Ils commencent à y penser. Alors que la Présidence française débute à peine, les états-majors politiques se préparent à la bataille des européennes, comptant bien profiter de la période pour lancer le débat.

Ira, ira pas?

En attendant, les rumeurs sur les éventuelles têtes de liste vont bon train. On donne déjà le ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux, partant, ainsi que le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, qui pourrait profiter de cette échéance électorale pour reprendre sa carrière européenne, interrompue en 2004. Toujours au gouvernement, Rama Yade, donnée un temps tête de la liste Ile-de-France, pourrait en fait se présenter aux élections régionales, qui auront lieu en 2010.

L’eurodéputé allemand Daniel Cohn Bendit (Verts) a proposé aux Verts de participer à une liste commune regroupant le parti écologiste, des représentants d’ONG et de la société civile (lire ci-contre). Le très populaire Olivier Besancenot a déclaré, dans le Figaro du 27 juin, que « pour l’instant, [il n’en sait] strictement rien ». Le nom de Xavier Darcos est enfin évoqué pour prendre la tête de la liste du Sud-Est de la France.

D’autres ont clairement dit qu’ils mèneraient campagne, comme Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan ou… Francis Lalanne pour le Mouvement écologiste indépendant (MEI).

Alain Juppé et Nicolas Hulot, en revanche, ont annoncé qu’ils ne conduiraient
aucune liste.

Plans de bataille, parti par parti

A l’UMP, on joue la prudence. «C’est encore trop tôt pour en parler!», lance le député européen Alain Lamassoure. Il faut dire qu’avec la France à la tête du Conseil européen, sensée trouver des positions de compromis, l’UMP n’a pas intérêt à entrer en campagne trop tôt, au risque de brouiller les cartes. Mais le parti majoritaire entend tout de même profiter de la période pour parler d’Europe. Comment? « On fait plus de la sensibilisation et de l’instruction civique que la campagne proprement-dite », explique Alain Lamassoure, qui n’a pas précisé s’il briguerait un nouveau mandat. Rien ne devrait cependant être dévoilé avant la fin de la Présidence française et le possible remaniement gouvernemental de début 2009.

Avant de s’occuper des européennes, le PS français doit d’abord organiser son congrès, au mois de novembre. Mais « la question européenne y jouera un certain rôle », souligne la députée européenne Pervenche Bérès. Car dans les 21 contributions socialistes, les idées pour l’Europe ne manquent pas. Quoiqu’il en soit, la campagne du PS devrait s’appuyer sur le « manifesto », un texte déposé par le député danois Poul Nyrup Rasmussen et qui contient un socle que les vingt-sept partis socialistes devront reprendre. Au programme: l’Europe sociale, évidemment. Quant à Pervenche Bérès, sans dire si elle briguera un nouveau mandat ou non, elle se dit « disponible, si [elle peut] être utile ».

A l’ouverture de la conférence sur l’Europe du Modem, le 8 juin 2008, son président, François Bayrou a estimé que les élections européennes constitueraient « une échéance de vocation » pour le parti, qui sera présent « avec des listes autonomes dans toutes les circonscriptions ».

Selon lui, le premier enjeu est de défendre une Europe qui ne soit pas d’abord « un marché », mais représente « des valeurs et un projet de société ».

Au Nouveau Centre, la dynamique est lancée depuis un mois. Pour l’occasion, la commission Europe du parti a été rebaptisée «la Ruche». Et à la Ruche, le chef est la députée européenne Brigitte Fourré. Celle qui a succédé à Jean-Louis Bourlanges au Parlement européen explique: « Il faut que notre parti soit présent partout. » D’autant plus que le mode de scrutin, à proportionnel de liste, favorise la présence des petits partis.

Même si rien n’est décidé pour le moment, on parle en coulisses d’une éventuelle alliance avec l’UMP pour la liste de Paris. Mais impossible de savoir qui est candidat à quoi. Brigitte Fourré laisse entendre qu’un nouveau mandat ne lui déplairait pas, elle qui est présente à Strasbourg depuis moins de six mois.

Les Verts préparent quant à eux l’échéance en fournissant « un travail de fond » pendant toute la Présidence française. Leur université d’été sera d’ailleurs dédiée aux questions européennes. La visite du groupe parlementaire européen des Verts, du 9 au 12 octobre à Paris, sera l’occasion de mettre sur pied 15 à 20 propositions, qui seront reprises dans les 27 pays d’Europe, au mois de juin. Ces propositions devraient être rendues publiques à Prague, au printemps 2009, pour le lancement de la campagne. Côté stratégie, pas question pour les Verts de conclure une alliance avec un autre parti politique.

Du côté des nonistes, Nicolas Dupont-Aignan a annoncé son intention de se présenter avec son collectif «Debout la République» (DlR). Pour récolter les fonds nécessaires à la campagne, il a lancé une souscription, proposant de verser « 5 euros pour faire respecter son vote » et permettre à DlR de faire campagne.

Philippe de Villiers veut faire de la campagne un « référendum pour ou contre Bruxelles », même si au Mouvement pour la France (MPF), on veut se donner le temps de la réflexion. Une certitude cependant: « On veut que notre point de vue gagne. Pour l’instant, on fait tout tout seuls, mais on n’exclut pas des unions », précise le député européen Patrick Louis, secrétaire national du MPF, qui envisage de briguer un deuxième mandat.

Au Parti communiste (PCF), une stratégie sera mise sur pied « à l’automne », avant la tenue du Congrès du mois de décembre et le lancement officiel de la campagne début 2009. Une campagne qui s’appuiera sur la demande d’un nouveau traité fondateur, « prenant en compte les aspirations sociales en Europe », explique le responsable des questions européennes au PCF, Daniel Cirera. Par ailleurs, le PCF intégrera dans ses listes des candidats issus des autres Etats membres.

Globalement, dans tous les partis, la prudence reste de mise. Car il reste une inconnue majeure: Quel sera le climat politique au moment des élections? C’est lui qui déterminera les thèmes de campagne. Et surtout, le traité de Lisbonne sera-t-il appliqué? Même si cette entrée en vigueur est peu probable, elle conditionne le nombre de députés français à élire, et donc la constitution des listes.

Dates à venir

(Cet agenda sera régulièrement mis à jour)

  • 21-23 août: université d’été des Verts, à Toulouse
  • 29-31 août: université d’été du Parti socialiste, à la Rochelle
  • 29-31 août: université d’été du parti communiste français (PCF), aux Vieux-Boucaux-Port-d’Albret
  • 5-7 septembre 2008: université d’été du Mouvement démocrate (MoDem), au Cap Estérel
  • 5-7 septembre: université d’été de l’UMP, à Royan
  • 5-7 septembre: université d’été du Nouveau Centre, à La Londe les Maures
  • 13-14 septembre: université d’été du Front national, à Evian
  • 18-20 septembre: Université d’été du groupe du PPE-DE, à Fiuggi (Italie)
  • 20-21 septembre: université d’été du Mouvement pour la France (MPF), à Paris
  • 9-12 octobre: Visite des eurodéputés du groupe Verts/ALE à Paris
  • 14-16 novembre: Congrès du Parti Socialiste à Reims
  • Début 2009: Lancement de la campagne du PCF
  • Printemps 2009: Publication des axes de campagnes des Verts pour les élections européennes, à Prague
  • Juin 2009: Elections européennes