«J’ai entendu que je suis l’obstacle à la coopération politique pour assurer les réformes nécessaires, à une majorité gouvernementale stable, à une attitude responsable de l’opposition», a déclaré le premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsány aux militants de son parti, le parti socialiste hongrois (MSZP). «Je mets ainsi un terme à cet obstacle », a-t-il ajouté.

Personne ne s’attendait à l’annonce du Premier ministre, pas même les analystes politiques les plus expérimentés. 

Les prochaines élections parlementaires sont prévues pour la mi-2010. Au lieu d’organiser des élections anticipées, les législateurs éliront le successeur de M. Gyurcsány le 14 avril. Le nouveau Premier ministre aura besoin du soutien de l’opposition de centre-droit.

Des rumeurs ont circulé tout au long du week-end sur l’identité du prochain premier ministre, mais jusqu’à présent, les socialistes sont restés vagues. Andras Simor, président de la Banque nationale hongroise, a fait partie des personnalités évoquées pendant le week-end.

En effet, alors que la crise économique et financière s’intensifie, le MSZP semble rechercher un expert capable de sortir le pays de la débâcle. 

Un membre du gouvernement hongrois a déclaré à EurActiv que le nouveau Premier ministre «ne sera pas issu de la sphère politique». «Ce ne sera pas vraiment un gouvernement composé par des professionnels de la politique», a indiqué cette même source.

Toutefois, le nom du candidat socialiste ne sera pas connu avant le 6 avril, après consultation entre les leaders du MSZP. M. Gyurcsány lui-même n’exclut pas la possibilité d’une coalition plus large, a-t-il déclaré à la télévision nationale. Mais le parti de centre-droit, Fidesz, a rejeté cette option. Les socialistes ont également refusé le candidat proposé par le Forum démocrate hongrois (MDF), Lajos Bokros, dans la mesure où il est déjà candidat aux élections européennes. 

Le Fidesz et le MDF font pression pour que des élections anticipées aient lieu en même temps que les élections européennes, le 7 juin. Il est peu probable qu’ils parviennent à leurs fins. 

Parallèlement, le forint, la devise hongroise, a connu une baisse sans précédent face à l’euro.

La décision du premier ministre hongrois de quitter sa fonction est une mauvaise nouvelle pour Moscou, peut-on lire dans le quotidien russe Kommersant. «Parmi les dirigeants européens, M. Gyurcsány est le plus grand partisan du projet de gazoduc South Stream (qui a la préférence de Gazprom). Si le soutien à South Stream diminue dans l’UE, il serait d’autant plus difficile de réaliser le projet», estime le journal.

Démissions en cascade

Le Premier ministre hongrois n’est pas la première victime de la récession accrue que connaissent les marchés émergents en Europe. Le gouvernement letton a démissionné un mois auparavant, à la suite des émeutes (EurActiv.com, 14/01/2009) qui ont éclaté sur fond de crise économique. L’administration lituanienne, le premier Etat balte a avoir été touché par la crise, a aussi été battue aux élections de l’automne 2008.

De même, le gouvernement irlandais s’est effondré à la suite de la crise économique mondiale. Quant à la Belgique, elle a également élu un nouveau gouvernement depuis que la crise a touché l’Europe.