Une commission indépendante vient de rendre un rapport attribuant à l'UE une partie du ralentissement des réformes menées par Ankara. Cette approche est contestée par certains.
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How the EU should react to possible breakdown of Cyprus talks
«Briser le cercle vicieux». Ce titre, sans appel, est celui du dernier rapport rédigé par la Commission indépendante sur la Turquie (CIT), rendu public mercredi 9 septembre à Paris. Après un premier texte, en 2004, centré sur l’enthousiasme suscité par l’adhésion turque à l’Union européenne, ce deuxième rapport «fait le point sur la dégradation de la situation et ses conséquences», a expliqué l’ancien premier ministre et membre de la Commission, Michel Rocard, lors d’une conférence à l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Les auteurs du texte fustigent «les réactions négatives de certains dirigeants politiques européens, de même que la réticence croissante de la population européenne vis-à-vis d’un nouvel élargissement, [qui a] donné à la Turquie l’impression qu’elle ne serait jamais la bienvenue, même si elle devait remplir tous les critères d’adhésion». Des faits qui expliquent en partie, selon eux, le ralentissement des réformes engagées en Turquie depuis 2005, et alimente, par voie de conséquence, le scepticisme sur une entrée de la Turquie dans l’UE. C’est précisement ce «cercle vicieux» que le rapport de la CIT appelle à briser.
Les discussions entre l’Europe et Ankara ont été entamées il y a dix ans. Mais depuis l’ouverture officielle des négociations, en 2005, sur les 35 chapitres d’adhésion, seul celui concernant la science et la recherche a jusqu’à présent été fermé. «Le reste est bloqué», a déploré l’ancien commissaire européen Marcelino Oreja Aguirre, également membre de la CIT.
L’Espagnol a notamment évoqué les propositions françaises de «partenariat privilégié» entre l’Europe et la Turquie. «Je ne sais pas ce qu’est une relation privilégiée», a-t-il argué. Ajoutant: «La décision d’ouvrir les négociations d’adhésion a été prise à l’unanimité par le Conseil européen. Il faut continuer.»
Epineux dossier chypriote
Dans une interview accordée au site touteleurope.fr, le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes, Pierre Lellouche, a confirmé mercredi 9 septembre, l’approche française. «Oui à la Turquie avec l’Europe, non à la Turquie en Europe», a-t-il résumé. «Il y a une politique de la France dans ce dossier. Il n’y en a pas deux», a-t-il ajouté. Une allusion à peine voilée à ses positions de député de Paris. Pierre Lellouche s’était en effet prononcé, en son temps, pour l’adhésion turque. Mais ces propos ne sont désormais plus à l’ordre du jour.
«En Turquie, tous les développements positifs depuis dix ans sont liés à la volonté du pays d’adhérer à l’Union européenne», a argué le rapporteur de la Commission Albert Rohan, par ailleurs ancien secrétaire général autrichien des Affaires étrangères. «Nous sommes convaincus que le processus d’adhésion doit continuer. Même s’il est long et incertain, il doit être mené de bonne foi des deux côtés», a-t-il poursuivi.
Michel Rocard a quant à lui appelé les dirigeants européens à faire preuve d’une forme de pragmatisme, expliquant qu’il avait renoncé à «[son] rêve d’un demi siècle d’une Europe fédérale». «Nous ne sommes pas plus qu’un club de pays régis par des règles communes. Il faut étendre ces règles», a-t-il dit. Avant de conclure, devant une assemblée bouche bée: «Comme je ne crois pas à une intégration européenne, vivent les Turcs!»
Mais l’approche consistant à attribuer à l’Europe une partie de la responsabilité du ralentissement du mouvement de réforme turc est loin d’être partagée par tous. «Ce rapport est culpabilisant pour l’Europe», a protesté l’ambassadeur de Chypre à Paris. Il a fustigé une approche «qui n’est pas constructive». «Il faut mettre plus de pression sur la Turquie», a-t-il expliqué.
«La Turquie ne s’adapte pas suffisamment aux valeurs européennes et n’entreprend pas les réformes nécessaires», a-t-il précisé à EurActiv.fr «La Turquie occupe toujours une partie du territoire d’un Etat membre de l’Union européenne», a-t-il poursuivi, en évoquant le dossier chypriote. Pour lui, Chypre reste «l’un des obstacles essentiels" à l’adhésion d’Ankara à l’Union. «Aujourd’hui, la balle est dans le camp de la Turquie», a-t-il estimé.
D’autres, présents à la conférence, ont fustigé le «téléguidage trop évident» de ce rapport, issu d’une commission soutenue financièrement par le British Council et l’Open Society Foundation, deux organisations "paradiplomatiques" britanniques. Or, le Royaume-Uni a toujours été très favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE.
Tentant de dépasser ces clivages, le directeur de l’Ifri, Dominique Moisi a résumé le débat à une seule phrase: «Voulez-vous aujourd’hui prendre le risque aux yeux de l’histoire de fermer la porte de l’Union européenne à la Turquie?» Une question à poser aux dirigeants européens.
UN NOUVEL INSTITUT VEUT RAPPROCHER LA FRANCE ET LA TURQUIE
Des personnalités françaises et turques ont lancé, lundi 7 septembre à Paris, une nouvelle structure œuvrant pour le resserrement des relations franco-turques, l’Institut du Bosphore. Initié par la Tusiad, organisation regroupant des entreprises de l’industrie et des services, l’Institut compte notamment des personnalités universitaires (Gilles Veinstein, Collège de France), industrielles (Henri de Castries, Axa) et politiques (Pierre Moscovici, Michel Rocard) dans son comité scientifique.
Lors de la conférence de presse de lancement, le président de l’Institut, Haluk Tukel, a laissé entendre qu’aucun député UMP n’avait répondu favorablement à ses demandes de parainage. «Il y en avait bien un qui était favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE, mais il est tenu au silence», a ironisé le chercheur Gilles Veinstein, en faisant allusion au secrétaire d’Etat d’Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche.
L’Institut organisera son premier débat à istanbul les 22 et 23 octobre, sur le thème: «Le renouveau des relations entre la Turquie et l’Union européenne».





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