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Si le projet d’Union méditerranéenne de Nicolas Sarkozy « part d’une bonne intuition », il faut néanmoins « revoir la technique et la méthode de discussion avec nos partenaires », estime Jacques Mistral, directeur des études économiques de l’IFRI et membre du Cercle des économistes. Malgré l’échec du processus de Barcelone et la nécessité d’une relance politique de la relation euro-méditerranéenne, les partenaires de la France n’ont en effet pas accueilli avec un grand enthousiasme un projet lancé en fanfare, avant que le contenu en ait été précisément défini et sans consulter quiconque préalablement.

L’IFRI organise le 22 novembre un petit-déjeuner débat intitulé « Quel socle économique pour l’Union méditerranéenne ? » autour d’un ouvrage, 5+5= 32, Feuille de route pour l’Union méditerranéenne, rédigé par le Cercle des économistes. Cet ouvrage propose une approche différente de celle de l’Union de la Méditerranée dans son ensemble. Jacques Mistral explique qu’il s’agit de « nourrir sur le plan économique » et de « trouver une forme politique appropriée » à une relation entre les cinq pays du Nord (Portugal, Espagne, France, Italie et Malte) et les cinq pays du Sud (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Lybie) de la Méditerranée qui ont les relations les plus étroites entre eux.

Analysant les exemples historiques de coopération régionale à travers le monde, le directeur des études économiques de l’IFRI considère que l’exemple asiatique est plus intéressant que l’exemple nord-américain. Le modèle de la zone de libre-échange du type de l’ALENA entre le Mexique, les Etats-Unis et l’Europe n’est pas, selon lui, « de nature à débloquer la relation méditerranéenne ».

En revanche, l’intégration économique croissante en Asie de l’est autour de la Chine est riche d’enseignements. Jacques Mistral précise toutefois que la comparaison entre la Méditerranée et l’Asie de l’est souffre du fait qu’il y a « trop peu de firmes qui font le pari que l’économie du Maghreb pourrait être une plateforme d’exportation comme la Chine en Asie de l’est ».

Le préalable nécessaire à la réussite d’une coopération entre les deux rives de la Méditerranée est  « une sorte d’intégration maghrébine, de marché commun » entre les pays d’Afrique du Nord, qui pourraient alors « avoir une chance de devenir, dans leur ensemble, comme l’ont été les pays d’Europe centrale, des partenaires beaucoup plus actifs de l’UE ».

Il ajoute que l’investissement commun dans des infrastructures physiques et institutionnelles fera « décoller » l’économie des pays du Maghreb et transformera leurs relations avec l’Europe. Ainsi, aux côtés de l’énergie, de l’agriculture, ou de la finance, le développement des infrastructures est un exemple de coopération concrète envisageable entre les pays nord-africains et entre le sud et le nord de la Méditerranée.

Si les bénéfices d’une Union méditerranéenne en termes de développement pour les Etats d’Afrique du Nord sont clairs, Jacques Mistral rappelle aussi qu’une telle coopération renforcée autour de la Méditerranée est également dans l’intérêt des Européens. Selon lui, l’Europe risque de perdre son influence si elle venait à laisser sa place de choix en Afrique du Nord aux Chinois, déjà présents économiquement de manière croissante, et aux Américains, qui y ont un intérêt direct dans le cadre de leur politique étrangère du Greater Middle East.

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