La Suède a l’une des politiques d’asile les plus accueillantes d’Europe, et elle entend encourager l’adoption d’un système d’asile commun quand elle prendra la tête de l’UE le 1er juillet (EurActiv 10/06/09).

Le gouvernement suédois a souligné ses ambitions progressistes en matière d’immigration, plaidant pour une «politique humaine pour les réfugiés». La Suède a avancé qu’elle s’opposerait à la tendance actuelle consistant à fermer de plus en plus les frontières européennes.

Cependant, le gouvernement a aussi émis un avertissement clair à l’égard de ses partenaires européens. «Si la Suède doit endosser une part disproportionnée de la prise en charge de réfugiés dans le monde, la durabilité de notre système d’asile pourrait être remise en question», indique la déclaration de la future présidence suédoise.

La solution, explique la Suède, est évidente: «Tous les Etats membres de l’UE doivent partager la responsabilité d’offrir une protection aux réfugiés. C’est pour cela que le but du pays sera d’aboutir à des règles communes pour les pays de l’Union.»

La Suède a une autorité morale considérable sur ce sujet, selon Bjarte Vandvik, secrétaire général du Conseil européen pour les réfugiés et les exilés (CERE). S’exprimant pour EurActiv.com, M. Vandvik a noté que «si l’on fait attention aux chiffres, la Suède reçoit le même nombre de demandeurs d’asile par rapport à la population maltaise totale, voire davantage».

En effet, la Commission européenne a appelé le 10 juin, à travers deux communications, à la mise en place d’un programme relevant du pilier Justice et Affaires Intérieures. Insistant sur le partage des charges et de la solidarité entre les Etats membres, l’exécutif européen souhaite s’orienter vers un encadrement commun de l’asile.

Une absence de volonté politique, selon les experts

«Cependant, bien que la présidence suédoise ait des ambitions élevées, il y a très peu de chances pour que ces objectifs soient atteints», commente un spécialiste des questions migratoires.

S’exprimant sous couvert d’anonymat, cette source estime que «le Programme de Stockholm résume toutes les bonnes intentions relatives à l’harmonisation et au travail commun mené en matière d’immigration et de protection des réfugiés».

«Toutefois, nous savons qu’il n’existe pas de volonté politique, et encore moins de consensus au Conseil, pour réaliser ce projet», ajoute-t-il. «Tous les efforts précédents pour harmoniser les systèmes d’immigration et d’asile européens ont échoué», explique cette même source.

Cette réalité se traduit par «l’empressement actuel de la Commission d’exhiber le nouveau Bureau d’appui pour l’asile». Mais la Commission fait diversion: «Nous n’avons pas réussi à avoir ce que nous voulions en matière de système commun d’asile, mais nous sommes heureux de vous présenter ce magnifique bureau que nous avons créé à la place», explique-t-on au Bureau d’appui.

Bjarte Vandvik, du CERE, acquiesce. «Même avec la meilleure volonté des Suédois, je pense qu’ils sont dans une position difficile. Ils ont un Parlement tout neuf qui doit encore appréhender l’importance de ces sujets d’un point de vue procédural. Ce Parlement est bien plus à droite et conservateur, et il devrait être plus sceptique sur les questions d’harmonisation», explique-t-il.

Il pense toutefois que des accords sont possibles, notamment pour la sortie des réfugiés des camps ou la mise en place de quotas.

Une Europe à droite

La situation politique actuelle de l’UE pourrait aussi être un obstacle pour les ambitions suédoises. Le centre-droit dirige actuellement 20 des 27 Etats membres, et ressort gagnant des élections du Parlement européen (EurActiv 08/06/09).

Traditionnellement, le centre-droit a une position plus dure concernant les questions d’immigration et d’asile, et un certain nombre de pays européens devraient s’opposer de manière véhémente aux projets suédois.

«Ma plus grande inquiétude, explique Bjarte Vandvik, est de voir l’UE continuer avec cette politique de fermeture des frontières, comme cela a été le cas jusque-là.»

«Faire que les contrôles aux frontières soient efficaces, faire que les mesures de sécurité soient efficaces, et finalement ne pas avancer sur les autres sujets serait une erreur», explique-t-il. «Je pense qu’un système européen commun d’asile vraiment harmonisé ne verra pas le jour. Cela reste une chimère», conclut-il.  
 
POSITIONS :

L’ambition de la future présidence suédoise, telle qu’elle la décrit sur son site internet, vise à ce que «l’Union assume sa part de responsabilité pour la protection internationale des réfugiés». Et de préciser toutefois: «Si la Suède doit endosser une part disproportionnée de la prise en charge de réfugiés dans le monde, cela pourrait remettre en question la durabilité de notre système d’asile.»

«Tous les Etats membres de l’UE doivent partager la responsabilité d’offrir leur protection aux réfugiés. C’est pourquoi des règles communes pour les pays de l’UE sont l’un des objectifs principaux du gouvernement dans le domaine de la migration», conclut la déclaration.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré qu’ «à l’avenir, l’action de l’UE doit viser avant tout à assurer le meilleur service possible dans une région où la liberté, la sécurité et la justice sont tangibles pour tout citoyen.»

«Nous voulons promouvoir les droits des citoyens, faciliter leur vie quotidienne, les protéger et pour cela nous devons entreprendre une action européenne efficace et responsable dans ces domaines. Dans ce contexte, j’attache une importance particulière à la politique d’immigration. C’est cette vision que la Commission souhaite voir débattue au Conseil et au Parlement Européen en vue de l’adoption du nouveau programme de Stockholm par le Conseil européen de décembre 2009», a-t-il déclaré.

PROCHAINES ETAPES :

  • 1er juillet - 31 décembre 2009 : début de la présidence suédoise
  • 15-17 juillet 2009 : première discussion de haut niveau sur le Programme de Stockholm lors de la rencontre informelle des ministres JAI à Stockholm
  • 10-11 décembre 2009 : adoption attendue du Programme de Stockholm au Sommet européen