En bref :

« Ce n’est pas en détruisant la première politique commune de l’Union européenne que nous pourrons en construire d’autres ». Le message du ministre de l’Agriculture français Michel Barnier est clair, la France a l’intention d’être « offensive » dans les débats sur la réforme de la politique agricole commune afin de « faire bouger les lignes » dès 2009.

L’objectif affiché officiellement depuis le discours de Rennes de Nicolas Sarkozy (Lire EurActiv 12/09/07) est en effet d’utiliser le bilan de santé de la PAC pour décliner les objectifs de la France et entreprendre de nouvelles adaptations dès 2009, tout en engageant, sous Présidence française de l’UE, un débat d’orientation pour l’après 2013.

Michel Barnier a en outre indiqué que ce débat aurait lieu lors du conseil de l’agriculture des 21, 22 et 23 septembre 2008 à Annecy.  

Revenant sur le contexte environnemental, économique, social et politique, qui « marque le retour de l’agriculture sur le devant de la scène », Michel Barnier a insisté sur les risques sanitaires qui risquent d’émerger si la nouvelle PAC ne prend pas en considération les normes environnementales et sanitaires dans son évolution. « L’agriculture doit être un acteur de préservation des ressources naturelles », a-t-il insisté.

Autre défi pour la politique agricole européenne, l’accroissement de la démographie, 3 milliards d’habitants supplémentaires étant prévus d’ici 2050. « Les pays émergents devraient connaître un fort accroissement de leur consommation de produits laitiers et carnés », a rappelé le ministre. L’Europe devrait en effet être le seul continent à connaitre un repli démographique.

Les sécheresses en Australie ainsi que les tensions des marchés, ayant pour conséquence l’accroissement du prix des matières premières comme le blé, le soja, ou le lait, expliquent la crise dans laquelle se trouve aujourd’hui l’agriculture mondiale et la nécessité de faire évoluer la PAC. Selon l’INRA, l’agriculture devra doubler sa production d’ici 2050 pour répondre à la demande alimentaire mondiale.

Si la PAC représente aujourd’hui 40% du budget de l’UE, contre 70% à la fin des années 80, elle ne devrait en constituer « qu’un tiers dans moins de 5 ans », selon Michel Barnier. Soutenant une position connue de la France, premier bénéficiaire des fonds de la PAC, il a martelé que le problème n’était pas de diminuer le budget destiné à l’agriculture européenne, mais de développer d’autres politiques communes, telle que l’énergie, par exemple. « Nous avons l’ambition de passer de la logique de guichet à la logique de projet pour construire de nouvelles perspectives pour l’agriculture européenne après 2013. »

Après avoir lancé le débat en France en ouvrant les assises de l’agriculture au mois de septembre, Michel Barnier devrait rencontrer tous ses homologues européens d’ici le mois de juillet.

Ces assises ont arrêté la première position de la France dans le dossier de la réforme de la PAC, le 20 novembre dernier. Celle-ci repose sur quatre piliers :

  • Assurer l’indépendance et la sécurité alimentaires des 400 millions de consommateurs européens. « L’alimentation des Européens ne peut être laissée à la spéculation. Il faut reparler d’une préférence communautaire et il ne s’agit pas de protectionnisme », a martelé le ministre. Cette position va à l’encontre de celle de la Commission européenne et de nombreux partenaires européens favorables à une plus grande libéralisation des échanges, notamment dans l’agriculture.
  • Apporter une solution au « drame » de la faim dans le monde. « Investir dans l’agriculture est pour cela le meilleur levier, cela a d’ailleurs été confirmé par la Banque mondiale », a insisté Michel Barnier, en indiquant une nouvelle fois que de ce point de vue, « le cycle de développement de Doha était dépassé ».
  • Contribuer à la lutte contre le changement climatique et améliorer l’environnement. « Nous devrons, ce qui est nouveau, produire mieux et plus en réduisant de moitié l’usage des produits phytosanitaires dans nos pays ».
  • Préserver l’équilibre des territoires, armature économique et sociale de 90% de l’UE, en luttant notamment contre les délocalisations.

Michel Barnier a enfin réitéré certaines objections de la France aux propositions formulées par la Commission dans sa communication du 20 novembre dernier, en ce qui concerne le découplage des aides aux exploitations souhaité par l’exécutif européen. Le gouvernement est en effet favorable au maintien d’instruments efficaces pour contrôler le marché.

La France est toutefois favorable à une « plus grande équité entre les Etats membres dans le soutien à l’agriculture ».