L’Europe doit être « unie », « parler d’une seule voix », « trouver des positions communes »…A ceux qui doutaient de l’intérêt pour la chose européenne du président français, Nicolas Sarkozy a voulu donner tort. Devant le Parlement européen, réuni en session plénière mardi 21 octobre, le président en exercice du Conseil européen s’est livré à un plaidoyer en règle en faveur de l’Europe « qui a des choses à dire », au monde « de l’imagination » et « des idées »...
Crise financière
Défendant l’action de l’Europe, qu’il personnifie au point de la prendre comme sujet principal d’une grande partie de ses phrases, le président français est largement revenu sur la crise financière.
L’action de la Présidence française de l’UE pendant la crise était de la gestion, « pas plus ». Reste à « trouver les vraies réponses », a lancé Nicolas Sarkozy. « Nous ne pouvons pas continuer à porter les déficits de la première puissance mondiale sans avoir notre mot à dire», a-t-il répété.
Revenant sur l’accord trouvé avec le président américain pour organiser une série de sommets en vue de la refonte du système financier international, (EurActiv.fr 20/10/08), le président français a précisé qu’il y aurait des réunions de préparation en Europe avant la première rencontre internationale, mi-novembre.
Il a également évoqué son déplacement en Chine, la semaine prochaine, qui aura pour objectif de convaincre les autorités de participer à la refonte du système. Le président français estime en effet que l’Inde et la Chine ne peuvent en aucun cas être sur un « strapontin ». La série de sommets internationaux devrait donc rassembler le G8 et le G5.
Une fois n’est pas coutume, Nicolas Sarkozy a loué l’action de la Banque centrale européenne (BCE) dans la gestion de crise. Mais il a souligné l’importance d'instaurer un gouvernement économique européen afin de dialoguer avec la BCE. « Qu’on soit pour ou contre, dans la zone euro nous avons la même banque, la même monnaie et donc le même devoir d’unité », a insisté le président en exercice du Conseil européen. Qui a d’ailleurs indiqué vouloir convaincre ses partenaires d’organiser des réunions de l’Eurogroupe en présence des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, et non pas uniquement des ministres des Finances.
Sur le fond des réformes, Nicolas Sarkozy a de nouveau plaidé pour la révision des règles comptables, la mise en place d’une coordination des superviseurs européens (un superviseur unique étant, selon lui, irréaliste), la moralisation de la rémunération des traders, la suppression des paradis fiscaux (voir encadré) mais aussi la régulation des fonds souverains. Afin d’éviter que des fonds d’Etat étrangers « n’achètent à vil prix les entreprises européennes ».
Mais selon le président de la Commission, José Manuel Barroso, les différentes réactions des Etats membres dans ce domaine rendent difficile une législation. Et de rappeler que l’Espagne était sur le point de faire appel à des fonds souverains arabes, tandis que l’Italie veut leur bloquer l’accès. « Il faudrait distinguer ceux qui ont des visées commerciales de ceux qui ont des visées politiques », a précisé Barroso. Une séparation « difficile » à faire, estime le président français, pour qui l’une des méthodes serait l’intervention étatique, à l’instar de ce qu’il avait entrepris en 2004 dans l’affaire Alstom.
Mais pas question de faire un plan de relance européen. Sur la crise économique, les Etats membres auront l’obligation de "se consulter", parfois de "se concerter". Pas plus.
Le président français a également pris la défense de l’économie de marché devant les parlementaires européens, arguant que la crise n’avait pas commencé le 7 août 2007, mais le 15 septembre 2008, après la faillite de Lehman Brothers. Un point sur lequel certains députés l'ont attaqué. « Les crises ont commencé il y a des années (…) vous faîtes comme si la crise actuelle était un tsunami naturel impossible à prévoir », lui a lancé le Vert Daniel Cohn Bendit. Quant au président du PSE, Martin Schulz, il s’est félicité de voir enfin la droite et le PPE suivre les valeurs de la gauche en demandant l’intervention de la puissance publique pour réguler le capitalisme financier.
Le paquet énergie-climat
Le Conseil européen des 15 et 16 octobre a confirmé la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement de trouver un accord sur le paquet énergie-climat d’ici fin 2008, tel que les textes de le prévoient. Mais le contenu du paquet fait l’objet de tous les marchandages, surtout depuis que les Etats anticipent les conséquences de la crise financière. Le président français a réitéré « ses lignes rouges » devant les parlementaires : maintenir les objectifs des 3X20, et le calendrier. (Lire le dossier d'EurActiv.fr)
Nicolas Sarkozy a par ailleurs tenté de rassurer ses partenaires, notamment la Pologne et l’Italie, sur leur capacité à mettre leur veto sur le paquet si jamais ils n’y trouvaient pas leur compte à l’issue des négociations. Une manière de gagner du temps avant de trouver des solutions flexibles pour contenter tout le monde d’ici décembre (EurActiv.fr 17/10/08).
Une déclaration qui a attiré les foudres des parlementaires, furieux de voir la co-décision et la majorité qualifiée « liquidée », selon les termes de Cohn-Bendit. Sur les questions environnementales, le Parlement européen a le dernier mot avec le Conseil.
« Je n’ai nullement l’intention de remettre en cause la co-décision. Mais on ne crée pas les conditions d’un compromis sans essayer de comprendre celui qui n’est pas d’accord avec vous », a précisé le président français.
Quid du traité de Lisbonne?
Les deux crises, géorgienne et financière, auxquelles a du faire face l’Europe, et en premier lieu la Présidence française, placent plus que jamais dans le débat la question de la réforme des institutions européennes. « On fera avancer l’Europe si le Parlement, le Conseil et la Commission trouvent sur ces grands sujets la voix du consensus pour faire entendre parler de l’Europe », a indiqué Sarkozy.
Comme prévu, le président français s’est engagé à ce qu’une feuille de route sur l’avenir du traité soit mise sur pied d’ici décembre avec l’Irlande. Le président à prévu de se rendre à Dublin au mois de novembre.
POSITIONS:
Le dynamisme, la détermination et le volontarisme du président en exercice de l’Union européenne ont été largement salués par les députés du PSE, du PPE et des Verts. Même son de cloche du côté de la Commission européenne.
« Plus jamais ça », a cependant déclaré le président du groupe PSE, Martin Schulz, a l’adresse de la Présidence française de l’UE. « Nous devons avoir un ordre économique plus social », a-t-il précisé. Pour éviter une telle catastrophe, nous devons absolument avoir de nouvelles règles d’ici la fin de l’année, a ajouté le président du PSE.
« Pour la croissance, il faut un plan de relance écologique européen. Sur les paradis fiscaux, il faut inverser le devoir de déclaration », a insisté le co-président des Verts, Daniel Cohn-Bendit.
« Pourquoi les conclusions du Conseil ne parlent-elles que de coopération entre le Conseil et la Commission européenne », s’est pour sa part indigné le président du groupe ADLE, Graham Watson.
De leur côté, les socialistes français ont vivement réagi au propos du Président qui les a tancés dans l'hémicyle.




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