Développements récents et prochaines étapes :

  • Semaine du 16 mai: Nicolas Sarkozy doit se rendre à Berlin et à Bruxelles
  • 21 et 22 juin 2007: Sommet européen à Bruxelles sur l’avenir du Traité constitutionnel
  • 1er juillet 2007: Libéralisation complète des marchés européens de l’énergie
  • 1 juillet – 31 décembre 2008 : La France assumera la présidence de l’Union européenne

Contexte :

Le rejet du projet de Traité constitutionnel par les Français le 29 mai 2005 a considérablement diminué l’influence du pays en Europe. Depuis deux ans, les Etats membres de l’UE attendent de la France et des Pays-Bas des solutions pour sortir de la crise.

Plus connu pour ses absences répétées lors des réunions du Conseil des ministres que pour ses convictions européennes, Nicolas Sarkozy avait cependant agréablement surpris les cercles bruxellois en prononçant, au mois de septembre 2006, un discours porteur d’un projet de relance pour l’UE. « Nicolas Sarkozy fait en permanence le grand écart entre les propositions concrètes et pragmatiques du discours de septembre et son langage général sur l’Europe, perçu comme néogaulliste et franco-centré. Sa vision intergouvernementale de l’Europe inquiète les autres Etats membres » note Paul Magnette, directeur du centre d’études européennes de l’Université Libre de Bruxelles. « Il va devoir prouver à ses partenaires européens qu’il est réellement capable de jouer collectif ».  

Enjeux :

La relance institutionnelle:

La présidence allemande devrait proposer une feuille de route pour sortir de la crise lors du Sommet des 21 et 22 juin. Un consensus sur la proposition de mini traité de Nicolas Sarkozy semble s’être formé en Europe. Les 18 pays ayant ratifié le projet de Traité constitutionnel se sont cependant rassemblés à Madrid au mois de mars pour affirmer leur attachement au projet de Constitution. Au Parlement européen, cette opinion fait débat (voir notre dossier : “vers un nouveau traité européen ?”). “Un mini traité n’est pas acceptable pour résoudre la crise constitutionnelle” a ajouté Jo Leinen, député européen et président de la commission des Affaires constitutionnelles du Parlement européen. La majorité des Etats membres approuve toutefois la décision de Nicolas Sarkozy de ne pas soumettre le futur traité à un référendum.

Politique monétaire:

Le nouveau Président de la République n’a eu de cesse de critiquer l’euro fort pendant la campagne électorale. Une attitude réprouvée par le commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, et le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, lors de la dernière réunion des ministres des finances de l’UE, où ils ont reproché à la France de ne pas être encore en mesure d’équilibrer ses comptes. La majorité des Etats membres souhaitent en revanche une véritable coopération en matière de politique monétaire. Reste la question des moyens. (Lire à ce sujet l’interview de Pervenche Bérès, députée socialiste).

Climat:

Atteindre les objectifs fixés lors du Sommet européen de mars dans le domaine de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de l’utilisation des énergies renouvelables constitue l’un des principaux enjeux du nouveau président. Partisan du nucléaire (selon lui « l’énergie du futur », notamment car elle émet peu de CO2), Nicolas Sarkozy pourrait utiliser l’avance de la France dans ce domaine pour limiter les efforts du pays dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une position fermement condamnée par l’Allemagne, l’Autriche et le Royaume-Uni, ainsi que par la Commission européenne.

Par ailleurs, les négociations sur l’après-2012 (date butoir pour atteindre les premiers objectifs de Kyoto) commencent en 2008, année de la présidence française de l’UE et des élections américaines. « La France aura un rôle crucial à jouer pour parler d’une voix forte au nom de l’UE et faire pression sur le nouveau président américain pour qu’il ratifie enfin le protocole de Kyoto » souligne Edouard Toulouse du WWF France (lire l’interview complète).

Budget :

Les perspectives financières de l’UE pour la période 2007-2013 doivent être renégociées dès 2008. Ce sera l’un des dossiers les plus délicats de la présidence française. La majorité des Etats membres souhaitent réorienter les finances de l’Union sur les objectifs définis par la stratégie de Lisbonne (éducation, recherche…). Le montant alloué à la politique agricole commune (40% du budget total de l’UE), dont la France est le principal bénéficiaire, devrait être remis en question. L’abandon total du rabais britannique sera le principal moyen de pression des Français pour ne pas céder sur la PAC. En juin 2005, lors du sommet consacré au futur budget européen, cette question avait l’objet de vifs affrontements entre Tony Blair et Jacques Chira (voir dossier Perspectives financières 2007-2013)

Mondialisation :

« Il faut que l’Europe comprenne que certains pays ont envie d’être protégés ». La volonté affichée de Nicolas Sarkozy de réintroduire le principe de préférence communautaire pour protéger la France de la mondialisation n’est pas du tout du goût de la Commission, ni de l’Allemagne, qui défendent une politique commerciale ambitieuse et la conclusion rapide du Cycle de Doha à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il y a fort à parier que la France s’opposera également au Royaume-Uni sur ce dossier, si Gordon Brown prend la tête du gouvernement britannique. L’actuel ministre britannique des finances a en effet défendu haut et fort une ouverture totale de l’Union européenne à la mondialisation, contrairement à Nicolas Sarkozy qui lors de son discours au soir du deuxième tour de l’élection présidentielle a enjoint ses partenaires européens de ne pas rester sourds à la « colère des peuples qui perçoivent l’Union européenne (…) comme le cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde ». Les positions de Nicolas Sarkozy dans ce domaine risquent, plus généralement, d’aller à l’encontre de la politique commerciale de l’UE, soumise aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Relation franco-allemande: Alors que la chancelière allemande considère que « dans une phase aussi cruciale pour l’Europe, il est important de poursuivre une collaboration étroite, confiante et intense entre l’Allemagne et la France », le nouveau Président de la République semble privilégier l’idée d’une sorte de G6 des pays « capables de faire avancer l’UE ». Le politologue Paul Magnette met en garde : « sa manière de ne parler que des grands pays européens dans une Europe comprenant 21 petits Etats risque de déplaire » prévient le politologue.

Elargissement: La Turquie « n’est pas un pays européen, elle n’a donc pas vocation à entrer dans l’UE ». Le nouveau président français explique ainsi sa ferme opposition  à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Il s’agit d’une des questions les plus sensibles dans les relations entre Etats membres. Chef de file des pays en faveur de l’entrée de la Turquie, la Grande Bretagne risque de s’opposer à la France. « Nicolas Sarkozy pense tout haut ce que tout le monde pense tout bas », murmure en revanche l’entourage d’Angela Merkel, qui préférerait un partenariat privilégié. Au lendemain de son élection, le président de la Commission européenne a rappelé au nouveau président que les Etats membres de l’UE avaient à l’unanimité, y compris la France, décidé d’ouvrir ces négociations d’adhésion, ajoutant que les pays qui voudraient changer d’avis devraient en « assumer les conséquences ».

Parmi les autres dossiers européens qui attendent le nouveau président français figure la libéralisation des grands services publics (énergie, poste, transports). Autant de secteurs sensibles pour l’opinion publique française, qui peuvent même devenir explosifs si l’on en juge par les débats suscités la directive Services en France.