Les doutes se sont dissipés : les eurodéputés statueront sur le sort de José Manuel Barroso lors de la prochaine plénière. C’est la décision qui résulte de la réunion du 10 septembre des présidents des groupes politiques du Parlement européen.

Guy Verhofstadt, chef de file des libéraux (ADLE), a fait basculer le rapport de forces en apportant son appui à Barroso. Le seul candidat en lice reçoit les bonnes grâces des députés du centre droit, du parti libéral mais également des conservateurs et réformistes européens (CRE), formation fraîchement émoulue de l’alliance des Tories britanniques et des eurosceptiques tchèques et polonais.

Une majorité pro-européenne suspendue au vote des socialistes

Le rôle des CRE dans l’élection de Barroso suscite des remous du côté des socialistes et des écologistes, qui affirment que sa candidature n’emporte pas de « majorité pro-européenne ». Avec les voix émanant du PPE, de l’ADLE et des CRE, Barroso serait susceptible de récolter la majorité simple des suffrages exprimés, conformément au Traité de Nice.

En revanche, les changements apportés par le traité de Lisbonne donnent du fil à retordre au président de la Commission : la majorité absolue des membres composant le Parlement européen lui sera nécessaire. Une nuance de poids qui porte à 369 le nombre de voix requises.

Or, les Verts et la Gauche unitaire européenne (GUE) plaident pour une temporisation de la désignation du prochain président de la Commission. Mais leur position est minoritaire depuis la proposition de Guy Verhofstadt. Celui-ci a semé la zizanie en défendant l’idée d’un deuxième vote sur la Commission une fois le traité de Lisbonne ratifié. Les socialistes ont approuvé le projet, les Verts s’y sont opposés pendant que la gauche unitaire européenne a préféré s’abstenir.  

La propension des socialistes à soutenir Barroso reste incertaine. Les sept Portugais ainsi que la plupart des Espagnols sont susceptibles de jouer la carte de la « solidarité ibérique ». Quelques élus d’Europe de l’Est pourraient également rallier la cause de Barroso.

Ce sont les conservateurs eurosceptiques connus pour leur hostilité à Lisbonne qui pourrait constituer une réserve de voix non-négligeable. Une donnée qui fait jubiler le leader du S&D, Martin Schulz : « Avec nous seulement, Barroso peut avoir une majorité pro-européenne ».

Pas de consignes de vote

Martin Schulz refuse de donner la moindre consigne de vote : « Ce n’est pas dans mes habitudes, j’essaie de convaincre mon groupe avec des arguments », a-t-il expliqué. Et de concéder que le groupe qu’il préside est « spécial » en raison des différents courants qui l’animent : « Une branche soutient Barroso, une autre est contre lui et une troisième n’a pas encore décidé », précise-t-il. 

Récusant l’idée d’imposer une «ligne commune», son objectif consistait à exercer suffisamment de pression pour imprimer la marque des socialistes sur l’agenda de la prochaine Commission. Accroître l’influence du PSE au sein des institutions européennes fait partie de la stratégie qu’il entend poursuivre. 

POSITIONS :

« La majorité libérale et conservatrice s’est pliée à la volonté des gouvernements et de Barroso de passer au rouleau compresseur le processus de nomination du Président de la prochaine Commission européenne », ont regretté Rebecca Harms and Daniel Cohn-Bendit, co-présidents des Verts. Leur position reste inchangée : « le vote devrait avoir lieu après le referendum irlandais. C’est seulement à partir de ce moment que nous saurons quel traité régit la désignation de la Commission. » Ils déplorent enfin le « volte-face » de Guy Verhofstadt, dont la « critique acerbe » s’est transformée en quelques mois en une « complicité consentie ».

«Le vote du  groupe S&D  pour Monsieur José Manuel Barroso, président désigné de la nouvelle Commission européenne, ne sera pas positif», a indiqué le leader du groupe Martin Schulz, lors d’une conférence de presse.