Alors qu’à Bruxelles, les partis politiques européens sont en pleines tractations avant la séance constitutive du Parlement, qui se tiendra du 14 au 16 juillet, les élus socialistes français sont en désaccord sur bon nombre de points avec leur groupe parlementaire.

Première question qui mécontente Catherine Trautmann et ses collègues: le nom du groupe dans lequel ils siégeront. Car si le parti socialiste européen continue à exister en tant que parti politique, l’adhésion des démocrates italiens au groupe parlementaire socialiste a entraîné son changement de nom.

L’Alliance progressiste des socialistes européens (ASPD) (EurActiv.fr, 24/06/2009) remplace désormais le PSE. Un nom qui n’est certes pas définitif mais est loin d’être du goût de tous en interne. «Même s’il faut intégrer les Italiens, je ne crois pas qu’une alliance soit la bonne solution», explique Stéphane Le Foll, nouveau vice-président du groupe au PE.
La disparition de la rose, symbole des socialistes, du futur logo du groupe, fait également grincer des dents les Français.

«Cette décision a été prise sans réelle consultation des membres des délégations nationales», lâche-t-on dans l’entourage d’un élu français. Pour résoudre cette épineuse question, un groupe de travail constitué de sept personnes, se réunit pour la première fois mardi 30 juin et devrait rendre ses conclusions à l’automne. Stéphane Le Foll, qui y siégera, aura l’occasion de faire valoir les arguments de sa délégation: «On n’est pas là pour céder totalement à une disparition du nom», affirme-t-il.

Cela dit, les Français ne sont pas les seuls à émettre des réserves sur le nom «ASPD». «Rien n’est simple», résume-t-on au groupe. «Le nom est techniquement beaucoup trop long. Le mot “démocrate“ pose également problème. Au Royaume-Uni, ceux qui sont appelés “démocrates“ sont par exemple affilié aux libéraux.» 

Autre pierre d’achoppement: l’accord technique entre PPE et socialistes européens, qui consiste à partager la présidence du Parlement européen entre les deux groupes pour la durée de la mandature. Si un tel accord était renouvelé pour la période 2009-2014, le président du groupe Martin Schulz accéderait à l’«euro-perchoir» pendant deux ans et demi.

«La logique politique voudrait que le PPE, qui est le groupe majoritaire, assume ses résultats électoraux et ait la présidence du Parlement pendant cinq ans», estime Stéphane Le Foll.

Vote sur Barroso à bulletin secret

Mais la question de l’accord technique est en fait liée à celle de la reconduction de José Manuel Barroso. Le président du groupe PPE au Parlement européen Joseph Daul l’a d’ailleurs répété le 24 juin: sans soutien socialiste au président de la Commission européenne, aucun compromis ne sera possible. Ce qui reviendrait pour Martin Schulz à renoncer à la présidence du Parlement.

L’eurodéputé allemand, qui vient d’être réélu à la tête de son groupe, a admis récemment ne pas savoir si son groupe allait voter pour José Manuel Barroso ou non. Pourtant, lors d’une réunion interne, le 19 juin, Martin Schulz s’était prononcé contre la candidature de l’ancien premier ministre portugais.

En revanche, un point fait consensus à l’ASPD: la nécessité de repousser le vote des eurodéputés sur le renouvellement du président de la Commission à l’automne. Initialement prévu le 15 juillet, l'approbation du PE risque fort d’être reportée à l’issue de la réunion des présidents de groupe du PE, le 9 juillet. Quoiqu’il en soit, l’éventuel soutien de certains socialistes à José Manuel Barroso sera difficlement mesurable. En effet, le vote sur la reconduction du président de la Commission s’effectuera à bulletin secret.

«Au-delà de l’accord technique, le vrai problème est que nous n’avons pas de candidat alternatif à Barroso», explique Stéphane Le Foll. «Cela n’a pas de sens de soutenir un candidat», avait pour sa part estimé la première secrétaire du PS Martine Aubry au cours d’un entretien avec EurActiv.fr, le 19 juin. «Ce n’est pas au Parlement de présenter un candidat. Si Barroso ne passe pas, ce qui a peu de chances d’arriver, c’est au Conseil [européen] de refaire une proposition. Et c’est la même majorité qui proposera un nom», avait-elle ajouté.

Mais avec leur 14 élus, contre 31 lors de la précédente législature, les arguments des socialistes français risquent de ne pas peser très lourd dans les prises de décision futures.