Un ballon d’essai. L’information révélée par le quotidien Le Monde, mercredi 22 octobre, selon laquelle «Nicolas Sarkozy veut diriger la zone euro jusqu’en 2010», serait-elle une sonde lancée par l’Elysée pour tâter le terrain auprès de ses partenaires européens?
Lors de son intervention devant le Parlement européen, le 21 octobre, le président français a une nouvelle fois évoqué la nécessité de mettre en place un gouvernement économique européen. Cette idée, répétée à l’envi par Sarkozy depuis son élection en juin 2007, prend un sens différent en pleine crise financière. Surtout depuis le sommet extraordinaire, qui a réuni à Paris les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro le 12 octobre, et qui a permis de trouver un consensus européen pour tenter de résoudre la crise.
Considérant anormal que les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro ne se soient jamais réunis depuis la création de cette instance, Sarkozy a proposé de maintenir ce type de rencontre à l’avenir, en plus de celles des argentiers de la zone euro. «Qui peut penser que les ministres des Finances auraient pu débloquer 1800 milliards d’euros?», a lancé le président en conférence de presse.
«Si on pense que la crise n’est pas grave, qu’elle va se résoudre, on n'a pas besoin d’un Eurogroupe format chefs d’Etat et de gouvernement. Si on pense qu’après la crise financière on aura une crise économique, c’est intéressant qu’on se parle, ne serait-ce qu’en faisant du benchmarking», a déclaré Sarkozy.
«Une Europe qui incarne quelque chose»
Le président français n’a pas clairement répondu aux questions concernant la périodicité de ces rencontres. Ni à celles sur son président. Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a été nommé en 2005 à la tête de l’Eurogroupe, une instance informelle non régie par les traités et qui réunit les ministres des Finances de la zone euro. A la fois Premier ministre et ministre des Finances de son pays, il était le candidat idéal.
Il a toutefois nuancé la possibilité pour Juncker de diriger cette nouvelle instance. «Jean-Claude Juncker ferait un très bon président de l’Eurogroupe (ndlr: format chef d’Etat et de gouvernement). Il faudrait qu’on l’élise…»
«J’ai essayé de créer l’unité de l’Europe. Je ne laisserai pas revenir sur l’ambition d’une Europe volontariste», a ajouté juste après le président avant de revenir sur l'une de ses marottes: «On a dans six mois des élections européennes. Il faut une Europe qui protège, qui incarne quelque chose.» L’ambition est donc là.
Le quotidien Le Monde indique avoir reçu la confirmation de cette « offensive » présidentielle de «plusieurs conseillers de l’Elysée», après l’intervention de Nicolas Sarkozy au Parlement européen.
Mercredi 22 octobre, des rumeurs dans la salle de presse du Parlement de Strasbourg semblaient indiquer que ces propos émaneraient du conseiller spécial du président, Henri Guaino, et de son sherpa, Jean-David Levitte. Contactés par EurActiv.fr, leurs cabinets ont renvoyé la balle du côté de Franck Louvrier, conseiller en communication et Pierre-Jérôme Hénin, conseiller pour la presse internationale. Malgré plusieurs tentatives, aucun des deux n’a réagi.
A 15h30, personne n’avait entendu parler de cette velléité du président français au cabinet de la chancelière allemande. Avant de préciser dans la soirée qu'Angela Merkel aurait «une discussion à ce sujet avec le président Sarkozy à l'occasion de discussions informelles lors du Sommet de l'ASEM (rencontres Asie Europe) à Pékin». Et d'ajouter: «Le chef naturel de n'importe quel Eurogroupe est le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker».
Echange de bons procédés
Démentant la rumeur, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouet, a indiqué à l’AFP vers 16h qu’aujourd’hui «la question ne se pose pas». Au cabinet du Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, on se borne à se référer à la réponse de Jouyet. «Nous n’avons rien à dire, puisque ce n’est pas à l’ordre du jour… », a ironisé un conseiller de presse.
Difficile de démêler le vrai du faux. Mais une telle situation serait-elle envisageable? Est-il possible de créer une nouvelle instance aussi simplement? Et Sarkozy pourrait-il en être nommé président? Comme le rappelle le député européen Alain Lamassoure (PPE-DE), la structure du Conseil européen, qui réunit quatre fois par an les chefs d’Etat et de gouvernement des 27, est née, en 1974, de la volonté de Valéry Giscard d’Estaing, alors président français et du chancelier allemand, Helmut Schmidt, qui avaient trouvé « invraisemblable que les ministres se rencontrent et les numéros 1 jamais». «On pourrait très bien envisager des réunions de l’Eurogroupe de ce niveau avant chaque Conseil européen», argue M. Lamassoure.
La République tchèque et la Suède, qui seront à la tête du Conseil de l’UE en 2009, ne sont pas dans l’eurozone. Or à en croire la tradition, Nicolas Sarkozy pourrait être le président de cette nouvelle instance. «Si un Etat dispose d’un "opt out" sur une politique et qu’il prend la présidence du Conseil européen, c’est la présidence précédente qui continue à présider les réunions concernées», rappelle Alain Lamassoure.
Quoi qu’il en soit, Nicolas Sarkozy pourrait difficilement s’auto-proclamer président de cet Eurogroupe nouvelle version. «Mais Jean-Claude Juncker pourrait dire que Nicolas Sarkozy a fait un très bon travail pendant la crise. Dès lors, il serait très difficile pour les autres Etats membres de dire quoi que ce soit». Un scénario qui ne serait pas inconcevable, le Premier ministre luxembourgeois ayant, selon Alain Lamassoure «prodigieusement envie d’être président du Conseil européen en 2010», en cas de ratification du traité de Lisbonne.




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