Le faible investissement en matière de défense de certains pays européens se «retrouve en Afghanistan», a indiqué à l’AFP Hervé Morin. Le ministre de la Défense a également déclaré que les pays «d'Europe, à part la France et la Grande-Bretagne, ont décidé il y a très longtemps de désarmer. Ils n'ont pas consacré assez d'argent pour leur défense et leur sécurité.»
Les déclarations du ministre sont une nouvelle fois l’occasion pour la France de se lamenter de la faiblesse des budgets militaires de ses partenaires européens. Ces propos interviennent à 15 jours de la réunion informelle des ministres européens de la Défense, qui se tiendra à Deauville les 1er et 2 octobre 2008.
La Présidence française de l’UE a fait du renforcement de la PESD – aujourd’hui au point mort – l’une de ses priorités. Toutefois, les critiques adressées par Hervé Morin ne sont pas forcément pertinentes : en tant que Présidente du Conseil européen, la France se doit d’être le porte-voix de l’ensemble des pays européens et travailler au compromis.
S'il est vrai que l’Hexagone est, avec le Royaume-Uni, le principal acteur de la défense européenne, Fabio Liberti, chercheur à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques) et spécialisé sur les questions de défense, considère pour sa part qu’«il est singulier pour la France de réclamer des efforts supplémentaires à ses partenaires européens sur la défense, alors que le nouveau Livre blanc diminue les budgets militaires français.»
«Le développement de la défense européenne ne dépend pas de la Présidence française», note pour sa part Philippe Morillon, député européen (ALDE) et Vice-président de la délégation des relations avec l’Afghanistan du Parlement européen. Pour l’eurodéputé, «le choix des Européens est simple : soit ils prennent en charge leur défense, soit il restent des vassaux des Américains.» Philippe Morillon déplore, tout comme Hervé Morin, le fait «que les fonds ne suivent pas» et indique qu’«il faut à la fois dépenser mieux et dépenser plus.»
Pas de renforcement des capacités militaires européennes
A Deauville, la France tentera de relancer le débat sur les capacités militaires européennes et la Stratégie européenne de sécurité de 2003. Selon M. Morillon, les arguments en faveur d'une telle politique ne manquent pas: «Dans un monde où le centre de gravité se déplace de l’Atlantique vers le Pacifique, il est nécessaire de repenser l’avenir de la défense européenne et de l'OTAN. C’est d’autant plus vrai que 70% des Européens sont favorables à la mise sur pied d’une armée européenne.»
Cependant, peu de résultats concrets sont attendus dans les prochains mois. Si le processus de mutualisation des efforts militaires semble inévitable sur le long terme, l’absence d’une politique étrangère européenne réellement intégrée joue en défaveur d’une l’Europe de la défense crédible.
Ainsi, Fabio Liberti doute d’une augmentation des budgets militaires en Europe, «à moins d’un conflit majeur, les Etats membres ayant d’autres priorités.» Le chercheur insiste sur l’intérêt de dépenser mieux: «L’amélioration des capacités de défense européennes passe par une mutualisation des moyens, or l’Europe achète encore 27 types d’uniformes différents.»
Début octobre, les ministres européens de la défense discuteront également des opérations militaires en cours. C’est en particulier la mission de l’EUFOR au Tchad qui est à l’ordre du jour, les Européens espérant passer le relai à l’ONU à la fin de leur mandat, le 15 mars 2009.



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