A la question éculée mais sans réponse de comment rapprocher l’Europe des citoyens, le gouvernement français, à la tête de l’UE pour six mois, semble avoir une réponse : montrer que l’Europe est concrète. Dans un entretien à EurActiv.fr, Dominique Reynié, Professeur à Sciences-Po et coordinateur de la publication L’Opinion européenne en 2008*, insiste sur le bien-fondé de cette méthode.
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Depuis le non irlandais au traité de Lisbonne, tous les membres du gouvernement ont le même mot à la bouche : la Présidence française sera concrète. La seule manière, selon le gouvernement, de faire comprendre l’utilité de l’Europe, et de diminuer l’écart qui s’est creusé entre l’Europe et ses citoyens. Un terme repris par les conclusions du Conseil européen des 19 et 20 juin 2008. (EurActiv.fr 23/06/08)
L’Europe concrète, c’est « l’Europe pragmatique », telle que l’appelle Dominique Reynié. Selon lui, la demande, qui ne date pas d’hier, est désormais « très puissante du côté des Européens ». Mais les gouvernements nationaux ou l’Europe elle-même n’ont pour le moment « pas répondu à cette préoccupation », ajoute-t-il dans un entretien à EurActiv.fr.
Seule méthode utilisée jusqu’à présent par l’UE et ses gouvernements pour rassurer les citoyens : communiquer de manière positive sur l’Europe. C’est « la stratégie des ballons bleus », selon Dominique Reynié. « L’Europe y est présenté comme une idée enthousiasmante, comme un concept devant suffire à lui seul à susciter l’adhésion », explique-t-il.
Mais si ce lien n’existe pas entre les Européens et leurs Etats, comment pourrait-il en être ainsi avec l’Europe, s’interroge le politologue. Face aux inquiétudes suscitées par la globalisation, « les Européens demandent à être rassurés, réconfortés, même protégés. Et ils veulent être sûre que l’Union européenne intervienne dans des domaines très concrets, qui seraient de nature à améliorer leur existence ». Une demande logique, puisque « nous avons annoncé aux Européens que nous construisions une puissance publique commune. Il est normal qu’ils demandent qu’elle serve à améliorer leur situation », poursuit Dominique Reynié.
Entretenant avec l’Europe une relation « pragmatique », les Européens aimeraient l’Europe, contrairement au « préjugé » ambiant, estime le politologue. « Ils approuvent l’Europe parce que c’est un projet utile, qui sert à améliorer leurs difficultés. (…) Mais il est vain de chercher chez les Européens une forme de fierté commune. Leur fierté est nationale, ou locale, elle est britannique, danoise, catalane, ou bretonne, mais elle n’est pas européenne ».
Loin du contexte des années 70, où les Européens observaient « avec curiosité » l’Union européenne, aujourd’hui « ils veulent savoir ce que l’Europe va faire pour endiguer la hausse du prix du pétrole, pour réguler l’immigration, empêcher les délocalisations ou encore limiter la spéculation financière », conclut Dominique Reynié.
Pour lire l’entretien dans son intégralité, cliquer ici.
*L’opinion européenne en 2008, dirigé par Dominique Reynié, Editions Lignes de repères, 239 pages, 19 euros, mars 2008




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