesez quand vous parlez d’une seule voix, ajoute-t-elle. Sinon, impossible d’être entendu. Dans ce dossier, l’Europe, soutenue par Nicolas Sarkozy, devrait dire: “Nous n’irons pas à la cérémonie d’ouverture…sauf si…”, et pas l’inverse. »
Le président du groupe PPE-DE Joseph Daul partage quant à lui l’avis de Nicolas Sarkozy, en encourageant fortement la reprise du dialogue. « Il prendra sa décision en fonction de ses pairs », assure M. Daul. Avant de relativiser l’affaire: « Pour l’instant, Nicolas Sarkozy n’est pas encore président de l’UE et le contexte peut encore évoluer. »
Même prudence du côté de Pierre Lequiller, président (UMP) de la délégation pour l’Union européenne à l’Assemblée nationale. « Le président a pris une bonne décision, affirme-t-il d’emblée. Mais de l’eau va encore couler sous les ponts. » « La France, le pays des droits de l’homme, se devait d’adopter une telle position, » considère M. Lequiller. Il estime qu’un consensus sur la question parviendra sans doute à se dégager entre les partenaires européens.
Le député des Yvelines affirme néanmoins que si la position française n’est pas en phase avec celle de la majorité de ses partenaires européens, « on pourra trouver des moyens pour que l’Union soit représentée, mais pas la France ». Plus vague lorsqu’il s’agit de préciser de quels moyens il s’agirait, M. Lequiller avance tout de même : « On peut imaginer que M. Barroso aille à la cérémonie d’ouverture, mais pas Nicolas Sarkozy. » A noter que le président de la Commission n’aurait jamais envisagé, selon ses portes-paroles, de se rendre à la cérémonie d’ouverture des JO, quelle que soit la situation.
« La position du chef de l’Etat a un double avantage », résume M. Lequiller. «Elle fait à la fois pression sur la Chine, et pousse les partenaires européens à rejoindre M. Sarkozy. »
Enfin, l’eurodéputé (PSE) Michel Rocard précise que dans ce domaine, « l’Europe aura besoin d’une décision unanime. Il est un peu dangereux d’en préjuger. »




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