Auditionné devant la délégation pour les Affaires européennes de l’Assemblée nationale, l’avocat Laurent Cohen-Tanugi a présenté, mercredi 26 mars, son rapport intitulé “Une stratégie européenne pour la mondialisation”. Il a esquissé des pistes pour la stratégie de Lisbonne après 2010. “La réflexion sur la période post-2010 est encore assez vierge”, a-t-il déclaré à la quinzaine de députés présents dans la salle.

Le 15 janvier, M. Cohen-Tanugi avait déjà remis un rapport d’étape au gouvernement en vue du Conseil européen de printemps. Il avait alors préconisé de confier à la prochaine Troïka (France, République tchèque, Suède) la préparation de la stratégie de Lisbonne de l’après-2010. Dans ses conclusions, le Conseil européen ne semble cependant pas avoir suivi ses recommandations, puisqu’il invite “la Commission, le Conseil et les coordinateurs nationaux de Lisbonne à entamer une réflexion sur l’avenir de la stratégie de Lisbonne au-delà de 2010”. Autrement dit, la préparation sur l’avenir de la stratégie de Lisbonne est confiée à tous les Etats membres, et non plus à la seule Troïka.

Pour cette période, l’auteur du rapport recommande de développer un “Lisbonne Plus”, recentré sur les grandes réformes structurelles, et un volet externe reposant sur un ensemble de politiques communes intégrées. M. Cohen-Tanugi a également annoncé que la question de la stratégie monétaire de l’Union serait abordée dans le rapport final, sans toutefois préciser la nature de ces recommandations. Laurent Cohen-Tanugi rendra sa copie au gouvernement français dans la première quinzaine d’avril.

Il s’agit d’un calendrier idéal dans la perspective de la préparation de la présidence française de l’Union, qui aura pour mission de lancer la réflexion sur une stratégie de Lisbonne post-2010. A ce sujet, l’auteur du rapport s’est interrogé sur l’absence de priorités économiques et sociales dans la liste des priorités officielles de la future présidence française. “La population ne comprend pas pourquoi l’Europe ne s’occupe pas du social”, a renchéri le président de la délégation pour l’Union européenne, Pierre Lequiller. “Il faut réfléchir au hiatus qui existe entre la perception qu’ont les gens de l’Europe et les compétences réelles de l’Union européenne sur les questions sociales”, a-t-il poursuivi. “Le seul moyen de faire progresser le social sur ce plan-là, c’est de le lier à l’économie”, a répondu M. Cohen-Tanugi.

Estimant que “la stratégie de Lisbonne n’est pas une réponse suffisante à la mondialisation”, M. Cohen-Tanugi a indiqué aux députés qu’il fallait “revenir à une appréciation plus rigoureuse de ce qu’est, ou pas, cette stratégie”. Le député Hervé Gaymard a confirmé: “Il faut cesser d’invoquer la stratégie de Lisbonne sans jamais savoir ce qu’il y a derrière.”

Concernant la réflexion pour la période commençant en 2010, M. Gaymard a également interpellé M. Cohen-Tanugi : “On peut se demander si les différents pays européens ont les mêmes intérêts à défendre dans ce domaine. Je ne suis pas sûr que la France et l’Allemagne, par exemple, aient la même vision des choses sur le sujet.” Réponse de l’auteur du rapport : “Aucun Etat membre, même l’Allemagne, ne peut se tirer seul de la mondialisation.”