La France, l’Allemagne et les Pays-Bas ouvriront, dès le mois de mai, un centre commun de délivrance des visas à Dubaï, révèle le quotidien local Khaleej Times dans son édition du 30 mars.

60 000 visas par an provenant de Dubaï et des Emirats du nord (Al Sharjah, Ajman, Umm Al Quwain, Ras Al Khaimah et Al Fujairah) devraient être délivrés par ce biais. Un chiffre assez faible comparé à d’autres régions. En 2006, l’Ambassade de France à Alger a par exemple reçu près de 160 000 demandes de visa.

Le centre basé à Dubaï centralisera et contrôlera les demandes de visa, avant de rediriger celles-ci vers les consulats intéressés. Chaque pays pourra décider librement d’accorder ou non le sésame. Si d’autres centres de ce type existent ailleurs dans le monde, c’est la première fois qu’une telle initiative est lancée au Moyen-Orient.

Faciliter le commerce

« Il y a là la preuve d’une volonté d’avoir une gestion commune des portes d’entrée », commente Christophe Bertossi, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il poursuit : « L’Allemagne et la France ont des points de vue très proches en matière d’immigration choisie. » Car dans ce cas précis, il s’agit de faciliter la venue des investisseurs étrangers en Europe.

« J’imagine que cette mesure va dans le sens de toutes les démarches qui tendent à faciliter la circulation des hommes d’affaires », confirme Philippe Fargues, directeur du Centre d’analyse et de recherches des migrations inter-méditerranéennes et spécialiste du monde arabe. Selon lui, « c’est un point plutôt positif. Reste désormais à savoir si ce dispositif va être utilisé par d’autres pays européens d’une part, et s’il va concerner davantage de pays dans la région d’autre part. » L’Italie et la Suisse pourraient en effet recourir aux services de ce centre.

Car l’idée n’est pas neuve. En 2005 déjà, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Michel Barnier, parlait d’ouvrir un réseau de services consulaires communs « en particulier pour les consulats des pays qui appartiennent à l’espace Schengen». Pour l’instant, seules des initiatives isolées existent.

Dans de nombreux pays tiers, le consulat d’un Etat membre de l’espace Schengen en représente d’ailleurs un ou plusieurs autres pour la délivrance de visas, mais il n’existe pas de consulats communs à l’ensemble des Etats.

«Aboutissement de la logique européenne»

La politique de visas communs concorderait, en tous cas, avec le pacte européen de l’immigration prôné par Nicolas Sarkozy. En 2005, alors ministre de l’Intérieur, le chef de l’Etat avait dénoncé un « paradoxe total » en la matière. « Chaque consulat national délivrant des visas permettant de circuler dans l’espace Schengen, en cas de refus, le demandeur va donc tenter sa chance dans un autre consulat jusqu’à ce qu’il obtienne satisfaction », avait-il déclaré à Bruxelles.

L’idée des consulats communs à tous les pays membres de l’espace Schengen revient régulièrement dans le débat français: les députés UMP Jérôme Chartier et Thierry Mariani se sont prononcés, en 2006 et en 2007, en faveur de l’instauration de telles structures, appelant notamment à « l’aboutissement de la logique européenne ». Sans parler, bien sûr, d’un gain en termes de coût et d’efficacité.

Reste à résoudre la principale difficulté, soulevée par Adrien Gouteyron (UMP) en juin dernier au Sénat. Le sénateur, auteur d’un rapport d’information intitulé « Trouver une issue au casse-tête des visas », a en effet souligné la difficulté de former des consulats communs européens « alors que les politiques, les procédures et les critères restent nationaux ».