Lors d’un colloque organisé par le WWF-France et la FNCIVAM*, vous venez de reprendre l’idée d’une réforme de l’Organisation mondiale du commerce, en disant que l’on «ne pouvait plus négocier grand chose à l’OMC»… Où en sont les discussions de ce point de vue?

Pascal Lamy poursuit les négociations et il serait malvenu de le lui reprocher : après tout, il est dans son rôle de Directeur général de l’OMC. Il est aussi dans son rôle quand il souligne que nous avons besoin d’un accord multilatéral. Mais après l’échec du mois de juillet, notamment sur une question agricole, ces discussions ont été interrompues au niveau politique. D’autres éléments objectifs expliquent ce temps suspendu: par exemple, le fait que les Etat-Unis vont élire un nouveau président.

Je crois que ce temps suspendu doit être utilisé pour continuer le travail au niveau des hauts fonctionnaires. Il faut chercher les conditions du bon accord multilatéral dont nous avons besoin. Il faut un accord avec de l’ambition, de l’équilibre et de la réciprocité. Pour l’instant, nous ne trouvons pas, sur la table des négociations, une réciprocité sur certains marchés émergents en matière de production industrielle ou de services, en échange de ce que l’Europe est prête à faire sur son économie agricole. Nous attendons également des Etats-Unis qu’ils fassent un effort sur la question des indications géographiques.

Que retenez-vous du débat que vous avez lancé au conseil informel d’Annecy sur la PAC post-2013?

D’abord, il y a un aspect incontestablement positif: ce débat s’est engagé, même si tout le monde n’y était pas favorable. Beaucoup considéraient qu’il était assez étonnant d’engager le débat sur la PAC aussi tôt avant 2013. Je pense que si l’on ne met pas en place le débat politique maintenant, il n’aura pas lieu, ou il aura lieu après le débat budgétaire. A Annecy, personne n’a esquivé le débat.

Deuxièmement, tous mes homologues européens sont d’accord sur le fait qu’il faut une PAC, même s’ils ne mettent pas dans cette PAC les mêmes éléments. Troisième acquis d’Annecy: sur les objectifs de cette future PAC, les Etats membres partagent globalement la même volonté de relever les défis de l’avenir : le défi alimentaire, le défi environnemental, mais aussi le défi de l’équilibre de nos territoires et celui de la compétitivité de notre secteur agricole. Dès lors, il y a toujours des clivages, mais le débat est lancé.

Quels ont été les points d’achoppement entre vous?

Les points d’achoppements principaux sont le budget consacré à la PAC et les outils de marché. Certains ont une vision très libérale de l’agriculture comme de l’ensemble de l’économie. Je pense au contraire que les biens agricoles et l’alimentation ne peuvent pas être totalement laissés aux seules lois du marché. Il faut garder une gouvernance européenne en matière d’économie agricole.

*Fédération Nationale des Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural